Cameroun : 65 entreprises exclues des marchés publics en 2025, les résiliations de contrats explosent
La lutte contre les pratiques frauduleuses dans la commande publique camerounaise a connu une intensification en 2025. Selon le rapport d’exécution du budget de l’État, 65 entreprises ont été exclues pour production de faux documents, tandis que 99 autres ont vu leurs marchés résiliés à leurs torts exclusifs. Des chiffres en forte hausse qui mettent en lumière les difficultés persistantes dans l’exécution des contrats publics.
La commande publique camerounaise a enregistré une nette augmentation des sanctions administratives en 2025. Au total, 65 entreprises ont été exclues des marchés publics pour production de faux documents et manœuvres frauduleuses, contre 28 en 2024. Cette progression de 132,1 % traduit le durcissement des mesures prises contre les opérateurs économiques impliqués dans des pratiques irrégulières lors des procédures de passation des marchés.
Ces chiffres ressortent du rapport sur l’exécution du budget de l’État pour l’exercice 2025, publié le 2 novembre 2026 par la Direction générale du Budget (DGB) du ministère des Finances. Le document, qui reprend les données communiquées par le ministère des Marchés publics (MINMAP), révèle également une forte augmentation des résiliations de marchés imputées aux entreprises titulaires.
99 entreprises sanctionnées par des résiliations de marchés en 2025
Au-delà des exclusions pour fraude documentaire, les défaillances dans l’exécution des contrats constituent un autre signal préoccupant. Le nombre d'entreprises ayant subi une résiliation de marché à leurs torts exclusifs est passé de 46 en 2024 à 99 en 2025, soit une augmentation de 115,2 % en un an.
Sur ces 99 résiliations, 49 sont directement liées à des abandons de prestations constatés par 26 maîtres d’ouvrage. Autrement dit, près d'une résiliation sur deux dans cette catégorie découle de l'abandon des travaux ou services initialement confiés aux entreprises.
Cette situation soulève des interrogations sur la capacité de certains prestataires à respecter leurs engagements contractuels, mais également sur les mécanismes de suivi et de contrôle des projets publics.
Pour les administrations et les collectivités territoriales décentralisées, l'abandon d'un chantier peut entraîner des retards dans la livraison des infrastructures, des procédures de relance des marchés et des coûts supplémentaires liés à la reprise des travaux.
Toutefois, le rapport de la DGB ne communique ni les montants financiers des marchés résiliés ni la valeur des prestations restant à exécuter au moment de leur interruption. Il est donc impossible, à partir des seules données publiées, de chiffrer les pertes financières ou le coût global de ces défaillances pour les finances publiques.
277 actes de sanctions et situations administratives recensés
Le rapport budgétaire dénombre au total 277 actes de sanctions et situations administratives associées au cours de l'exercice 2025.
Ce bilan comprend notamment :
65 exclusions d'entreprises pour production de faux documents et manœuvres frauduleuses ;
99 résiliations de marchés aux torts exclusifs des entreprises ;
55 décisions de remise de sanction ;
56 suspensions arrivées à expiration.
Deux autres décisions concernent respectivement la suspension d'un maître d'ouvrage et celle d'un agent de la commune de Foumbot.
Ces données illustrent l'étendue du dispositif disciplinaire mobilisé dans la gestion des marchés publics. Elles montrent également que les sanctions ne se limitent pas aux entreprises titulaires de contrats, mais peuvent toucher d'autres acteurs intervenant dans la chaîne de la commande publique.
Ce que prévoit le Code des marchés publics camerounais
Les mesures prises par le MINMAP s'inscrivent dans le cadre réglementaire défini par le Code des marchés publics du 20 juin 2018.
Son article 191 prévoit notamment la possibilité d'exclure temporairement une entreprise de la commande publique pour une durée maximale de deux ans. Cette disposition vise à écarter des procédures de passation les opérateurs reconnus coupables de pratiques frauduleuses ou d'autres manquements sanctionnables.
L'article 184 prévoit également une interdiction de soumissionner de deux ans dans certains cas de résiliation imputables au cocontractant, sous réserve des dérogations susceptibles d'être accordées par l'autorité compétente.
Ce cadre juridique entend renforcer la discipline contractuelle, préserver la transparence des procédures et protéger les ressources publiques contre les comportements susceptibles de compromettre la bonne réalisation des investissements de l'État.
Des cas concrets identifiés dans le registre de l'ARMP
Certaines décisions prises en 2025 sont également documentées dans le registre des exclusions tenu par l'Agence de régulation des marchés publics (ARMP).
Parmi les dossiers identifiés figure celui des établissements Elim and Bro’s. Une décision datée du 29 août 2025 les vise pour la production d'un faux certificat de non-exclusion dans le cadre d'un appel d'offres portant sur la construction d'une plateforme sportive dans la commune de Kette, située dans la région de l'Est.
Le registre mentionne également les établissements Tchamba, concernés par une exclusion liée à l'abandon d'un chantier d'électrification dans la commune d'Okola.
Ces exemples permettent d'illustrer concrètement les manquements sanctionnés par les autorités de régulation, entre fraude documentaire lors des appels d'offres et inexécution des obligations contractuelles sur le terrain.
Un bilan qui appelle davantage de transparence
Malgré l'augmentation significative des sanctions, plusieurs zones d'ombre subsistent. Le rapport d'exécution du budget 2025 ne publie pas la liste consolidée des 65 entreprises exclues pour fraude, ni celle des 99 entreprises concernées par les résiliations de marchés.
