Cameroun : la dette sur le marché de la Cemac dépasse 2 000 milliards FCFA, pendant que l’État serre la vis
Le Cameroun continue de s’appuyer fortement sur le marché des capitaux pour financer son action publique. Au 31 juillet 2026, l’encours des valeurs du Trésor camerounaises atteint 2 061,3 milliards de FCFA sur le marché des titres publics de la Cemac. Dans le même temps, les chiffres de Commercial Bank-Cameroun (CBC) mettent en lumière une forte activité de crédit, tandis que le gouvernement durcit le ton contre les entreprises accusées d’abandonner des marchés publics. Trois indicateurs qui racontent, chacun à leur manière, les tensions et les transformations du financement de l’économie camerounaise.
Plus de 2 000 milliards FCFA de titres du Trésor camerounais en circulation
Le chiffre est désormais difficile à ignorer : 2 061,3 milliards de FCFA de valeurs du Trésor camerounaises étaient en circulation sur le marché des titres publics de la Cemac au 31 juillet 2026, selon les statistiques mensuelles de la BEAC.
En l’espace d’un an, le stock a progressé de 80,4 milliards de FCFA, soit 4,1 %, contre 1 981 milliards de FCFA à la même période en 2025. Le Cameroun représente ainsi 19,5 % des 10 560,8 milliards de FCFA de titres publics en circulation dans l’ensemble de la Cemac.
Le pays occupe le troisième rang sous-régional, derrière le Gabon, dont l’encours atteint 3 424,1 milliards de FCFA, et le Congo, à 3 040,8 milliards.
Mais derrière ce classement se cache surtout un changement de rythme.
Le rythme de progression ralentit fortement
L’évolution annuelle de l’encours camerounais n’a plus rien à voir avec celle observée au cours des deux années précédentes.
Entre juillet 2023 et juillet 2024, l’encours avait augmenté de 293 milliards de FCFA, soit 23,7 %. Un an plus tard, la hausse avait atteint 452,2 milliards de FCFA, correspondant à une progression de 29,6 %.
Entre juillet 2025 et juillet 2026, la progression retombe donc à 80,4 milliards de FCFA, soit 4,1 %.
Attention toutefois à ne pas interpréter ce ralentissement comme un désendettement. L’encours a encore augmenté de 52,1 milliards de FCFA entre juin et juillet 2026, passant de 2 009,2 à 2 061,3 milliards de FCFA, soit une hausse mensuelle de 2,59 %.
Surtout, l’encours ne doit pas être confondu avec le montant des nouvelles émissions. Il correspond au stock de titres restant à rembourser à une date donnée. Son évolution dépend donc à la fois des nouvelles levées de fonds et des remboursements intervenus au cours de la période.
Les seules données d’encours ne permettent dès lors pas d'affirmer que le Cameroun a moins emprunté. Le ralentissement peut résulter d'une diminution des émissions, d'une accélération des remboursements ou d'une combinaison des deux.
Le coût des emprunts reste élevé malgré un léger reflux
Autre enseignement des statistiques : le ralentissement de l’encours ne semble pas pouvoir être expliqué simplement par une explosion du coût des financements.
Le coût moyen des bons du Trésor assimilables (BTA) camerounais est passé de 7,10 % en juillet 2025 à 6,97 % en juillet 2026.
Pour les obligations du Trésor assimilables (OTA), la baisse est plus marquée : le coût moyen passe de 8,29 % à 7,36 % sur la même période.
Le mouvement reste toutefois à relativiser sur une période plus longue. En juin 2018, le coût moyen des BTA camerounais était de seulement 2,81 %. Le financement à court terme de l’État reste donc nettement plus coûteux qu’au début de la modernisation du marché des titres publics.
Les obligations pèsent désormais 67,6 % du stock
La structure de la dette mobilisée sur ce marché révèle par ailleurs une nette prédominance des instruments à plus longue maturité.
Sur les 2 061,3 milliards de FCFA de titres camerounais en circulation, les OTA représentent 1 394,4 milliards, soit 67,6 % de l’encours.
Les BTA, dont la maturité ne dépasse pas un an, totalisent pour leur part 666,9 milliards de FCFA, soit 32,4 %.
Du côté des détenteurs, les spécialistes en valeurs du Trésor concentrent 1 432,8 milliards de FCFA, soit 69,5 % du stock. Les investisseurs institutionnels détiennent 562,1 milliards, représentant 27,3 %.
Autre donnée importante pour comprendre la profondeur locale de ce marché : environ 83 % de l’encours, soit 1 710,6 milliards de FCFA, sont détenus par des investisseurs établis au Cameroun.
