Audit XXL à Nachtigal : 800 milliards FCFA sous pression, le consommateur camerounais va-t-il trinquer ?

Audit XXL à Nachtigal : 800 milliards FCFA sous pression, le consommateur camerounais va-t-il trinquer ?

L'ARSEL audite les comptes de Nachtigal, la plus grande centrale du Cameroun. Entre dette colossale, rentabilité des actionnaires et tensions de trésorerie, l'équilibre fragile du secteur électrique est sur le fil. Découvrez les dessous d'un audit qui pourrait décider de votre facture d'électricité.

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Audit XXL à Nachtigal : 800 milliards FCFA sous pression, le consommateur camerounais va-t-il trinquer ?


Alors que les coupures d’électricité et les tensions de trésorerie étranglent le secteur énergétique national, l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) sort l’artillerie lourde. Dans un communiqué signé le 30 juillet 2026, le régulateur annonce la présélection de trois géants du conseil pour une mission d’audit aussi sensible qu’explosive : passer au crible les modèles financiers de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC).


CPCS, KPMG Afrique centrale et le groupement Grant Thornton Conseil-BBI Advisory & Audit sont sur les rangs. Leur objectif ? Démêler les arcanes financiers d’un projet pharaonique de près de 800 milliards de FCFA (1,2 milliard d’euros), mis en service en mai 2025, et dont la gestion pourrait bien avoir des répercussions directes sur le prix de l’énergie et la survie financière de la Socadel et de la Sonatrel.
Pourquoi cet audit fait trembler le secteur


L’enjeu de cette mission, financée sur le budget 2026 de l’ARSEL, dépasse la simple vérification comptable. Il s’agit de radiographier le cœur de la rentabilité du projet. Les consultants retenus devront examiner non seulement les coûts de construction, mais aussi la dette, les intérêts intercalaires, les flux de trésorerie, et surtout, l’impact de tout cela sur le tarif réglementé.


L’audit doit déterminer si le modèle financier de Nachtigal est "soutenable". Un euphémisme politique pour une réalité brutale : le secteur électrique est en proie à des déficits de paiement chroniques. Le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, l'avait lui-même reconnu le 18 mars 2026 lors d'une visite à Nachtigal : les paiements envers le producteur sont en souffrance, et il est temps de procéder à un "assainissement financier".


KPMG, Grant Thornton et CPCS devront donc mesurer les conséquences tarifaires de ce modèle et vérifier la conformité contractuelle du projet. La question qui brûle les lèvres des Camerounais est simple : combien allons-nous payer ?


Le casse-tête de la dette et des actionnaires


Montée en puissance avec une capacité de 420 MW, la centrale de Nachtigal a déjà injecté plus de 3 TWh dans le réseau. Mais derrière cette prouesse technique se cache un montage financier complexe. Le financement repose à 76 % sur des emprunts contractés auprès d'institutions internationales, et à 24 % sur les apports des actionnaires.


Parmi ces actionnaires, on retrouve des poids lourds : EDF (40 %), la Société financière internationale (20 %), l'État camerounais (15 %), Africa50 (15 %) et STOA (10 %).


L’audit devra analyser la rentabilité de ces actionnaires, le coût du capital, et les effets des variations des taux de change. En clair, le consultant devra dire si ces investisseurs sont trop gourmands et si leurs prévisions de rendement sont compatibles avec la santé financière du Cameroun.


Un "huit clos" pour le secteur électrique ?


Ce premier audit est distinct d'une seconde procédure, lancée le même jour, sur le coût de construction (durée prévue : 24 mois). Celui-ci se concentre sur la "traduction financière" du projet. Mais pour les opérateurs historiques comme Socadel et Sonatrel, les enjeux sont colossaux.


Si l'audit révèle des fragilités ou des "divergences avec le contrat d'achat d’électricité", le régulateur pourrait contraindre le producteur à renégocier ses conditions. Cela pourrait alléger les charges des entreprises publiques, mais aussi potentiellement baisser le prix du kWh pour le consommateur final.


Une manne pétrolière qui ne règle pas tout


Pendant que le secteur électrique se serre la ceinture, les recettes du pétrole tchadien, elles, s’envolent. Entre 2020 et 2025, le Trésor public camerounais a encaissé 222,2 milliards de FCFA au titre du droit de transit du pétrole tchadien sur l'oléoduc Tchad-Cameroun.


C’est une progression spectaculaire. Sur les huit premières années d’exploitation (2003-2011), le Cameroun n’avait perçu "que" 85,5 milliards de FCFA. Aujourd'hui, la moyenne annuelle avoisine les 37 milliards de FCFA, soit 3,5 fois plus qu'à l'époque.


Cette manne est portée par la revalorisation du tarif de transit, passé de 0,41 dollar à 1,321 dollar par baril. Une nouvelle révision était attendue en octobre 2023, mais le nouveau tarif n'a toujours pas été rendu public. Le pipeline continue de couler, et à fin mai 2026, le Cameroun avait déjà engrangé 15,1 milliards de FCFA pour ce seul poste de recettes.
Le verdict de l’ARSEL : un tournant pour l’énergie camerounaise ?


L’audit de Nachtigal est perçu comme un test grandeur nature. L’ARSEL devra faire preuve d’une autorité et d’une transparence totales pour rassurer les investisseurs sans étrangler les consommateurs.


Le résultat de cette expertise déterminera si le modèle de Nachtigal est un succès économique ou un boulet financier pour le Cameroun. Une chose est sûre : les projecteurs sont braqués sur les trois candidats présélectionnés. Leur rapport pourrait bien redéfinir les règles du jeu énergétique au Cameroun.




Nachtigal Mega-Audit: Will Cameroon’s Consumers Pay the Price for the 800 Billion CFAF Dam?


ARSEL shortlists KPMG, CPCS, and Grant Thornton to audit Nachtigal’s finances. With debt soaring and cash flow tight, this audit could reshape electricity tariffs and the future of SOCADEL.


As power outages and cash flow crises paralyze Cameroon's energy sector, the Electricity Sector Regulatory Agency (ARSEL) is moving into high gear. In a statement issued on July 30, 2026, ARSEL announced the pre-selection of three international consulting giants for a high-stakes financial audit of the Nachtigal Hydro Power Company (NHPC).


CPCS, KPMG Afrique Centrale, and the consortium Grant Thornton Conseil-BBI Advisory & Audit are vying to dissect the finances of the 800 billion CFAF (€1.2 billion) mega-dam, which began full operations in May 2025. The objective is to verify contractual compliance, assess financial robustness, and, most critically, determine the impact of the project’s financial model on electricity tariffs and the solvency of state-owned utilities SOCADEL and SONATREL.


The audit goes beyond standard accounting. It will scrutinize investment costs, debt drawdowns, interest accrued during construction, and cash flow structures. The regulator is particularly focused on the "sustainability" of the project for consumers.


This scrutiny comes amid severe liquidity tensions in the sector. On March 18, 2026, Minister of Water and Energy Gaston Eloundou Essomba acknowledged payment delays to NHPC, calling for urgent financial restructuring.


While the energy sector suffers, oil transit revenues from Chad are booming. Between 2020 and 2025, Cameroon collected 222.2 billion CFAF in transit duties on the Chad-Cameroon pipeline, a significant increase compared to the 85.5 billion collected in the first eight years of operations.


The audit results could force a renegotiation of power purchase agreements, potentially lowering consumer prices, or, conversely, reveal that the project is unsustainable, requiring further state bailouts.


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Moussa Nassourou

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