Fonds routier : Paul Biya nomme William Azebaze Jiofack DG – le rebond économique et le bras de fer du Port de Douala sous le feu des projecteurs

Fonds routier : Paul Biya nomme William Azebaze Jiofack DG – le rebond économique et le bras de fer du Port de Douala sous le feu des projecteurs

Paul Biya nomme William Azebaze Jiofack à la tête du Fonds routier le 5 novembre 2026. Croissance du PIB à +1,6 % au T1, litige de 9 milliards au Port de Douala : ce que cela change pour les routes et l’économie camerounaise. Analyse exclusive.

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Près de seize mois après la grande réorganisation du Fonds routier, le président Paul Biya a tranché. Par décret signé le 5 novembre 2026, William Azebaze Jiofack, jusqu’ici attaché au Secrétariat général de la Présidence (nommé le 31 août 2022), devient le nouveau directeur général de l’établissement public. Il succède à Aubin Essaie Moussa, ingénieur de génie civil et ancien directeur des contrats au ministère des Travaux publics, qui dirigeait l’institution sous l’ancienne appellation d’administrateur depuis sa confirmation en avril 2022.


Cette nomination arrive pile dans le sillage du décret n° 2025/293 du 10 juillet 2025. Ce texte a transformé le Fonds routier en établissement public à caractère spécial, doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Fini le comité de gestion : place à un conseil d’administration et à une direction générale. Le DG est nommé pour trois ans, renouvelable tacitement deux fois. Ses missions s’élargissent considérablement : financement et paiement des prestations routières, mais aussi gestion des péages routiers et autoroutiers non concédés, collecte de recettes et recherche de financements sur les marchés national et international.


Le budget est désormais structuré autour de trois guichets – Entretien, Études et Investissement, Indemnisation – qui absorbent 95 % des ressources. Les 5 % restants couvrent le fonctionnement, l’équipement et les audits. La modernisation des péages est déjà engagée : en août 2025, un appel à manifestation d’intérêt international a été lancé pour recruter un consultant chargé d’assainir la collecte et le reversement des droits de péage, sur fond de faiblesses de traçabilité, risques de fraude et difficultés de contrôle des exonérations, selon une évaluation menée avec l’Institut national de la statistique (INS).


Le nouveau DG hérite aussi du transfert des missions et du patrimoine du Programme de sécurisation des recettes routières (PSRR), dissous par le même décret de 2025. Il devra mobiliser les recettes, contrôler l’éligibilité des dépenses et assurer les paiements, sous l’autorité stricte du conseil d’administration, dont la composition effective reste encore à préciser.


Un rebond économique contrasté


Cette nomination intervient alors que l’économie nationale affiche des signaux mixtes. Selon la note des comptes nationaux trimestriels de l’INS mise en ligne le 5 novembre 2026, le PIB réel a progressé de 1,6 % au premier trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent, après une stagnation au T4 2025. C’est la plus forte croissance trimestrielle des six derniers trimestres. Sur un an, la hausse atteint 3,4 %.


Les services tirent la locomotive (+2,2 %, contribution de 1,1 point), portés par les transports (+7,4 %), les services financiers (+4,3 %) et les administrations publiques (+2,3 %). La consommation des ménages progresse de 2,6 % et apporte 1,9 point à la croissance. L’investissement privé grimpe de 6,4 % (et de 12,3 % sur un an), tandis que l’investissement public s’effondre de 27,7 % sur le trimestre et de 15,9 % sur un an.


Le commerce extérieur reste déséquilibré : les importations bondissent de 10,2 % en volume, contre seulement 0,6 % pour les exportations. Le déficit des échanges de biens et services atteint 5,7 % du PIB. Les industries extractives continuent de peser : la valeur ajoutée de l’extraction d’hydrocarbures recule de 9,3 % sur un an, et les exportations de pétrole brut baissent de 12,4 % en volume.


Ces chiffres, publiés plus de sept mois après la fin de la période concernée (alors que le délai officiel est de 90 jours), arrivent dans un contexte où l’inflation en glissement annuel s’établissait à 3,4 % en juillet 2026. La circulaire présidentielle du 12 octobre relative au budget 2027 table sur une croissance de 3,6 % et réserve au moins 30 % du budget général aux investissements. Reste à voir si l’exécution suivra.


Le bras de fer du Port de Douala


Dans le secteur des transports, un autre dossier lourd pèse. La Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) de l’OHADA s’est déclarée incompétente, par arrêt n° 125/2026 du 4 juin 2026, pour examiner le pourvoi du Port autonome de Douala (PAD) contre une sentence arbitrale le condamnant à verser 9,17 milliards de FCFA au Syndicat autonome des travailleurs des ports du Cameroun (SATPC).


Le litige porte sur les dividendes issus d’une participation de 6 % dans Douala International Terminal (DIT), ancien concessionnaire du terminal à conteneurs. Le PAD avait acquis 24 000 actions pour le compte de son personnel (240 millions de FCFA), mais aurait perçu les dividendes entre 2005 et 2018 sans les reverser. Le Conseil d’arbitrage de la Cour d’appel du Littoral avait condamné le PAD le 28 mars 2024 (montant ramené à environ 8,93 milliards après déduction).