Le marché régional de la BEAC est désormais devenu un canal central du financement de l’État camerounais, même s’il n’est pas le seul. Le pays a également recours au marché financier de la BVMAC, où il avait notamment mobilisé 176,3 milliards de FCFA en 2023 grâce à un emprunt obligataire à tranches multiples.
CBC : près de 588 milliards FCFA de concours à la clientèle
Dans le secteur bancaire, les chiffres provisoires de Commercial Bank-Cameroun (CBC) au 31 juillet 2026 dessinent également une activité importante du crédit.
La banque affichait 524,5 milliards de FCFA de crédits directs à la clientèle, pour un total de bilan de 872,04 milliards de FCFA. Les crédits directs représentaient ainsi 60,1 % des actifs de la banque.
La répartition est particulièrement révélatrice : 375,6 milliards de FCFA de crédits à court terme, 107,38 milliards à moyen terme et 41,53 milliards à long terme.
Le court terme représente donc 71,6 % du portefeuille de crédits directs, contre 20,5 % pour le moyen terme et 7,9 % pour le long terme.
La photographie disponible ne permet cependant pas de savoir quels secteurs économiques bénéficient principalement de ces financements, ni quelle part revient aux entreprises, aux particuliers ou aux administrations.
En intégrant les comptes débiteurs et les opérations de crédit-bail ou d’Ijara, les concours comptables à la clientèle atteignent environ 587,98 milliards de FCFA, soit 67,4 % du bilan.
Il faut néanmoins éviter de tirer de ces chiffres des conclusions sur la qualité du portefeuille : la situation publiée ne fournit ni le montant des créances en souffrance, ni les provisions, ni le coût du risque ou encore les garanties adossées aux prêts.
Une collecte de plus de 527 milliards FCFA
Au passif, CBC affichait 305,93 milliards de FCFA de comptes créditeurs à vue, 101,93 milliards de comptes à terme et 38,76 milliards de comptes d’épargne.
Ces trois catégories représentent 446,61 milliards de FCFA. En ajoutant 80,57 milliards de bons de caisse, la collecte élargie auprès de la clientèle ressort à 527,19 milliards de FCFA.
Les crédits directs atteignent ainsi presque le même niveau que cette collecte élargie, avec un écart de seulement 2,69 milliards de FCFA.
En incluant les comptes débiteurs et le crédit-bail, les concours à la clientèle dépassent cette collecte de 60,8 milliards de FCFA, soit un rapport arithmétique de 111,5 %.
Mais là encore, prudence : ce ratio ne constitue pas, à lui seul, un indicateur prudentiel de liquidité ou de transformation. Les maturités des ressources, les actifs liquides admissibles et les retraitements réglementaires doivent notamment être pris en compte.
CBC disposait parallèlement de 217,28 milliards de FCFA de ressources interbancaires, dont 183,06 milliards à terme et 34,22 milliards à vue. Ces ressources représentaient 24,9 % du bilan.
La banque déclarait également 65,48 milliards de FCFA de ressources permanentes. Les chiffres disponibles ne permettent toutefois pas de calculer les fonds propres prudentiels réglementaires, qui nécessitent des retraitements et des informations supplémentaires.
Marchés publics : 43 entreprises sommées de reprendre leurs chantiers
Pendant que les marchés financiers et bancaires continuent de soutenir le financement de l’économie, l’État veut aussi mettre davantage de discipline dans l’exécution de la commande publique.
Le ministre délégué à la Présidence chargé des Marchés publics, Ibrahim Talba Malla, a accordé 21 jours à 43 entreprises pour reprendre ou achever des marchés publics abandonnés dans l’Adamaoua, l’Extrême-Nord et l’Ouest.
Les contrats concernés représentent un montant cumulé de plus de 1,5 milliard de FCFA, selon la liste annexée au communiqué du MINMAP signé le 6 août 2026.
Les entreprises visées sont accusées d’avoir abandonné l’exécution d’au moins un marché au cours des exercices budgétaires 2023, 2024 et 2025.
Le message du gouvernement est sans ambiguïté : reprendre les travaux, achever les prestations ou fournir les justificatifs nécessaires.
Et surtout, le délai n'est pas symbolique. À son expiration, les contrats concernés pourraient être purement et simplement résiliés.
Les chantiers abandonnés, un vieux problème de la commande publique
Cette offensive du MINMAP intervient dans un contexte où l'abandon des projets publics demeure un problème récurrent.
Selon le rapport de l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP) portant sur l’exercice 2023, 217 chantiers abandonnés avaient été recensés.
Les collectivités territoriales décentralisées concentraient à elles seules 197 cas, soit 91 % du total.
