Travailleurs étrangers au Cameroun : le gouffre de 18 200 personnes que l’État tente de colmater

Travailleurs étrangers au Cameroun : le gouffre de 18 200 personnes que l’État tente de colmater

Sur 30 000 travailleurs étrangers estimés au Cameroun, seuls 11 800 sont enregistrés. Entre régularisations massives et manque à gagner colossal, le Minefop lance une traque pour assainir le marché de l’emploi. Découvrez les coulisses de cette opération de régulation.

Publicité

Travailleurs étrangers au Cameroun : le gouffre de 18 200 personnes que l’État tente de colmater


Alors que le gouvernement camerounais estime à 30 000 le nombre d’étrangers exerçant une activité professionnelle sur le territoire national, le fichier national, encore en élaboration, n’en recense officiellement que 11 800. Un écart béant de 60,7 % qui interpelle. Entre régularisations spontanées, contrôles renforcés et enjeux financiers colossaux, le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop) serre la vis.


C’est une photographie en clair-obscur du marché du travail camerounais. Le 28 juillet 2026, Jeanine Ngo’o Eba, directrice de la régulation de la main-d’œuvre au Minefop, a levé un coin du voile sur les coulisses de l’administration. Invitée sur les antennes de la radio nationale, elle a livré des chiffres qui en disent long sur le défi de la régulation des flux migratoires professionnels.


Un gouffre statistique de 18 200 personnes


Au 28 juillet 2026, le fichier national dénombre exactement 11 800 travailleurs étrangers. Un nombre qui paraît conséquent, jusqu’à ce qu’on le rapporte à l’estimation globale du gouvernement : 30 000 personnes. Soit un taux de couverture administratif de seulement 39,3 %.


Mais attention, comme l’a nuancé la directrice, cette photographie n’est pas un procès-verbal de masse. Contrairement aux idées reçues, les 60,7 % restants (environ 18 200 personnes) ne sont pas automatiquement des "sans-papiers" en cavale. Ce chiffre mesure surtout un déficit de consolidation d’un fichier encore en chantier. Plusieurs raisons expliquent ces zones d’ombre : contrats en attente de visa, autorisations en cours de renouvellement, dossiers non encore numérisés, ou encore étrangers ayant quitté le territoire mais toujours comptabilisés dans les estimations.


Malheureusement, le Minefop n’a pas fourni de ventilation détaillée pour éclairer la lanterne des observateurs. Nationalité des travailleurs, secteur d’activité (BTP, services, agro-industrie ?), répartition régionale ou niveau de qualification... Le manque de granularité empêche pour l’instant de mesurer la cartographie réelle de l’emploi étranger.


Une campagne de régularisation qui porte ses fruits


Pour tenter de réduire cet écart, le ministre par intérim de l’Emploi, Mounouna Foutsou, a lancé le 22 juin dernier une nouvelle campagne nationale de contrôle de la main-d’œuvre étrangère. Objectif affiché dans la note du 8 juin : « assurer une meilleure régulation des flux de main-d’œuvre étrangère [et] préserver les opportunités d’emploi des nationaux ».


Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’opération commence à produire ses effets. Selon Jeanine Ngo’o Eba, l’administration enregistre depuis le lancement une centaine de régularisations par jour. Si cette cadence est maintenue, cela représenterait environ 3 000 démarches mensuelles.


"Depuis que la campagne a été lancée, nous enregistrons en moyenne une centaine de travailleurs étrangers en situation irrégulière qui viennent régulariser leur situation", s’est réjouie la directrice.


Prudence toutefois : ce chiffre est théorique. Le ministère n’a pas précisé s’il s’agit de dossiers reçus ou de visas effectivement délivrés. Et comme le prévoit l’article 27 du Code du travail camerounais, le dépôt d’une demande ne vaut pas approbation. L’administration doit impérativement vérifier le contrat, les qualifications du postulant, sa situation administrative au Cameroun, et surtout le respect des obligations financières de l’employeur. Un contrat est d’ailleurs "nul de plein droit" si le visa est refusé.


L’enjeu des recettes fiscales : 14 milliards encaissés, 20 milliards espérés


Le contrôle du travail étranger n’est pas qu’une question d’ordre public ou de préservation des emplois pour les Camerounais. C’est aussi un levier fiscal puissant pour les caisses de l’État.


Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les recettes non fiscales liées au visa des contrats des travailleurs étrangers sont passées de 5 milliards de FCFA en 2023 à 14,46 milliards en 2024, soit une progression spectaculaire de 189,2 %. Pourtant, même avec cette envolée, le gouvernement n’a pas atteint son objectif de 20 milliards fixé pour 2024, un palier de nouveau visé en 2025.


Pour comprendre cette manne financière, rappelons le barème en vigueur (Loi de finances 2025) : la contribution au visa du contrat équivaut à deux mois de salaire brut pour un travailleur non africain, et un mois de salaire brut pour les travailleurs africains, avec un abattement de 50 %.


Un chantier administratif et sécuritaire


Si la campagne de régularisation est un franc succès en termes de communication et d’afflux de dossiers, le véritable test pour le Minefop sera la fiabilité du fichier national à l’issue de l’opération. Il faudra distinguer le nombre de travailleurs réellement enregistrés, les dossiers en cours d’instruction, les sanctions prononcées contre les employeurs récalcitrants, et surtout, les situations effectivement irrégulières.