L'identification exhaustive des opérateurs sanctionnés, l'examen des décisions modificatives et la vérification de l'existence d'éventuels recours sont nécessaires pour établir un bilan définitif de ces mesures administratives.
Au-delà du nombre d'exclusions et de résiliations, l'enjeu est désormais de mesurer leurs conséquences sur l'exécution des investissements publics. Combien de projets ont été retardés ? Quels montants ont été immobilisés ? Quels chantiers ont finalement été achevés après le départ des entreprises défaillantes ?
Autant de questions auxquelles les données actuellement publiées ne permettent pas de répondre.
Pour le Cameroun, le défi ne consiste donc pas seulement à sanctionner les entreprises indélicates, mais aussi à garantir que les marchés publics débouchent effectivement sur des infrastructures et des services livrés dans les délais, conformément aux engagements contractuels. Car, au bout de la chaîne, ce sont les populations et les finances publiques qui supportent les conséquences des marchés mal exécutés.
Cameroon: 65 Companies Excluded from Public Procurement in 2025 as Contract Terminations Surge
Cameroon's crackdown on fraud and misconduct in public procurement intensified in 2025. According to the government's budget execution report, 65 companies were excluded from public contracts for submitting forged documents and engaging in fraudulent practices, while 99 companies had contracts terminated due to breaches attributable exclusively to them. These figures represent a significant increase and highlight persistent challenges in the execution of public contracts.
Cameroon's public procurement system recorded a sharp rise in administrative sanctions in 2025. A total of 65 companies were excluded from public procurement procedures for submitting forged documents and engaging in fraudulent practices, compared with 28 in 2024. This represents a 132.1% increase in one year.
The figures are contained in the 2025 State Budget Execution Report, published on November 2, 2026, by the Directorate General of the Budget (DGB) under the Ministry of Finance. Based on information provided by the Ministry of Public Contracts (MINMAP), the report also highlights a significant increase in contract terminations attributed exclusively to companies.
99 companies faced contract terminations in 2025
Beyond document fraud, poor contract performance remains another major concern. The number of companies whose public contracts were terminated due to breaches attributable exclusively to them increased from 46 in 2024 to 99 in 2025, representing a 115.2% rise.
Of these 99 cases, 49 resulted from abandoned projects or services identified by 26 contracting authorities. This means that nearly half of the contract terminations in this category were linked to the abandonment of contracted works or services.
The figures raise concerns about the ability of some contractors to meet their contractual obligations, as well as the effectiveness of monitoring and supervision mechanisms for public investment projects.
For government agencies and local authorities, abandoned projects can lead to infrastructure delivery delays, additional procurement procedures and higher costs when new contractors must be appointed to complete unfinished works.
However, the DGB report does not disclose the financial value of the terminated contracts or the estimated value of the outstanding work at the time of termination. Consequently, the financial impact of these failures on public finances cannot be accurately assessed using the available figures.
277 sanctions and related administrative decisions recorded
The 2025 budget execution report records a total of 277 sanctions and related administrative decisions during the financial year.
These include:
65 companies excluded for document fraud and fraudulent practices;
99 contracts terminated due to breaches attributable exclusively to contractors;
55 decisions lifting previously imposed sanctions;
56 suspensions that reached their expiry dates.
Two additional decisions involved the suspension of a contracting authority and an employee of the Foumbot municipal council.
These figures demonstrate the scope of disciplinary measures applied within Cameroon's public procurement system. They also show that sanctions can extend beyond companies holding public contracts to other stakeholders involved in procurement procedures.
What Cameroon's Public Procurement Code provides
The sanctions imposed by MINMAP are based on the Public Procurement Code of June 20, 2018.
Article 191 allows companies to be temporarily excluded from public procurement for a maximum period of two years. The provision is intended to prevent operators found guilty of fraudulent practices and other punishable misconduct from participating in public procurement procedures.
Article 184 also provides for a two-year ban on bidding in certain cases where a contract is terminated due to breaches attributable to the contractor, subject to possible exemptions granted by the competent authority.
The regulatory framework aims to strengthen contractual discipline, promote transparency and protect public resources against practices that could undermine the successful implementation of government investment projects.
ARMP register identifies specific cases
Some of the sanctions imposed in 2025 are also documented in the exclusion register maintained by the Public Contracts Regulatory Agency (ARMP).
One of the listed cases concerns Elim and Bro’s establishments. A decision dated August 29, 2025, relates to the submission of a forged certificate of non-exclusion in a tender for the construction of a sports facility in Kette, in Cameroon's East Region.
The register also mentions Tchamba establishments in connection with the abandonment of an electrification project in the municipality of Okola.
These cases illustrate the types of misconduct targeted by the regulatory authorities, ranging from document fraud during tender procedures to failure to fulfil contractual obligations on the ground.
A need for greater transparency
Despite the significant increase in sanctions, important information remains unavailable. The 2025 budget execution report does not provide a consolidated list of the 65 companies excluded for fraud or the 99 companies whose contracts were terminated.
A comprehensive identification of the sanctioned companies, an examination of amended decisions and verification of possible appeals are still necessary to establish the full picture of administrative sanctions imposed in 2025.
Beyond the number of exclusions and contract terminations, the key issue is their impact on public investment. How many projects have been delayed? What amounts of public money have been tied up? Which abandoned projects have eventually been completed by replacement contractors?
The published figures do not yet provide answers to these questions.
For Cameroon, the challenge is therefore not simply to punish companies that breach procurement rules. It is also to ensure that public contracts translate into infrastructure and services delivered on time and in accordance with contractual commitments. Ultimately, citizens and public finances bear the consequences when public projects are poorly executed.
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Ange NGO
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