Cameroun : 12 millions d’hectares à restaurer, le pays cherche des milliards et voit le cacao ralentir

Cameroun : 12 millions d’hectares à restaurer, le pays cherche des milliards et voit le cacao ralentir

Le Cameroun veut restaurer 12,06 millions d’hectares d’ici 2030 avec l’appui de la BAD et de la BID, tandis que la transformation du cacao recule de 13 % en 2025-2026.

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Cameroun : 12 millions d’hectares à restaurer, le pays cherche des milliards et voit le cacao ralentir


Le Cameroun veut accélérer la restauration de ses terres dégradées et cherche pour cela l’appui financier de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Banque islamique de développement (BID). En parallèle, la transformation locale du cacao a marqué le pas au cours de la campagne 2025-2026, avec une baisse de 13 % des volumes broyés. Deux dossiers qui illustrent les défis du pays : financer durablement l’agriculture tout en renforçant la valeur ajoutée locale.


Le Cameroun veut passer à une nouvelle étape dans sa politique de restauration des terres dégradées. À moins de quatre ans de l’échéance de 2030, le pays cherche à mobiliser des financements internationaux pour tenir son engagement de restaurer 12 062 768 hectares de paysages forestiers et de terres dégradées.


Dans cette perspective, des discussions ont été engagées avec la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque islamique de développement (BID), en marge de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), organisée du 23 au 28 août 2026 à Oulan-Bator, en Mongolie.


Les échanges ont porté sur plusieurs priorités étroitement liées : restauration des terres, résilience climatique, sécurité alimentaire, chaînes de valeur agricoles et création d’emplois.


Mais aucune enveloppe financière n’a encore été annoncée.


BAD et BID sollicitées, mais aucun financement acquis


La démarche camerounaise a été conduite par Issa Sanogo, coordonnateur résident des Nations unies au Cameroun, avec une délégation nationale dirigée par le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (Minepded).


Le Cameroun a également profité de la COP17 pour présenter ses programmes nationaux de restauration des terres aux partenaires techniques et financiers.


L'objectif est désormais de transformer les discussions en projets suffisamment structurés pour attirer des financements.


À ce stade, toutefois, il n’est question ni d’un accord de financement conclu avec la BAD ou la BID, ni d’un montant de prêt promis. Le coût global de la restauration des 12,06 millions d’hectares n’est pas encore communiqué, pas plus que le montant recherché auprès des deux institutions.


Les instruments financiers susceptibles d’être utilisés ne sont pas non plus précisés : prêts concessionnels, dons, garanties, financements mixtes ou autres mécanismes.


Cette prudence est importante : les discussions diplomatiques et techniques engagées à Oulan-Bator constituent une étape de recherche de partenaires, et non encore la mobilisation effective de ressources.


Plus de 12 millions d’hectares concernés


L’ambition camerounaise remonte au 1er février 2017, lorsque les ministères chargés de l’Environnement et des Forêts ont signé une déclaration dans le cadre du Défi de Bonn et de l’initiative africaine AFR100.


Selon le Minepded, les terres dégradées couvrent environ 12 millions d’hectares, soit près du quart du territoire national.


Le phénomène est particulièrement marqué dans les trois régions septentrionales. L’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord concentreraient à eux seuls environ 8 millions d’hectares de terres dégradées.


Les causes sont multiples. Le ministère cite notamment l’agriculture itinérante sur brûlis, certaines exploitations forestières et minières, le surpâturage, les feux de brousse, l’ensablement des vallées et la pression exercée sur les mangroves.


La restauration ne se limite donc pas au reboisement. Elle peut également concerner les terres agricoles, les pâturages et différents écosystèmes fragilisés.


C’est précisément ce qui explique l’importance accordée aux systèmes alimentaires dans les discussions avec les bailleurs.


Restaurer les terres pour produire davantage


À Oulan-Bator, les Nations unies ont défendu une approche intégrée associant restauration des terres, production alimentaire et adaptation au changement climatique.


Le programme ConvergeFood figure parmi les mécanismes présentés dans cette perspective. Soutenu par la Global Flagship Initiative sur la sécurité alimentaire et aligné sur la Stratégie nationale de développement 2020-2030, le programme associe administrations publiques, agences onusiennes, entreprises, organisations de producteurs et partenaires financiers.


Pour le Cameroun, l’enjeu est désormais de faire passer cette architecture institutionnelle au stade des projets financés.


Les besoins peuvent être importants : accès à l’eau, restauration des sols, reforestation, amélioration des pâturages, soutien aux exploitations agricoles, infrastructures productives, développement des chaînes de valeur et mécanismes de protection contre les épisodes de sécheresse.


