Cameroun : 130 milliards FCFA pour relancer enfin la route Ebolowa-Kribi, pendant que Yaoundé sécurise le corridor stratégique vers le Tchad
Yaoundé débloque un financement majeur pour une infrastructure attendue depuis 2011
Le gouvernement camerounais tente de relancer l’un de ses projets routiers les plus attendus dans la région du Sud. Le 15 mai 2026 à Yaoundé, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, a signé avec Mustafa Sajjad Hussain, directeur exécutif de Standard Chartered Bank, un accord de prêt de 130,4 milliards de FCFA destiné à la construction de la route Ebolowa-Akom II-Kribi.
Avec cette nouvelle enveloppe, les financements mobilisés auprès de la banque londonienne atteignent désormais 138,2 milliards de FCFA pour cette infrastructure stratégique longue de plus de 160 kilomètres.
Annoncée depuis 2011 par le président Paul Biya lors du comice agro-pastoral d’Ebolowa, cette route est restée bloquée pendant près de quinze ans, principalement en raison des difficultés de mobilisation des financements. Pourtant, le marché de construction avait déjà été attribué le 23 mars 2022 à l’entreprise italienne ICM Construction, dans le cadre d’un contrat de gré à gré signé avec le ministère des Travaux publics. Le délai d’exécution annoncé à l’époque était de 36 mois.
Une route clé pour le désenclavement du Sud et l’essor du port de Kribi
L’axe Ebolowa-Akom II-Kribi est considéré comme un maillon essentiel pour le désenclavement des bassins agricoles et forestiers de la région du Sud. Mais au-delà de l’enjeu local, le projet revêt une forte dimension économique et sous-régionale.
Cette infrastructure doit faciliter l’accès au port en eau profonde de Kribi, devenu l’un des piliers de la stratégie logistique du Cameroun en Afrique centrale. Les autorités misent sur cette route pour accélérer l’acheminement des marchandises vers le port et renforcer la compétitivité des échanges commerciaux.
Lors de la cérémonie de signature, Alamine Ousmane Mey a souligné que cette route devra renforcer la connectivité entre le Cameroun, le Congo, le Gabon, le Tchad et la République centrafricaine. L’objectif affiché est clair : faire de Kribi un hub logistique régional capable de capter davantage de flux commerciaux dans la sous-région Cemac.
Yaoundé et N’Djamena veulent fluidifier le corridor Douala-Kribi/Tchad
Quelques jours avant cette signature, le Cameroun et le Tchad ont également franchi une nouvelle étape dans la modernisation du corridor Douala–Kribi/N’Djamena.
Le 14 mai 2026 à N’Djamena, les deux pays ont signé un protocole d’accord visant à améliorer le transit des marchandises entre les ports camerounais et le marché tchadien. Le document a été signé par Auguste Mbappe Penda, directeur général du Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), et Hamid Djoumino, responsable du Conseil des chargeurs du Tchad.
Cet accord prévoit notamment l’interconnexion des systèmes d’information, le suivi électronique des cargaisons, la simplification des procédures de transit ainsi que la mise en place d’une plateforme numérique commune pour le suivi logistique et le traitement des réclamations des opérateurs économiques.
Un corridor vital pour l’économie camerounaise
Au-delà du discours institutionnel, l’enjeu est hautement stratégique pour Yaoundé. Le corridor Douala-Kribi/N’Djamena constitue l’un des principaux axes commerciaux de l’Afrique centrale.
Pour le Tchad, pays enclavé, les ports de Douala et de Kribi représentent une porte d’entrée essentielle vers les marchés internationaux. Pour le Cameroun, ce trafic de transit génère des recettes majeures pour les ports, les opérateurs logistiques et l’administration douanière.
Le transit des marchandises tchadiennes rapporte plus de 350 milliards de FCFA de recettes annuelles au Cameroun.
Dans ce contexte, Yaoundé cherche à sécuriser sa position logistique alors que le Tchad explore depuis plusieurs mois d’autres alternatives d’accès maritime.
Le défi de l’exécution après des années d’attente
Malgré les annonces et les signatures, la principale interrogation reste désormais celle de l’exécution concrète des projets.
Sur le corridor Douala-Kribi/Tchad, les opérateurs économiques dénoncent régulièrement les lenteurs administratives, les contrôles multiples, les tracasseries routières et les coûts logistiques élevés qui pénalisent la compétitivité du transport.
Quant à la route Ebolowa-Akom II-Kribi, les populations attendent désormais le démarrage effectif des travaux après quinze années de promesses et de reports.
Pour le gouvernement camerounais, l’enjeu est double : accélérer le développement du port de Kribi et consolider le rôle du Cameroun comme plateforme logistique incontournable en Afrique centrale.
Cameroon unlocks CFA130 billion for the long-awaited Ebolowa-Kribi road as Yaoundé moves to secure the strategic Chad corridor
The Cameroonian government has taken a major step toward reviving one of its most anticipated road infrastructure projects. On May 15, 2026, Economy Minister Alamine Ousmane Mey signed a CFA130.4 billion loan agreement in Yaoundé with Mustafa Sajjad Hussain, Executive Director of Standard Chartered Bank, to finance the Ebolowa-Akom II-Kribi road project in the South Region.
With this new agreement, total funding mobilized from the London-based bank for the project has now reached CFA138.2 billion.
Stretching over 160 kilometers, the Ebolowa-Akom II-Kribi road was first announced in 2011 by President Paul Biya during the agro-pastoral fair in Ebolowa. However, the project remained stalled for nearly fifteen years, mainly due to financing difficulties.
The construction contract had already been awarded on March 23, 2022, to Italian firm ICM Construction through a direct agreement with the Ministry of Public Works, with an initial execution timeline of 36 months.
The road is expected to play a critical role in opening up agricultural and production areas in southern Cameroon while improving access to the deep-sea port of Kribi, which is increasingly becoming a strategic logistics hub for Central Africa.
During the signing ceremony, Alamine Ousmane Mey stressed the regional importance of the project, saying it would strengthen connectivity between Cameroon, Congo, Gabon, Chad and the Central African Republic while facilitating cargo movement through Kribi port.
Meanwhile, Cameroon and Chad signed a separate agreement on May 14, 2026, in N'Djamena to improve cargo transit along the Douala-Kribi/N'Djamena corridor during the 5th Tripartite Chad-Cameroon-CAR Forum.
The agreement aims to modernize logistics operations through interconnected information systems, electronic cargo tracking, simplified transit procedures and a joint digital platform for monitoring operations and handling complaints from economic operators.
For Chad, a landlocked country, the Cameroonian corridor remains vital for access to international maritime trade. For Cameroon, the corridor is also economically crucial, generating more than CFA350 billion annually according to customs figures cited by Investir au Cameroun.
Authorities in both countries now face pressure to turn these agreements into measurable improvements, including faster transit times, lower logistics costs and fewer administrative bottlenecks.
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Silognhia Edwige