« Vous ne payez pas la dette extérieure, vous êtes blacklisté. Plus personne ne vous prête, ou alors à des conditions extrêmement contraignantes », a averti le membre du gouvernement, rappelant le risque d’isolement financier qui plane sur les États jugés défaillants.
2026 : le début d’une période critique
Mais derrière cette rigueur affichée se profile un horizon sombre : l’année 2026, que Louis Paul Motaze qualifie déjà d’« extrêmement difficile », marquera le début du remboursement des appuis financiers obtenus dans le cadre du programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) pour la période 2021-2025.
Ce programme, qui repose sur deux instruments majeurs – la Facilité élargie de crédit (FEC) et le Mécanisme élargi de crédit (MEDC) – a permis au Cameroun de mobiliser 573 milliards FCFA. Ces fonds ont servi à renforcer le budget de l’État et surtout à consolider les réserves de change, indispensables pour assurer le règlement des importations et maintenir la stabilité macroéconomique.
Or, avec la fin programmée de ce partenariat, le pays s’achemine vers une phase de transition sans nouveaux décaissements du FMI.
Vers un « budget de recettes »
Face à cette nouvelle réalité, le gouvernement se prépare à un virage stratégique. « Le budget que nous allons vous présenter est un budget de recettes », a prévenu le ministre, assumant l’objectif d’une mobilisation accrue des ressources internes, notamment à travers une hausse attendue des recettes fiscales et douanières.
En clair, le Cameroun devra compenser la perte de plusieurs milliards FCFA par an en appuis budgétaires par un effort fiscal domestique renforcé. Une perspective qui fait craindre une pression supplémentaire sur les contribuables et les entreprises, déjà éprouvés par un environnement économique difficile.
La dette intérieure, un poison pour l’économie réelle
Pour les députés, la priorité devrait être ailleurs : la résorption de la dette intérieure. Car derrière ces chiffres se cache une réalité concrète : des fournisseurs non payés, des PME asphyxiées, une trésorerie en souffrance et un investissement privé en chute.
Selon la note de conjoncture d’octobre 2025 de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), la dette intérieure de l’administration centrale s’élevait à 4 246 milliards FCFA au 30 septembre 2025, tandis que la dette extérieure atteignait 8 568,2 milliards FCFA. Une répartition qui met en évidence la prédominance de l’endettement extérieur, mais aussi le poids étouffant de l’ardoise intérieure sur le tissu économique local.
Des contentieux explosifs dans les infrastructures
Autre alerte majeure : les litiges en cascade révélés par le rapport de certification du Compte général de l’État 2024. Le ministère des Travaux publics (Mintp) concentre à lui seul 87,49 milliards FCFA de risques financiers liés à des contentieux avec plusieurs entreprises engagées dans des projets structurants.
Le 2? pont sur le Wouri : 15 milliards de FCFA en jeu
Les entreprises Sogea Satom et Soletanche Bachy ont engagé une procédure devant la Cour internationale d’arbitrage de Paris, évoquant des manquements de l’État dans sa mission de maîtrise d’ouvrage. Résultat : un risque budgétaire évalué à 15 milliards FCFA pour ce projet stratégique de 141,6 milliards FCFA destiné à désengorger l’entrée de Douala par Bonabéri.
Route Garoua-Boulaï–Ngaoundéré : 52 milliards FCFA de risque
Le groupe brésilien Andrade Gutierrez Zagope réclame, quant à lui, un montant pouvant atteindre 52 milliards FCFA dans un litige entourant la construction de la route Garoua-Boulaï–Ngaoundéré, un corridor vital pour les échanges avec la RCA, le Nigeria et le Tchad.
Prestataires locaux : plus de 37 milliards FCFA en suspens
Des entreprises camerounaises ne sont pas en reste : Super Confort SARL et Bofas SARL totalisent à elles seules plus de 49 milliards FCFA de risques financiers potentiels pour l’État.
Ces dossiers mettent au jour les failles structurelles dans la gestion des marchés publics : insuffisances dans la planification, faiblesses contractuelles, maîtrise d’ouvrage défaillante. Autant de dérives qui pourraient alourdir davantage un budget national déjà sous tension.
Un avertissement sans équivoque
À l’heure où le Cameroun ambitionne de transformer ses infrastructures et d’accélérer son émergence, ces révélations sonnent comme un avertissement. Sans réforme profonde de la gouvernance des projets publics et une stratégie claire de gestion de la dette intérieure, les ambitions économiques risquent de se heurter à un mur d’endettement, de contentieux et de défiance.