La capacité à obtenir des financements dépendra donc autant de l’ampleur des besoins que de la qualité des projets présentés aux partenaires.


Pendant ce temps, la transformation du cacao recule de 13 %


Autre signal à surveiller dans l’économie agricole camerounaise : la transformation locale des fèves de cacao a diminué durant la campagne 2025-2026, clôturée le 15 juillet 2026.


Selon le bilan de l’Office national du cacao et du café (ONCC), les unités industrielles et artisanales en activité ont transformé 95 946 tonnes de fèves, contre 110 388 tonnes lors de la campagne précédente.


Le recul atteint 14 442 tonnes, soit 13,08 %.


Cette baisse intervient après une année 2024-2025 historique au cours de laquelle le Cameroun avait franchi pour la première fois le seuil des 100 000 tonnes de cacao transformées.


Le ralentissement de la transformation s'inscrit cependant dans une campagne globalement moins abondante.


La production commercialisée est passée de 309 518 à 247 914 tonnes, soit une baisse de 20 %. Les exportations de fèves ont également fortement reculé, de 34,7 % à 125 469 tonnes.


Dans le même temps, les stocks de fin de campagne ont progressé, passant de 13 947 à 40 447 tonnes.


L’ONCC ne fournit pas de cause spécifique expliquant le recul des volumes transformés.


Une transformation qui résiste mieux que la production commercialisée


Un indicateur permet toutefois de nuancer le constat.


Rapportés à la production commercialisée, les volumes transformés représentent environ 38,7 % en 2025-2026, contre 35,7 % la campagne précédente.


Autrement dit, même si le volume absolu de fèves transformées diminue, la transformation locale représente une part plus importante de la production commercialisée.


Cette évolution s'explique surtout par le fait que la production commercialisée a chuté plus rapidement que les volumes broyés.


La capacité industrielle installée est, pour sa part, évaluée à 140 000 tonnes. L’ONCC ne publie toutefois pas de taux d’utilisation, d’autant que les 95 946 tonnes comptabilisées comprennent également la transformation artisanale.


La concentration industrielle reste forte. SIC Cacaos absorbe 41,8 % des fèves livrées aux industriels, Neo Industry 29,3 % et Atlantic Cocoa 20,1 %. Ces trois entreprises représentent ainsi 91,2 % des fèves livrées aux unités industrielles.


Le Cameroun veut monter dans la chaîne de valeur


Malgré le recul de la campagne 2025-2026, la transformation constitue l’un des axes majeurs de la stratégie camerounaise visant à accroître la valeur ajoutée tirée du cacao.


Le pays avait notamment atteint en 2024 le 7e rang mondial pour les exportations de pâte de cacao et le 9e rang pour le beurre de cacao, selon le rapport du Comité de compétitivité du ministère de l’Économie.


Ces classements portent sur les exportations de l’année civile 2024. Ils ne permettent donc pas de conclure sur la position du Cameroun après la baisse enregistrée durant la campagne 2025-2026.


Le potentiel industriel continue par ailleurs de s’élargir.


Des milliards investis dans de nouvelles capacités


Chez SIC Cacaos, filiale camerounaise du groupe suisse Barry Callebaut, un investissement de 4,8 milliards de FCFA réalisé en 2015 avait permis de porter la capacité annuelle d’environ 32 000 à 50 000 tonnes.


Neo Industry a ensuite construit à Fondjomoko, dans l’arrondissement de Kékem, une usine dont la capacité annoncée atteint 32 000 tonnes par an. La première pierre avait été posée le 16 juin 2016 et l’unité inaugurée le 26 avril 2019.


À Kribi, Atlantic Cocoa, lancée en 2020 dans la zone industrielle du port, dispose d’une capacité annoncée de 48 000 tonnes par an. L’entreprise a engagé un projet d’extension dont le kick-off meeting s’est tenu le 27 juin 2025.


Cet investissement, estimé à près de 10 milliards de FCFA, doit permettre de porter à terme la capacité de l’usine à 64 000 tonnes.


À l’Est, Africa Processing a inauguré le 28 novembre 2025 une deuxième unité à Ngolambélé. La capacité de cette nouvelle usine et le montant investi n’ont pas été rendus publics.


Il faut cependant éviter une confusion : les 12 000 tonnes évoquées lors de l’inauguration correspondaient au potentiel annuel de cacao présenté pour la zone et non à la capacité de l’usine.


Enfin, à Baré-Bakem, la première pierre de l’usine de Samen Industry a été posée le 27 février 2026. L’unité devrait afficher une capacité de 32 000 tonnes par an, mais elle était encore en construction pendant la campagne 2025-2026.