La lutte contre l’emploi des étrangers sans contrat visé, souvent accusés d’entrer au Cameroun avec de simples visas de tourisme ou d’affaires, est un chantier de longue haleine. Pour l’heure, avec 18 200 personnes encore à "qualifier" sur le papier, le gouvernement camerounais a mis le doigt sur une plaie béante du tissu économique national.




Foreign Workers in Cameroon: The 18,200 Gap the State is Trying to Close


While the Cameroonian government estimates 30,000 foreigners are working professionally in the country, the national registry, still under development, officially lists only 11,800. This staggering 60.7% gap raises serious questions. Between spontaneous regularizations, reinforced controls, and colossal financial stakes, the Ministry of Employment and Vocational Training (Minefop) is tightening the screws.


It is a chiaroscuro snapshot of the Cameroonian labor market. On July 28, 2026, Jeanine Ngo’o Eba, Director of Labor Regulation at Minefop, lifted the veil on the workings of the administration. Speaking on national radio, she revealed figures that highlight the challenge of regulating professional migratory flows.


A Statistical Gap of 18,200 People


As of July 28, 2026, the national registry counts exactly 11,800 foreign workers. While substantial on its own, this number pales in comparison to the government's overall estimate of 30,000 individuals. This translates to an administrative coverage rate of only 39.3%.


However, as the Director clarified, this snapshot is not a mass indictment. Contrary to popular belief, the remaining 60.7% (approximately 18,200 people) are not automatically "undocumented" fugitives. This figure primarily highlights a consolidation deficit of a registry still under construction. Several factors explain these blind spots: contracts pending visa approval, permits undergoing renewal, files not yet digitized, or foreigners who have left the country but remain in the estimates.


Unfortunately, Minefop has not provided a detailed breakdown to clarify the situation for observers. Nationality, sector (construction, services, agribusiness?), regional distribution, or skill level... The lack of granularity currently prevents mapping the real landscape of foreign employment.


A Regularization Campaign Bearing Fruit


To narrow this gap, the Acting Minister of Employment, Mounouna Foutsou, launched a new national control campaign for foreign labor on June 22. The stated objective in the June 8 memo is to "ensure better regulation of foreign labor flows [and] preserve job opportunities for nationals."


And the operation is beginning to show results. According to Jeanine Ngo’o Eba, the administration is recording about a hundred regularizations per day since the launch. If this pace is maintained, it would represent approximately 3,000 monthly procedures.


"Since the campaign was launched, we have been recording an average of one hundred foreign workers in an irregular situation who come to regularize their status," the Director stated.


Caution is warranted, however: this figure is theoretical. The ministry has not specified whether these are files received or visas actually issued. And as stipulated in Article 27 of the Cameroonian Labor Code, filing an application does not guarantee approval. The administration must verify the contract, the candidate's qualifications, their administrative status, and, crucially, the employer's compliance with financial obligations. A contract is "automatically void" if the visa is refused.


The Stakes of Fiscal Revenue: 14 Billion Collected, 20 Billion Expected


Controlling foreign labor is not just about public order or protecting Cameroonian jobs. It is also a powerful fiscal lever for state coffers.


The numbers speak for themselves: non-tax revenue related to foreign worker contract visas jumped from 5 billion CFA francs in 2023 to 14.46 billion in 2024, a staggering 189.2% increase. Yet, despite this surge, the government missed its target of 20 billion set for 2024—a threshold again targeted for 2025.


To understand this financial windfall, recall the applicable scale (2025 Finance Law): the visa contribution equals two months' gross salary for non-African workers, and one month's gross salary for African workers, with a 50% reduction.


Conclusion: An Administrative and Security Challenge


While the regularization campaign is a clear success in terms of communication and file intake, the real test for Minefop will be the reliability of the national registry at the end of the operation. The government will need to distinguish between the number of workers actually registered, pending applications, sanctions against non-compliant employers, and, most importantly, genuinely irregular situations.


The fight against the employment of foreigners without vetted contracts—often accused of entering Cameroon with tourist or business visas—is a long-term effort. For now, with 18,200 people still to be "qualified" on paper, the Cameroonian government has put its finger on a gaping wound in the national economic fabric.


Travailleurs étrangers Cameroun, régularisation Minefop, contrôle main-d'œuvre étrangère, emploi Cameroun 2026, visa contrat de travail, Mounouna Foutsou, Jeanine Ngo’o Eba, recettes non fiscales Cameroun, marché du travail Afrique, immigration professionnelle Cameroun, campagne de contrôle emploi, Code du travail Cameroun. Foreign workers Cameroon, Minefop regularization, foreign labor control, Cameroon employment 2026, work contract visa, Mounouna Foutsou, Jeanine Ngo’o Eba, non-tax revenue Cameroon, African labor market, professional immigration Cameroon, employment control campaign, Cameroonian Labor Code


Mouahna Divine

Publicité

Le calendrier complet de la Can Féminine 2026

Suivez certains matchs en direct grâce à nos partenaires