Le PAD conteste fermement : « Le personnel n’a à aucun moment payé le montant correspondant à cette quote-part », affirme son directeur des affaires juridiques, qui estime que seule une participation effective au capital ouvre droit aux dividendes. La CCJA a jugé que l’affaire relève du droit du travail camerounais et non des actes uniformes OHADA. Elle n’a donc pas tranché le fond. Le PAD indique que la procédure « est effectivement en cours », sans préciser devant quelle juridiction.


William Azebaze Jiofack prend les commandes d’un Fonds routier en pleine mutation, dans un pays où les routes, les ports et la croissance restent indissociables. La suite dépendra de sa capacité à transformer les textes en résultats concrets sur le terrain.




Road Fund: Paul Biya Appoints William Azebaze Jiofack as CEO Amid Economic Rebound and Douala Port Dispute


Nearly sixteen months after the major reorganisation of Cameroon’s Road Fund, President Paul Biya has appointed William Azebaze Jiofack as Director General of the public establishment. The decree, signed on 5 November 2026, follows the 10 July 2025 reform that overhauled the Fund’s governance and expanded its mandate. Until now, Azebaze Jiofack served as an attaché at the General Secretariat of the Presidency, a post he held since 31 August 2022.


He succeeds Aubin Essaie Moussa, a civil engineer and former contracts director at the Ministry of Public Works, who had led the institution as Administrator under the previous structure since his confirmation in April 2022.


Decree No. 2025/293 of 10 July 2025 transformed the Road Fund into a special-status public establishment with legal personality and financial autonomy. The management committee was replaced by a Board of Directors and a General Directorate. The Director General is appointed by presidential decree for a three-year term, tacitly renewable twice.


The reform significantly broadened the institution’s responsibilities. Beyond financing and paying for road works, the Fund is now responsible for managing non-concessioned road and motorway tolls, collecting certain revenues, and mobilising financing on national and international markets. Spending is organised around three windows – Maintenance, Studies and Investment, and Compensation – which absorb 95 % of the budget. The remaining 5 % covers operations, equipment and audits.


Toll modernisation is already under way. In August 2025 the Fund launched an international call for expressions of interest to recruit a consultant to improve toll collection and remittance systems, following an evaluation with the National Institute of Statistics that highlighted weaknesses in financial traceability, fraud risks and difficulties controlling exemptions.


The new Director General also inherits the transfer of missions and assets from the Road Revenue Securitisation Programme (PSRR), which was dissolved by the 2025 decree. He will be responsible for mobilising revenues, verifying expenditure eligibility and ensuring payments, under the authority of the Board of Directors, whose full composition is still pending.


This appointment comes as Cameroon’s economy shows mixed signals. According to the National Institute of Statistics quarterly national accounts note published on 5 November 2026, real GDP grew 1.6 % in the first quarter of 2026 compared with the previous quarter, after stagnation in Q4 2025. Year-on-year growth reached 3.4 %.


Services drove the recovery (+2.2 %), led by transport (+7.4 %), financial services (+4.3 %) and public administration (+2.3 %). Household consumption rose 2.6 %, contributing 1.9 points to growth. Private investment increased 6.4 % (12.3 % year-on-year), while public investment collapsed by 27.7 % quarter-on-quarter and 15.9 % year-on-year.


External trade remains unbalanced: imports rose 10.2 % in volume versus only 0.6 % for exports. The goods and services trade deficit stood at 5.7 % of GDP. Extractive industries continue to weigh on activity, with hydrocarbon extraction value added down 9.3 % year-on-year and crude oil export volumes falling 12.4 %.


These figures, released more than seven months after the end of the reference period, arrive as year-on-year inflation stood at 3.4 % in July 2026. The presidential circular of 12 October on the 2027 budget projects 3.6 % growth and earmarks at least 30 % of the general budget for investment spending.


In the transport sector, another heavy file remains open. On 4 June 2026 the OHADA Common Court of Justice and Arbitration (CCJA) declared itself incompetent to hear the Autonomous Port of Douala’s appeal against an arbitral award ordering it to pay 9.17 billion CFA francs to the Autonomous Union of Cameroon Port Workers (SATPC).


The dispute concerns dividends from a 6 % stake in Douala International Terminal (DIT). The Port had acquired 24,000 shares on behalf of its staff for 240 million CFA francs but allegedly collected the dividends between 2005 and 2018 without redistributing them. An arbitral council of the Littoral Court of Appeal ordered payment on 28 March 2024 (reduced to approximately 8.93 billion after deduction of the acquisition cost).


The Port strongly contests the claim, arguing that staff never paid for the shares and that only actual capital participation confers dividend rights. The CCJA ruled that the matter falls under Cameroonian labour law, not OHADA uniform acts, and did not rule on the merits. The Port states that proceedings are “still ongoing.”


William Azebaze Jiofack takes the helm of a Road Fund in full transformation at a time when roads, ports and economic growth remain tightly linked. Delivery on the ground will be the real test.


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Silognhia Edwige

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