Elle ne peut donc pas être intégrée aux capacités opérationnelles ayant effectivement contribué aux volumes transformés durant cette campagne.


Le double défi du financement et de la valeur ajoutée


La recherche de financements auprès de la BAD et de la BID et le ralentissement de la transformation du cacao racontent, sous deux angles différents, une même histoire : le Cameroun doit mobiliser davantage de capitaux pour transformer son potentiel agricole en croissance durable.


D’un côté, le pays doit restaurer des millions d’hectares dégradés, particulièrement dans les régions septentrionales, afin de préserver les capacités agricoles, renforcer la résilience climatique et soutenir la sécurité alimentaire.


De l’autre, il doit continuer à développer les capacités industrielles afin de transformer davantage localement ses matières premières et capter une plus grande part de la valeur créée par les filières agricoles.


Le défi est désormais financier autant qu’agricole. Pour la restauration des terres, les discussions avec la BAD et la BID devront encore déboucher sur des projets, des montants et un calendrier précis. Pour le cacao, la priorité sera de consolider les capacités existantes et de faire entrer progressivement les nouveaux investissements en production.


À moins de quatre ans de l’échéance de 2030, la bataille du Cameroun ne se joue donc plus seulement sur les hectares à restaurer ou les tonnes de cacao à broyer, mais sur sa capacité à financer, industrialiser et rendre durable son agriculture.




Cameroon Seeks Billions to Restore 12 Million Hectares as Cocoa Processing Slows


Cameroon is seeking financial support from the African Development Bank (AfDB) and the Islamic Development Bank (IsDB) to restore degraded land, while local cocoa processing declined by 13% during the 2025-2026 season. The two developments highlight a common challenge for the country: mobilizing capital to make agriculture more resilient while increasing local value addition.


Cameroon is moving to a new phase in its efforts to restore degraded land. With less than four years remaining before the 2030 deadline, the country is seeking international financing to meet its commitment to restore 12,062,768 hectares of forest landscapes and degraded land.


Discussions with the African Development Bank (AfDB) and the Islamic Development Bank (IsDB) were held on the sidelines of COP17 of the United Nations Convention to Combat Desertification, held from August 23 to 28, 2026, in Ulaanbaatar, Mongolia.


The talks focused on several interconnected priorities: land restoration, climate resilience, food security, agricultural value chains and job creation.


However, no financial package has yet been announced.


AfDB and IsDB approached, but no financing secured


The initiative was led by Issa Sanogo, United Nations Resident Coordinator in Cameroon, alongside a national delegation headed by the Ministry of Environment, Nature Protection and Sustainable Development.


Cameroon also used COP17 to present its national land-restoration programmes to technical and financial partners.


The objective is now to turn these discussions into projects capable of attracting financing.


At this stage, however, there is no financing agreement with either the AfDB or the IsDB and no announced loan amount. The overall cost of restoring 12.06 million hectares has not been disclosed, nor has the amount sought from the two institutions.


The financial instruments under consideration have also not been specified, whether concessional loans, grants, guarantees, blended finance or other mechanisms.


This distinction is important: the discussions held in Ulaanbaatar represent an effort to identify financing partners, not the actual mobilization of funds.


More than 12 million hectares targeted


Cameroon’s commitment dates back to February 1, 2017, when the ministries responsible for environment and forests signed a declaration under the Bonn Challenge and the African Forest Landscape Restoration Initiative, AFR100.


According to the environment ministry, degraded land covers approximately 12 million hectares, nearly one-quarter of Cameroon’s territory.


The problem is particularly severe in the country’s northern regions. The Adamawa, North and Far North regions are estimated to account for around 8 million hectares of degraded land.


The causes are diverse, including shifting cultivation using slash-and-burn practices, certain forestry and mining operations, overgrazing, bush fires, valley siltation and pressure on mangrove ecosystems.


Land restoration therefore goes beyond tree planting. It can also involve agricultural land, grazing areas and other degraded ecosystems.


This explains why food systems have featured prominently in discussions with potential lenders.


Restoring land to boost food production


In Ulaanbaatar, the United Nations promoted an integrated approach combining land restoration, food production and climate adaptation.


The ConvergeFood programme was presented as one of the mechanisms supporting this approach. Backed by the Global Flagship Initiative on food security and aligned with Cameroon’s National Development Strategy 2020-2030, it brings together government institutions, UN agencies, businesses, producer organizations and financial partners.


For Cameroon, the next challenge is to turn this institutional framework into bankable projects.


Potential needs include water access, soil restoration, reforestation, pasture rehabilitation, support for farmers, productive infrastructure, value-chain development and resilience mechanisms against drought episodes.


