Coups d'État constitutionnels : Maurice Kamto accuse les universitaires africains d'avoir servi les tyrans

Coups d'État constitutionnels : Maurice Kamto accuse les universitaires africains d'avoir servi les tyrans

Maurice Kamto s'en prend aux universitaires africains qui justifient les révisions constitutionnelles et le 3e mandat. Décryptage d'une charge sans concession.

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Maurice Kamto sans détour : « Des universitaires africains sont aussi coupables de nos malheurs que les dirigeants »


Yaoundé. Quand Maurice Kamto parle de droit constitutionnel, il ne le fait pas en spectateur. Professeur agrégé de droit public, ancien ministre délégué à la Justice, candidat à la présidentielle de 2018 et ancien président du MRC, il vient de signer une pensée qui vise directement une catégorie que l'on croyait intouchable : les intellectuels et universitaires de l'Afrique dite francophone.


« Chercher la lumière pour plonger leurs pays dans les ténèbres »


Le constat de l'ancien président du MRC est sévère. Selon lui, nombre d'universitaires partent chercher la lumière du savoir, parfois jusqu'à l'étranger, pour ensuite mettre leurs diplômes au service de régimes tyranniques. Leur notoriété scientifique, accuse-t-il, servirait à aider des dirigeants « véreux » à instaurer ou à prolonger leur pouvoir.


Kamto pointe une contradiction qu'il juge flagrante. Ces mêmes intellectuels invoquent la Constitution comme « Loi fondamentale », mais défendent sans hésitation sa violation.


Révision parlementaire contre référendum : le cœur du débat


Le juriste dénonce en particulier :



  • Les changements constitutionnels majeurs opérés par simple vote parlementaire, sans passer par le référendum.

  • Les changements anticonstitutionnels de gouvernement, justifiés au nom de la « souveraineté du Président de la République ».

  • Une thèse qu'il juge inacceptable : cette souveraineté présidentielle serait supérieure à celle du Peuple, alors que, rappelle-t-il, le Peuple est la source de toute autre souveraineté dans une République.


Les limitations de mandats balayées


Pour Kamto, l'histoire récente lui donne raison. Les limitations du nombre de mandats présidentiels, inscrites dans les constitutions des années 1990, ont été supprimées ici et là par de simples manipulations constitutionnelles. Ailleurs, là où elles ont survécu, elles n'ont pas résisté à l'épreuve d'un troisième, voire d'un quatrième mandat.


Le Cameroun connaît bien ce débat : la révision constitutionnelle de 2008 avait supprimé la limitation des mandats présidentiels, à l'issue d'un vote au Parlement.


Une phrase qui fait mal


Son bilan est tranché : en quatre décennies, il y aurait eu plus de coups d'État constitutionnels que de coups d'État militaires dans ces pays. Et sa conclusion vise droit les élites du savoir : nombre d'universitaires africains ne sont « pas moins comptables de nos malheurs » que les gouvernants.


Ce qu'il faut retenir



  • Kamto met en cause la responsabilité intellectuelle dans la dérive autoritaire, et pas seulement la responsabilité politique.

  • Il défend le principe de la souveraineté du Peuple, au-dessus de celle du chef de l'État.

  • Il rappelle que le référendum reste, à ses yeux, la voie légitime pour changer les règles fondamentales.


Cette prise de position relance un débat sensible : quel rôle doivent jouer les universitaires et juristes lorsque le pouvoir cherche à contourner la Constitution ? Au Cameroun comme ailleurs, la question divise, et la charge de Maurice Kamto ne manquera pas de provoquer des réactions.




Maurice Kamto Pulls No Punches: "African Academics Are as Guilty for Our Misfortunes as the Rulers"


Yaoundé. When Maurice Kamto talks constitutional law, he does not do so as a bystander. A professor of public law, former Minister Delegate for Justice, 2018 presidential candidate and former MRC president, he has just published a reflection targeting a group long considered untouchable: the scholars and intellectuals of French-speaking Africa.


"Seeking the light to plunge their countries into darkness"


His assessment is harsh. According to Kamto, many academics go in search of knowledge, sometimes abroad, only to put their credentials at the service of tyrannical regimes. Their scientific reputation, he says, helps corrupt leaders establish or prolong their hold on power.


He points to a glaring contradiction: these same academics invoke the Constitution as the "fundamental law" while defending its violation without shame.


Parliamentary revision versus referendum


The jurist denounces:



  • Major constitutional changes pushed through by a simple parliamentary vote, with no referendum.

  • Unconstitutional changes of government, justified in the name of the "sovereignty of the President of the Republic".

  • A thesis he finds unacceptable: that presidential sovereignty would outrank the sovereignty of the People, which, he reminds us, is the source of all other sovereignty in a republic.


Term limits swept aside


For Kamto, recent history proves his point. Presidential term limits written into the constitutions of the 1990s were removed in several countries through simple constitutional manipulation. Where they survived, they failed the test of a third or even fourth term.


Cameroon knows this debate well: the 2008 constitutional revision removed presidential term limits after a parliamentary vote.


A line that hurts


His verdict: over four decades, there have been more constitutional coups than military coups in these countries. And his conclusion targets the intellectual elite directly: many African academics, he says, are no less responsible for our misfortunes than those who govern.


Key takeaways



  • Kamto puts intellectual responsibility in the spotlight, not only political responsibility.

  • He defends the sovereignty of the People above that of the head of state.

  • He maintains that a referendum is the legitimate route to change fundamental rules.


His statement reopens a sensitive debate: what role should scholars and lawyers play when those in power try to sidestep the Constitution? In Cameroon and elsewhere, opinions are divided, and Kamto's remarks are likely to spark reactions.


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Ange NGO

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