Le phénomène touche particulièrement les infrastructures : 186 des 217 chantiers abandonnés, soit 86 %, relevaient de cette catégorie. Le rapport recensait également 128 projets de bâtiments et équipements collectifs et 26 projets d’infrastructures routières.
Le ministère veut désormais aller plus loin. Les maîtres d’ouvrage et maîtres d’ouvrage délégués sont appelés à transmettre sans délai les informations relatives aux autres marchés abandonnés.
Ministères, gouverneurs, préfets, chefs de projets, collectivités territoriales décentralisées et établissements publics administratifs sont notamment concernés.
Une même équation : financer, exécuter et rembourser
Ces trois séries de données racontent finalement une même histoire : le financement de l’économie et de l’action publique camerounaises devient un exercice de plus en plus exigeant.
D’un côté, l’État continue de mobiliser des ressources sur le marché régional des titres publics, avec un encours désormais supérieur à 2 000 milliards de FCFA. De l’autre, les banques continuent d'injecter des centaines de milliards dans l'économie, à l'image des près de 588 milliards de concours comptables recensés chez CBC.
Mais mobiliser de l'argent ne suffit pas.
Pour l'État, l'enjeu consiste aussi à transformer les financements mobilisés en infrastructures et en services effectivement livrés. Pour les banques, il s'agit de maintenir un portefeuille de crédit suffisamment rentable et maîtrisé tout en assurant la liquidité nécessaire.
Le chiffre des 2 061,3 milliards de FCFA de titres du Trésor ne raconte donc pas, à lui seul, toute l'histoire de la dette camerounaise. De même, les 587,98 milliards de concours comptables de CBC ne permettent pas, sans données complémentaires, de juger de la qualité de son portefeuille.
Une chose est cependant claire : dans une économie où les besoins de financement restent importants, la question n'est plus seulement de trouver l'argent. Elle est aussi de savoir à quel coût, pour quelle durée, auprès de qui, et surtout avec quelle efficacité dans son utilisation.
Cameroon: Treasury debt tops CFAF 2,000 billion as government tightens pressure on abandoned public contracts
Cameroon is continuing to rely heavily on capital markets to finance public spending. As of July 31, 2026, the outstanding stock of Cameroonian Treasury securities on the CEMAC public securities market stood at CFAF 2,061.3 billion. At the same time, figures from Commercial Bank-Cameroon (CBC) show significant lending activity, while the government is stepping up pressure on companies accused of abandoning public contracts. Together, these figures highlight the changing financing landscape and the growing pressure for greater efficiency in the use of public and private capital.
Cameroon’s Treasury securities exceed CFAF 2,000 billion
The figure is now significant: CFAF 2,061.3 billion worth of Cameroonian Treasury securities were outstanding on the CEMAC public securities market as of July 31, 2026, according to monthly statistics published by the Bank of Central African States (BEAC).
The stock increased by CFAF 80.4 billion, or 4.1%, compared with CFAF 1,981 billion a year earlier.
Cameroon therefore accounted for 19.5% of the CFAF 10,560.8 billion worth of public securities outstanding across the six CEMAC countries.
The country ranked third in the regional market, behind Gabon, with CFAF 3,424.1 billion, and Congo, with CFAF 3,040.8 billion.
Annual growth slows sharply
The latest figures point to a major slowdown in the growth of Cameroon’s Treasury securities stock.
Between July 2023 and July 2024, the outstanding amount increased by CFAF 293 billion, or 23.7%. Between July 2024 and July 2025, it jumped by another CFAF 452.2 billion, equivalent to 29.6%.
By July 2026, annual growth had fallen to just CFAF 80.4 billion, or 4.1%.
That slowdown should not, however, be interpreted as a reduction in the outstanding debt stock. Between June and July 2026 alone, the amount increased by CFAF 52.1 billion, from CFAF 2,009.2 billion to CFAF 2,061.3 billion.
The outstanding stock reflects securities that remain to be repaid. It changes according to both new issuances and repayments. The available figures therefore do not establish whether the annual slowdown resulted from lower borrowing, faster repayments, or a combination of both.
Borrowing costs have eased, but remain high
The slowdown also cannot simply be attributed to higher borrowing costs.
The average cost of Cameroon’s Treasury bills (BTA) fell from 7.10% in July 2025 to 6.97% in July 2026.
For Treasury bonds (OTA), the decline was more significant, from 8.29% to 7.36%.
However, financing costs remain considerably higher than they were several years ago. In June 2018, the average cost of Cameroon’s Treasury bills stood at just 2.81%.
Bonds account for more than two-thirds of the stock
Treasury bonds dominate Cameroon’s outstanding securities.
Of the CFAF 2,061.3 billion outstanding, CFAF 1,394.4 billion consisted of OTA bonds, representing 67.6%.