The country’s ability to secure financing will therefore depend not only on the scale of its needs but also on the quality of the projects submitted to partners.


Cocoa processing falls by 13%


Another important development in Cameroon’s agricultural economy is the decline in local cocoa processing during the 2025-2026 season, which ended on July 15, 2026.


According to the National Cocoa and Coffee Board (ONCC), industrial and artisanal processing units handled 95,946 tonnes of cocoa beans, compared with 110,388 tonnes during the previous season.


The decline amounted to 14,442 tonnes, or 13.08%.


The drop follows a record 2024-2025 season, when Cameroon processed more than 100,000 tonnes of cocoa beans for the first time.


The slowdown occurred amid a broader contraction in the cocoa season.


Marketed production fell from 309,518 to 247,914 tonnes, a 20% decline. Bean exports also dropped sharply, by 34.7% to 125,469 tonnes.


Meanwhile, end-of-season stocks increased from 13,947 to 40,447 tonnes.


The ONCC does not provide a specific explanation for the decline in processing volumes.


Local processing holds up better than marketed production


One indicator nevertheless provides some context.


Processed cocoa represented approximately 38.7% of marketed production in 2025-2026, compared with 35.7% the previous season.


In other words, although the absolute quantity processed declined, local processing accounted for a larger share of marketed production.


This is mainly because marketed production fell more rapidly than processed volumes.


Installed industrial processing capacity is estimated at 140,000 tonnes. However, the ONCC does not publish a utilization rate, and its 95,946-tonne figure also includes artisanal processing.


Industrial processing remains highly concentrated. SIC Cacaos accounted for 41.8% of beans delivered to industrial processors, Neo Industry 29.3% and Atlantic Cocoa 20.1%. Together, the three companies represented 91.2% of beans delivered to industrial units.


Cameroon seeks to move further up the value chain


Despite the decline recorded during the 2025-2026 season, local processing remains a key component of Cameroon’s strategy to increase the value generated by cocoa.


In 2024, the country ranked seventh globally in cocoa paste exports and ninth in cocoa butter exports, according to a report by the Competitiveness Committee of the Ministry of Economy.


These rankings concern calendar-year 2024 exports and therefore cannot be used to determine Cameroon’s position after the decline recorded during the 2025-2026 season.


Industrial capacity is nevertheless continuing to expand.


Billions invested in new processing capacity


At SIC Cacaos, the Cameroonian subsidiary of Swiss group Barry Callebaut, a CFAF 4.8 billion investment in 2015 helped increase annual capacity from approximately 32,000 to 50,000 tonnes.


Neo Industry subsequently built a plant in Fondjomoko, in the Kékem subdivision, with an announced capacity of 32,000 tonnes per year. Construction began on June 16, 2016, and the plant was inaugurated on April 26, 2019.


In Kribi, Atlantic Cocoa, launched in 2020 in the industrial zone of the port, has an announced annual capacity of 48,000 tonnes. The company began work on an expansion project, with a kick-off meeting held on June 27, 2025.


The investment, estimated at nearly CFAF 10 billion, is expected to increase the plant’s capacity to 64,000 tonnes.


In eastern Cameroon, Africa Processing inaugurated a second plant in Ngolambélé on November 28, 2025. Neither the capacity of the new plant nor the investment amount has been disclosed.


However, the 12,000 tonnes mentioned during the inauguration referred to the annual cocoa potential presented for the area, not the processing capacity of the plant.


Meanwhile, in Baré-Bakem, construction of the Samen Industry plant officially began on February 27, 2026. The planned capacity is 32,000 tonnes per year, but the plant was still under construction during the 2025-2026 season.


It therefore cannot be included among the operational capacities that contributed to actual processing volumes during that season.


Financing and value addition are Cameroon’s twin challenges


The search for financing from the AfDB and IsDB and the slowdown in cocoa processing illustrate, from different angles, the same underlying challenge: Cameroon needs more capital to turn its agricultural potential into sustainable economic growth.


On one side, the country must restore millions of hectares of degraded land, particularly in the northern regions, to preserve agricultural capacity, strengthen climate resilience and support food security.


On the other, it must continue expanding industrial processing capacity to transform more raw materials locally and capture a greater share of the value generated by agricultural commodities.


The challenge is therefore both financial and agricultural.


For land restoration, the discussions with the AfDB and IsDB must still translate into specific projects, financing amounts and a clear timetable. For cocoa, the priority will be to consolidate existing processing capacity and progressively bring new investments into operation.


With less than four years remaining before the 2030 deadline, Cameroon’s challenge is no longer simply about restoring hectares or processing tonnes of cocoa. It is about financing, industrializing and making its agricultural economy more sustainable.


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Didier Cebas K.


 

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