CEMAC : Les banques se ruent sur 680 milliards FCFA de la BEAC, le secteur privé toujours en attente

CEMAC : Les banques se ruent sur 680 milliards FCFA de la BEAC, le secteur privé toujours en attente

Après la baisse des taux de la BEAC, les banques de la CEMAC ont demandé un record de 680 milliards FCFA de liquidités le 22 juillet 2026. Entre financement des États et soutien au privé, qui gagne vraiment ? Analyse exclusive des chiffres alarmants de la banque centrale.

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CEMAC : Les banques se ruent sur 680 milliards FCFA de la BEAC, le secteur privé toujours en attente 


Yaoundé, le 28 juillet 2026 – L’appétit des banques pour l’argent facile de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ne faiblit pas. Au contraire, il s’accélère. Lors de l’opération d’injection de liquidité du 22 juillet 2026, les établissements bancaires opérant dans les six pays de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA) ont exprimé une demande record de 680 milliards de FCFA. Un niveau jamais atteint depuis plusieurs mois, selon les données officielles de la banque centrale.


Ce chiffre intervient seulement quelques semaines après la décision historique du Comité de politique monétaire (CPM) d’abaisser ses deux principaux taux directeurs à compter du 29 juin 2026. Le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) est passé de 4,75 % à 4,50 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal a été ramené de 6,25 % à 5,75 %.


En clair : la BEAC a ouvert grand le robinet à moindre coût. L’objectif affiché ? Stimuler le financement des économies de la sous-région. Mais les faits sur le terrain interrogent.


Un argent qui profite surtout aux États ?


Selon la BEAC elle-même, cet assouplissement vise à faire baisser les taux débiteurs pratiqués par les banques commerciales et à booster le crédit au secteur privé. Pourtant, l’histoire récente de la CEMAC montre une autre réalité : les banques préfèrent massivement placer leurs ressources dans les titres publics.


À fin mars 2026, les créances nettes du système monétaire sur les États de la CEMAC atteignaient 11 397,6 milliards de FCFA, soit 83,5 % des 13 655,4 milliards de FCFA de crédits accordés à l’ensemble de l’économie. Un ratio qui reste extrêmement élevé, même s’il a reculé de près de 4,7 points en un an grâce à une progression plus rapide des crédits au privé (+12,5 % contre +6,5 % pour les États).


Les banques détiennent à elles seules **76,8 %** des titres publics émis dans la zone. Un quasi-monopole qui transforme les Trésors publics en principaux clients du secteur bancaire, au détriment des entreprises et des ménages, pourtant censés être le moteur de la croissance.


Crédit en hausse, mais cher et court-termiste


Les encours de crédit à l’économie ont certes progressé de 12,5 %, portés par les secteurs des hydrocarbures, mines, logistique, transports, télécoms, agriculture et infrastructures. Mais la structure reste largement orientée vers le court terme (13,8 % de hausse), signe que les banques financent surtout la trésorerie et l’exploitation courante, et très peu les investissements productifs à long terme.


Pire : le coût du crédit a augmenté. Le taux effectif global moyen est passé de 11,82 % au quatrième trimestre 2025 à 12,36 % au premier trimestre 2026.


Perspectives et défis


La BEAC anticipe une réduction progressive de l’exposition des banques aux États d’ici fin 2026, grâce à une mobilisation accrue de financements extérieurs et de dons par les États. Mais ce scénario reste conditionné à la concrétisation effective de ces appuis et à la discipline budgétaire des gouvernements.


En attendant, le système financier de la CEMAC fait face à un double défi structurel : satisfaire les besoins urgents des Trésors publics tout en libérant enfin du crédit abondant et abordable pour le secteur privé. Les prochains mois diront si la baisse des taux directeurs restera une mesure technique ou deviendra un véritable tournant pour l’économie réelle de la sous-région.


Le Cameroun, locomotive économique de la CEMAC, sera particulièrement scruté.




CEMAC: Banks Rush for 680 Billion FCFA from BEAC, Private Sector Still Waiting


Yaoundé, July 28, 2026 – Banks’ appetite for easy money from the Bank of Central African States (BEAC) shows no signs of slowing down. On the contrary, it is accelerating. During the liquidity injection operation on July 22, 2026, commercial banks operating in the six CEMAC countries requested a record 680 billion FCFA – the highest level in several months, according to official BEAC data.


This surge comes shortly after the Monetary Policy Committee’s decision to cut its key rates effective June 29, 2026. The interest rate on tenders (TIAO) dropped from 4.75% to 4.50%, and the marginal lending facility rate was lowered from 6.25% to 5.75%.


The central bank’s stated goal is to improve financing conditions for the sub-region’s economies. In theory, cheaper refinancing should lead to lower lending rates for businesses and households. Reality, however, tells a more nuanced story.


Public sector still dominates


At the end of March 2026, net claims of the monetary system on CEMAC States reached 11,397.6 billion FCFA, equivalent to 83.5% of the 13,655.4 billion FCFA in total credit to the economy. Although the ratio has declined slightly over the past year, the absolute exposure continues to grow.


Commercial banks remain the primary holders of public securities, controlling 76.8% of the Treasury bond market. This concentration confirms that governments are still the banking sector’s main client.


While credit to the economy grew by a solid 12.5%, the increase is dominated by short-term facilities. Meanwhile, the average effective lending rate actually rose from 11.82% to 12.36% in early 2026.


Outlook


The BEAC expects a gradual reduction in banks’ exposure to the public sector by the end of 2026, thanks to increased external financing and grants. However, this depends on actual disbursement of these funds and fiscal consolidation by member states.


The CEMAC financial system continues to face a major structural challenge: meeting urgent public treasury needs while genuinely supporting the private sector, the true engine of sustainable growth. The coming months will reveal whether the recent rate cuts become a game-changer for the real economy – particularly in Cameroon, the zone’s economic powerhouse.


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Didier Cebas K.

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