Treasury bills accounted for CFAF 666.9 billion, or 32.4%.
Specialized Treasury securities dealers held CFAF 1,432.8 billion, equivalent to 69.5% of the stock, while institutional investors held CFAF 562.1 billion, or 27.3%.
Another striking feature is the domestic ownership of these securities: approximately CFAF 1,710.6 billion, or 83% of the outstanding stock, was held by investors based in Cameroon.
The BEAC-organized market has therefore become a key source of government financing, although Cameroon also accesses the BVMAC financial market. In 2023, the country raised CFAF 176.3 billion through a multi-tranche bond issue.
CBC: nearly CFAF 588 billion in customer financing
The banking sector is also playing a major role in financing economic activity.
As of July 31, 2026, Commercial Bank-Cameroon (CBC) reported CFAF 524.5 billion in direct customer loans, against total assets of CFAF 872.04 billion.
Short-term loans accounted for CFAF 375.6 billion, medium-term loans for CFAF 107.38 billion and long-term loans for CFAF 41.53 billion.
Short-term lending therefore represented 71.6% of CBC’s direct loan portfolio.
When debtor accounts and leasing or Ijara operations are included, CBC’s accounting exposure to customers reached approximately CFAF 587.98 billion, equivalent to 67.4% of the bank’s balance sheet.
The figures should nevertheless be treated carefully. The provisional statement does not disclose non-performing loans, provisions, risk costs or collateral. It therefore shows the volume of recorded financing but does not, by itself, establish the quality or profitability of the portfolio.
Customer deposits and interbank funding
CBC reported CFAF 305.93 billion in demand deposits, CFAF 101.93 billion in term accounts and CFAF 38.76 billion in savings accounts.
Together, these amounted to CFAF 446.61 billion. Adding CFAF 80.57 billion in cash bonds, the bank’s broader customer funding base reached approximately CFAF 527.19 billion.
CBC also reported CFAF 217.28 billion in interbank resources, including CFAF 183.06 billion in term funding and CFAF 34.22 billion in demand funding.
The bank’s permanent resources stood at CFAF 65.48 billion. However, these figures are not sufficient to calculate CBC’s regulatory capital or solvency position because prudential calculations require additional adjustments and risk-weighting information.
Government gives 43 companies 21 days to resume abandoned contracts
The government is simultaneously stepping up efforts to improve the execution of public spending.
Minister Delegate at the Presidency in charge of Public Contracts Ibrahim Talba Malla has given 43 companies 21 days to resume or complete abandoned public contracts in the Adamawa, Far North and West regions.
The contracts have a combined value of more than CFAF 1.5 billion, according to the list attached to a MINMAP statement signed on August 6, 2026.
The companies were identified as having abandoned at least one contract during the 2023, 2024 or 2025 budget years.
The government’s position is firm: the companies must resume or complete the work, or provide the necessary documents to justify their situation.
After the 21-day deadline, the contracts could be terminated outright.
Abandoned projects remain a persistent problem
The measure comes against the backdrop of a long-standing challenge in Cameroon’s public procurement system.
According to the Public Procurement Regulatory Agency’s 2023 report, 217 abandoned projects were recorded.
Decentralized local authorities accounted for 197 cases, or 91% of the total.
Infrastructure projects were particularly affected: 186 of the 217 abandoned projects, or 86%, fell into this category.
The ministry is now seeking to expand the inventory of abandoned projects by requiring contracting authorities and delegated contracting authorities to submit information on other stalled contracts without delay. Ministries, governors, prefects, project managers, decentralized local authorities and public administrative establishments are among those concerned.
The bigger issue: financing is not enough
Taken together, these figures point to a broader issue for Cameroon’s economy.
The government continues to raise substantial amounts through the regional securities market, with outstanding Treasury securities now exceeding CFAF 2,000 billion. Banks are also providing hundreds of billions of francs in financing, as illustrated by CBC’s nearly CFAF 588 billion in accounting customer exposure.
But raising money is only part of the equation.
For the state, the challenge is also to convert borrowed funds into infrastructure and public services that are actually delivered. For banks, the challenge is to maintain profitable and well-managed loan portfolios while preserving sufficient liquidity.
The CFAF 2,061.3 billion Treasury stock does not, on its own, tell the full story of Cameroon’s public debt. Likewise, CBC’s CFAF 587.98 billion in accounting customer financing cannot, without additional information, determine the quality of its loan portfolio.
One conclusion nevertheless stands out: in an economy where financing needs remain substantial, the key question is no longer simply where to find the money. It is also how much it costs, for how long, from whom, and above all how efficiently it is used.
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Didier Cebas K.
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