Une croissance rentable, mais distancée par le Congo
Selon les chiffres officiels de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (Cobac), les 384 Établissements de Microfinance (EMF) agréés au Cameroun ont dégagé un bénéfice net cumulé de 5,24 milliards de FCFA en 2024. Cette performance marque une hausse spectaculaire de 54,5% par rapport aux 3,38 milliards de FCFA enregistrés l'année précédente.
Malgré cette progression vigoureuse, le Cameroun ne décroche que la deuxième place au sein de la Cemac. La première revient à la République du Congo, où le bénéfice net du secteur a bondi de 32% pour atteindre 13,2 milliards de FCFA. Le réseau camerounais reste néanmoins le plus dense de la sous-région, concentrant à lui seul 73,7% des 521 EMF agréés en 2024. Cette omniprésence joue un rôle capital dans l'inclusion financière, en particulier pour les petites entreprises et les populations rurales souvent négligées par les banques traditionnelles.
L'ombre des liquidations et de la supervision renforcée
Cette dynamique de croissance ne doit pas occulter les turbulences qui traversent le secteur. Les dernières années ont été ponctuées par une série de liquidations et de placements sous administration provisoire d'EMF, alimentant l'inquiétude des déposants et des emprunteurs.
Pour les experts, cette vague de sanctions n'est pas le signe d'un secteur en crise généralisée, mais plutôt la traduction d'un cadre réglementaire considérablement durci. « Ce que nous observons est largement le résultat du renforcement de la supervision par la Cobac depuis la réforme fondamentale de 2015 », analyse un consultant financier basé à Douala.
L'ère de la maturité réglementaire post-2015
Cette réforme a marqué un tournant en élargissant le champ de contrôle de la Cobac au-delà des seuls ratios prudentiels. Désormais, le gendarme bancaire scrute aussi le contrôle opérationnel, la conformité, la gestion des risques et l'audit interne des EMF. Après une période de transition achevée en 2020, l'intensification des contrôles depuis 2021 a conduit à un assainissement musclé du paysage.
« L'objectif des autorités est clair : assainir un secteur devenu stratégique pour le financement de l'économie réelle, notamment dans les zones reculées. Il s'agit de protéger l'épargne du public et d'instaurer une confiance durable, même si le processus est douloureux à court terme », commente un régulateur sous couvert d'anonymat.
Le défi pour les EMF camerounais est désormais de concilier rentabilité, expansion et conformité exigeante. Le secteur, à la croisée des chemins, doit prouver qu'il peut être à la fois un vecteur d'inclusion financière dynamique et un pilier fiable de l'écosystème économique de la Cemac.
Cameroon's Microfinance: Soaring Profits in a Tightly Supervised Sector
Cameroon's microfinance sector is showing robust financial health, with sharply rising profits. However, this strong performance is unfolding in an increasingly regulated environment shaken by sanctions, revealing the tensions between the sector's expansion and the necessary safeguarding of its activities.
Profitable Growth, But Overtaken by Congo
According to official figures from the Central African Banking Commission (Cobac), the 384 licensed Microfinance Establishments (MFEs) in Cameroon generated a cumulative net profit of 5.24 billion CFA francs in 2024. This performance marks a spectacular increase of 54.5% compared to the 3.38 billion CFA francs recorded the previous year.
Despite this vigorous growth, Cameroon only secures second place within CEMAC. The top spot goes to the Republic of Congo, where the sector's net profit surged by 32% to reach 13.2 billion CFA francs. The Cameroonian network remains the densest in the sub-region, accounting for 73.7% of the 521 MFEs licensed in 2024. This omnipresence plays a crucial role in financial inclusion, especially for small businesses and rural populations often overlooked by traditional banks.
The Shadow of Liquidations and Enhanced Supervision
This growth dynamic should not hide the turbulence shaking the sector. Recent years have seen a series of liquidations and placements under provisional administration of MFEs, fueling concerns among depositors and borrowers.
Experts argue that this wave of sanctions is not a sign of a sector in widespread crisis, but rather the result of a significantly tightened regulatory framework. "What we are observing is largely the outcome of the strengthening of supervision by Cobac since the fundamental reform of 2015," analyzes a financial consultant based in Douala.
The Era of Post-2015 Regulatory Maturity
This reform marked a turning point by expanding Cobac's scope of control beyond prudential ratios alone. The banking watchdog now also scrutinizes the operational control, compliance, risk management, and internal audit of MFEs. After a transition period ending in 2020, the intensification of controls since 2021 has led to a forceful cleanup of the landscape.
"The authorities' objective is clear: to clean up a sector that has become strategic for financing the real economy, especially in remote areas. It is about protecting public savings and establishing lasting confidence, even if the process is painful in the short term," comments a regulator on condition of anonymity.
The challenge for Cameroonian MFEs is now to reconcile profitability, expansion, and demanding compliance. The sector, at a crossroads, must prove it can be both a dynamic vector for financial inclusion and a reliable pillar of the CEMAC economic ecosystem.
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Didier Cebas K.
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