L’ambition est claire : collecter jusqu’à 400 milliards FCFA de dépôts et consignations pour sécuriser les fonds publics, combler les défaillances du marché et financer des projets structurants alignés sur la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). À mi-parcours, le bilan est contrasté. La CDEC flirte avec les 100 milliards FCFA de ressources mobilisées, loin encore de la cible affichée, mais suffisamment pour s’imposer dans le paysage financier camerounais.
Un signal politique venu de Casablanca
Le symbole est fort. Alors que la CDEC est engagée dans un bras de fer avec plusieurs banques nationales sommées de transférer des fonds légalement dévolus au consignataire public, son directeur général opte pour l’ouverture internationale. Le 3 novembre 2025, à Casablanca, Richard Evina Obam signe une convention de coopération avec la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) du Maroc, institution de référence forte de 66 ans d’expérience.
Aux côtés de son homologue Khalid Safir, il acte un partenariat structurant : transfert d’expertise, formation des équipes, modernisation des outils de gestion, ingénierie financière, gouvernance, gestion des risques et transformation digitale. Au-delà de la technique, le message est politique. La CDEC entend sécuriser et valoriser les dépôts publics pour devenir un acteur clé du financement du développement national.
Un juriste dans l’arène financière
Le profil de Richard Evina Obam éclaire sa méthode. Fiscaliste de formation, passé par la Direction générale des impôts, le ministère des Finances et la Caisse autonome d’amortissement, il arrive à la CDEC en janvier 2023 avec une culture d’« État comptable ». Sa boussole : les textes, la norme et l’intérêt national.
Face aux critiques, il oppose la légalité. Dans une tribune publiée en mai dans Défis actuels, il tranche : le service public des dépôts et consignations « demeure un instrument national régi par l’ordre juridique interne ». Une ligne de conduite qu’il applique face aux tentatives d’encadrement de la BEAC et de la COBAC, qu’il interprète comme l’expression d’un rapport de force où « l’activisme du lobby bancaire » conduirait à une forme de capture du régulateur.
Moderniser pour exister
Conscient que la bataille juridique ne suffit pas, le management de la CDEC s’est engagé dans un chantier de crédibilité technique. L’adoption du système bancaire Amplitude de Sopra Banking Software, utilisé par plus de 800 banques dans le monde, vise à sécuriser les opérations et à aligner l’institution sur les standards internationaux.
Parallèlement, la CDEC multiplie les conventions de transfert. Banque Atlantique Cameroun ouvre la voie dès novembre 2023. Allianz Assurances Cameroun transfère plus de 1,5 milliard FCFA de contrats d’assurance-vie en déshérence. SCB Cameroun suit en juin 2024, tandis que d’autres établissements, dont Société Générale dans la phase initiale, s’inscrivent dans la dynamique.
Les chiffres, nerf du combat
Le plan stratégique 2023-2025 fixe un objectif de 400 milliards FCFA de dépôts à l’horizon 2025. Au 30 avril 2025, la CDEC déclare 83,5 milliards FCFA collectés, soit environ 21 % de la cible. Un rythme jugé insuffisant par son directeur général, qui s’attendait à atteindre au moins la moitié de l’objectif.
Il pointe une « résistance globale » des acteurs financiers et cite particulièrement les entreprises de réseaux, jugées réfractaires sur certaines cautions. Pour montrer l’exemple, une convention est signée entre le ministère des Finances, la BEAC et la CDEC afin de transférer les dépôts de garantie liés aux marchés publics, avec un mécanisme de débit d’office mensuel de 2 milliards FCFA pour apurer une ardoise estimée entre 40 et 60 milliards FCFA.
La CDEC commence également à faire travailler les fonds. Le 9 décembre 2024, elle réalise un premier placement de 3 milliards FCFA en Bons du Trésor assimilables (BTA), présenté comme conforme à ses textes fondateurs. D’autres projets sont annoncés, dans le respect d’une philosophie assumée : la CDEC n’a pas vocation à maximiser le profit, mais à corriger les défaillances du marché et à servir l’intérêt général.
Souveraineté contre stabilité financière
La stratégie offensive du directeur général ne fait pas l’unanimité. Dans un courrier daté du 22 octobre 2025, la COBAC alerte sur un risque d’« assèchement de la liquidité » du système bancaire camerounais. Certains analystes, à l’instar de l’ingénieur financier Babissakana, évoquent un déficit d’ingénierie financière structurel.
Richard Evina Obam réplique par un plaidoyer de souveraineté : la propriété, la traçabilité et la sécurisation des fonds publics constituent, selon lui, le socle de toute modernisation financière crédible. Il conteste la supervision communautaire de la CDEC, dénonce un traitement discriminatoire envers l’État camerounais et appelle au retrait du projet de texte communautaire.
Une ligne de crête assumée
En deux ans, Richard Evina Obam s’est imposé comme une figure clivante, mais centrale. Il a sorti la CDEC de l’ombre, engagé une collecte encore éloignée de la cible des 400 milliards FCFA et ouvert un front institutionnel inédit entre souveraineté nationale, intégration monétaire et prudence bancaire.
Son bilan provisoire est celui d’un bâtisseur sous pression. La suite dira si la rigueur juridique et le volontarisme politique auront été la bonne méthode… ou un pari risqué dans un système financier encore en quête d’équilibre.
Cameroon’s Caisse des Dépôts: Richard Evina Obam and the Legal Battle for Financial Sovereignty
In just two years, Richard Evina Obam has brought Cameroon’s Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) out of institutional obscurity. Created in 2008 but largely dormant until 2023, the CDEC is now positioning itself as a strategic tool of economic sovereignty. The momentum is real, but the results remain mixed, as the institution navigates resistance from banks, regulatory tensions and a broader debate between financial stability and state authority.
The objective is ambitious: mobilize up to CFA 400 billion in public deposits and consignments to secure state funds and finance development projects aligned with Cameroon’s National Development Strategy 2020–2030. So far, close to CFA 100 billion has been mobilized, enough to assert the CDEC’s presence, but still far from its target.
A key milestone came on November 3, 2025, in Casablanca, where Evina Obam signed a cooperation agreement with Morocco’s Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG). The partnership focuses on expertise transfer, staff training, digital transformation, risk management and governance, sending a clear political signal: the CDEC aims to become a central player in financing Cameroon’s development.
A trained tax lawyer with a background at the Directorate General of Taxation, the Ministry of Finance and the Public Debt Sinking Fund, Evina Obam has adopted a legalistic, state-centered approach. He insists that deposits and consignments remain a sovereign national competence, pushing back against oversight attempts by regional regulators such as BEAC and COBAC.
To strengthen its credibility, the CDEC has modernized its operations, notably by adopting Sopra Banking Software’s Amplitude system, and signing transfer agreements with banks and insurers. As of April 30, 2025, CFA 83.5 billion had been transferred, representing about 21 percent of the target.
Critics warn of potential liquidity risks for the banking system, while the CDEC’s leadership frames the debate as one of sovereignty versus inertia. Evina Obam argues that securing and tracing public funds is a prerequisite for any credible financial modernization.
For now, the CDEC stands at a crossroads. Its rise marks a shift in Cameroon’s financial governance, but the outcome of this institutional standoff will determine whether legal rigor proves to be a sustainable method or a high-stakes gamble.
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