Fer à béton : le gouvernement ferme la porte à toute révision de la norme et recadre la filière sidérurgique

Fer à béton : le gouvernement ferme la porte à toute révision de la norme et recadre la filière sidérurgique

La bataille autour de la norme camerounaise sur le fer à béton vient de connaître un tournant décisif. Dans un courrier daté du 19 janvier 2026, adressé au président de l’Association camerounaise des industries métallurgiques et sidérurgiques (Acimesi), le secrétaire général des services du Premier ministre (SG/PM) oppose une fin de non-recevoir catégorique à toute tentative de révision de la norme en vigueur.

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Signée par Magloire Séraphin Fouda, la correspondance répond à une requête introduite le 28 novembre 2025 par l’Acimesi. L’organisation professionnelle sollicitait une modification de la norme applicable au fer à béton, dans un contexte de tensions internes à la filière.


Mais pour les services du Premier ministre, l’initiative tombe mal. « La révision de la norme sollicitée apparaît inopportune dans le contexte actuel de cette filière en plein essor, pour laquelle l’État a consenti d’importants moyens en vue de son assainissement et de sa structuration », tranche le SG/PM, sans détour.


Acéro Metal en toile de fond, sur fond de fractures sectorielles


Derrière cette demande avortée, plusieurs sources internes à la filière sidérurgique pointent l’influence supposée de Acéro Metal, producteur de fer à béton. L’Acimesi, dirigée par Mortada Hassan, également patron de Mira Company dans le secteur du ciment, aurait porté une revendication inspirée par cet opérateur.


Un positionnement qui intrigue, d’autant plus qu’Acéro Metal est présenté comme le seul des quatre transformateurs d’acier du pays à ne pas être membre de l’Ocitram (Organisation des industries de transformation des métaux), ex-Ocita. Cette organisation regroupe les autres acteurs majeurs du secteur : Aciéries du Cameroun, Prometal et Metafrique Steel, rejoints récemment par Alucam et Proalu SA.


Dans un secteur que l’État affirme vouloir assainir durablement, la démarche isolée d’un acteur soulève des interrogations sur les véritables enjeux derrière la demande de révision normative.


Un contentieux encore frais avec l’Anor


Le rejet gouvernemental intervient quinze mois après un épisode majeur : le retrait du certificat de conformité délivré à Acéro Metal par l’Agence des normes et de la qualité (Anor). En cause, la production d’un fer à béton de type Fe450, jugé non conforme aux normes camerounaises en vigueur.


Saisie par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, à la suite d’une dénonciation de l’Ocita, l’Anor avait ordonné, le 16 octobre 2024, le retrait du certificat et le rappel de tous les fers Fe450 déjà mis sur le marché, pour recyclage sous supervision administrative.


Un rappel à l’ordre fort, qui continue de peser sur les débats actuels autour de la normalisation dans la filière.


Une norme obligatoire depuis 2022, au nom de la sécurité publique


Pour les pouvoirs publics comme pour la majorité des industriels, la norme sur le fer à béton ne relève pas d’un simple débat technique. Elle est directement liée à la sécurité des ouvrages et à la protection des vies humaines.


Au Cameroun, plusieurs effondrements d’immeubles, parfois meurtriers, ont été attribués à l’utilisation de matériaux de construction de qualité douteuse. C’est pour rompre avec ces pratiques qu’une norme sur le fer à béton, élaborée avec la participation des producteurs, est devenue obligatoire depuis 2022.


En refusant toute révision dans l’immédiat, le gouvernement envoie un signal clair : la stabilité normative et la sécurité priment sur les intérêts particuliers, dans une filière stratégique pour l’urbanisation et l’industrialisation du pays.




Reinforced Concrete Steel: Cameroon Government Rejects Any Revision of National Standards


The debate surrounding Cameroon’s reinforced concrete steel standards has reached a decisive point. In a letter dated January 19, 2026, addressed to the president of the Cameroonian Association of Metallurgical and Steel Industries (Acimesi), the Secretary General of the Prime Minister’s Office firmly rejected any proposal to revise the current standards.


Signed by Magloire Séraphin Fouda, the letter responds to a request filed by Acimesi on November 28, 2025, seeking amendments to the standards governing reinforcing steel bars. According to the Prime Minister’s Office, such a revision is deemed untimely in a sector described as “rapidly expanding” and one that has benefited from significant state investment aimed at regulation and restructuring.


Behind the request, industry sources point to Acero Metal, a steel bar producer, as a key influence. The company remains the only major steel transformer in Cameroon that is not a member of Ocitram, the main industry body representing other key players such as Aciéries du Cameroun, Prometal, and Metafrique Steel.


The government’s refusal comes fifteen months after the withdrawal of Acero Metal’s compliance certificate by the National Agency for Standards and Quality (Anor), following the production of a Fe450 steel grade not recognized under Cameroonian standards. Authorities ordered the recall and recycling of the disputed products, citing public safety concerns.


Since 2022, compliance with reinforced concrete steel standards has been mandatory in Cameroon, following a series of deadly building collapses linked to substandard construction materials. By maintaining the current framework, the government is reaffirming its stance: public safety and regulatory stability outweigh sectoral pressures.


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Mouahna Divine

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