RDC: désespérés par le manque de poissons, ces pêcheurs quittent le fleuve… pour ramasser du plastique qui rapporte plus

RDC: désespérés par le manque de poissons, ces pêcheurs quittent le fleuve… pour ramasser du plastique qui rapporte plus

Pénurie de poissons dans le fleuve Congo, revenus en chute libre… Face à la crise, des pêcheurs de Kinshasa se recyclent dans la collecte de déchets plastiques. Une activité jusqu’à 10 fois plus rentable. Découvrez ce paradoxe écologique et économique qui secoue la RDC.

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Kinshasa, l’autre ruée vers l’or blanc – Quand le plastique devient plus précieux que le poisson


Sur les berges tumultueuses du fleuve Congo, un silence inquiétant a remplacé le chant des filets qu’on jette à l’eau. Ici, à Kinshasa, la pêche traditionnelle agonise. Et ceux qui en vivaient depuis des générations tournent désormais le dos au fleuve… pour mieux le nettoyer.


La raison est brutale : le poisson se fait rare, mais les déchets plastiques, eux, pullulent. Et ils rapportent plus d’argent.


Selon la chaîne Channels, qui a enquêté sur cette mutation silencieuse, les pêcheurs de la mégapole de 17 millions d’âmes gagnent aujourd’hui moins de 9 euros par semaine contre près de 88 euros il y a dix ans. Autant dire la misère noire, quand une famille doit survivre avec un filet quasi vide.


Face à cette asphyxie économique, la débrouille a changé de camp. Désormais, les centres de recyclage paient 0,35 euro le kilo de plastique collecté. Et les anciens pêcheurs assurent pouvoir ramasser jusqu’à 50 kilos par semaine. Soit plus de 17 euros hebdomadaires. Pas le jackpot, mais toujours mieux que l’aumône du fleuve mourant.


« Le fleuve nous a trahis. Les poissons sont malades ou ont disparu. Alors on ramasse ce qui reste : les bouteilles, les sachets, tout ce qui flotte », nous glisse, amer, un vieux pêcheur du quartier de Kingabwa, le regard rivé sur une eau couleur brique.


Car le problème ne date pas d’hier. Chaque année, 60 000 tonnes de poissons étaient officiellement pêchées dans le Congo, long de plus de 4 300 km. Mais à Kinshasa, les prises se sont effondrées. La faute à quoi ? À une pollution invisible et mortelle.


Des experts environnementaux cités par Channels rappellent l’évidence : la capitale produit chaque jour au moins 10 tonnes de déchets plastiques. Une partie finit logiquement dans le fleuve. Et sous l’effet du soleil, ces déchets se transforment en microplastiques. Une étude de l’Université du Congo (2023) est formelle : ces particules contaminent les poissons, bloquent leur croissance, bousillent leur reproduction et finissent par les tuer.


Ironie du sort : la RDC a pourtant interdit dès 2017 la production et l’importation de sacs et bouteilles en plastique. Mais sur le terrain, cette loi dort dans les placards de l’administration. À Kinshasa, le nettoyage des berges est paralysé par un manque chronique de financement.


Alors, pendant que les autorités regardent ailleurs, les pêcheurs sont devenus éboueurs malgré eux. Le fleuve Congo, jaguar mythique de l’Afrique centrale, est aujourd’hui une poubelle à ciel ouvert qui rapporte plus vide que plein.


Un gâchis écologique. Une leçon amère pour tout un continent.




DRC: As fish disappear, fishermen abandon the river for plastic waste – and earn more


On the banks of the Congo River in Kinshasa, traditional fishing is collapsing. With fish stocks dwindling and weekly earnings dropping below €9 (against €88 a decade ago), many fishermen are turning to a new source of income: collecting plastic waste.


According to Channels TV, recycling centres pay €0.35 per kilogram of plastic. Fishermen say they can gather up to 50 kg per week – making plastic collection far more profitable than fishing.


Every year, around 60,000 tonnes of fish were once caught in the Congo River, which sustains millions of people. But near Kinshasa, catches have plummeted. Experts point to the 10 tonnes of plastic waste produced daily by the megacity of 17 million people, much of which ends up in the river.


A 2023 study by the University of Congo shows that sunlight breaks down this waste into microplastics, contaminating fish, harming their growth and reproduction, and often killing them.


Despite a 2017 law banning plastic bags and bottles, enforcement remains weak. In Kinshasa, chronic underfunding hampers waste cleanup.


The fishermen have become recyclers by necessity – a bitter paradox in the heart of Africa.



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Didier Cebas K.

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