L’année 2026 ne sera pas seulement un tournant financier. Elle pourrait marquer un test majeur de crédibilité économique pour l’État camerounais.
Cameroon: Debt, Legal Disputes and the End of IMF Support… 2026 Set to Become a Budgetary Pressure Point
Questioned by lawmakers on November 18 over persistent delays in the payment of domestic debt, Cameroon’s Minister of Finance, Louis Paul Motaze, made the government’s priorities clear: external debt comes first. A deliberate choice, justified by the need to preserve the country’s credibility with international lenders and financial institutions.
“If you fail to service your external debt, you are blacklisted. No one will lend to you anymore, or only under extremely harsh conditions,” the minister warned, underlining the risks of financial isolation for countries perceived as unreliable.
2026: The Beginning of a Critical Phase
Beyond this firm stance, a more worrying timeline is emerging. The year 2026, which Motaze has already described as “extremely difficult,” will mark the beginning of repayments for the financial support Cameroon received under the 2021–2025 program agreed with the International Monetary Fund (IMF).
Under this program, Cameroon accessed two major financing instruments: the Extended Credit Facility (ECF) and the Extended Fund Facility (EFF). Together, these mechanisms provided a total of 573 billion CFA francs. These funds helped strengthen the national budget and, above all, shore up foreign exchange reserves — a key pillar for financing imports and maintaining macroeconomic stability.
But with the IMF program coming to an end, Cameroon now faces a transition period without new disbursements.
A “Revenue-Based Budget” Ahead
To manage this gap, the government is preparing a strategic shift. “The budget we will present to you is a revenue-based budget,” the finance minister told lawmakers, signaling a stronger reliance on domestic resource mobilization — meaning higher tax and customs revenue.
In practical terms, Cameroon will have to offset the loss of billions of CFA francs in annual IMF support through increased internal revenue collection. This prospect raises concerns about higher pressure on taxpayers and businesses already struggling in a challenging economic environment.
Domestic Debt Weighs on the Real Economy
For members of parliament, however, the real emergency lies elsewhere: the settlement of domestic debt. Unpaid government suppliers, cash-strapped SMEs, frozen investments and declining private sector confidence are the direct consequences of state arrears.
According to the October 2025 economic report from the Autonomous Amortization Fund (CAA), Cameroon’s domestic debt stood at 4,246 billion CFA francs as of September 30, 2025, while external debt reached 8,568.2 billion CFA francs. These figures highlight the dominance of external borrowing, but also the suffocating impact of domestic arrears on the local economy.
Explosive Legal Risks in Infrastructure Projects
Another major warning comes from the 2024 State General Account certification report. The Ministry of Public Works alone faces financial risks totaling 87.49 billion CFA francs, linked to a series of legal disputes involving major infrastructure projects.
Second Wouri Bridge: 15 Billion CFA Francs at Stake
Construction companies Sogea Satom and Soletanche Bachy have taken Cameroon to the International Court of Arbitration in Paris, citing failures by the government in its role as project owner. The estimated budgetary risk now stands at 15 billion CFA francs for this 141.6 billion CFA franc project, which is essential for easing traffic between Bonabéri — Douala’s main industrial zone — and the city center.
Garoua-Boulaï–Ngaoundéré Road: 52 Billion CFA Francs Risk
Brazilian firm Andrade Gutierrez Zagope is involved in another major dispute concerning the Garoua-Boulaï–Ngaoundéré road — a strategic corridor linking Cameroon to the Central African Republic, Nigeria and Chad. Although the project was officially delivered in 2018, potential claims could cost the state up to 52 billion CFA francs.
Local Contractors: More Than 49 Billion CFA Francs in Disputes
Several local companies are also in legal conflict with the state. Super Confort SARL and Bofas SARL alone represent potential liabilities exceeding 49 billion CFA francs.
Taken together, these cases expose deep structural weaknesses in the planning, management and legal safeguard mechanisms of public contracts. They raise serious questions about governance, risk management and accountability in major government infrastructure projects.
A Clear Warning
At a time when Cameroon aims to accelerate its development and modernize its infrastructure, these financial and legal challenges send a strong message. Without profound reforms in public project governance and a credible strategy to reduce domestic arrears, the country’s economic ambitions could be undermined by mounting debt, legal liabilities and eroding trust.
The year 2026 will not be just another fiscal milestone. It could become a defining test of Cameroon’s economic credibility.
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Ange NGO