GBC : le rachat de Société Générale Cameroun inquiète la BAD, les risques pour l’État se précisent

GBC : le rachat de Société Générale Cameroun inquiète la BAD, les risques pour l’État se précisent

Présenté comme une opération de souveraineté financière, le rachat de Société Générale Cameroun par l’État ouvre désormais un nouveau front de vigilance. La BAD et le FMI redoutent surtout l’accumulation des risques liés à l’expansion publique dans le secteur bancaire.

Publicité

GBC : le rachat de Société Générale Cameroun inquiète la BAD, les risques pour l’État se précisent


Le passage de Société Générale Cameroun sous le contrôle de l’État, désormais opérée sous le nom de General Bank of Cameroon (GBC), place une nouvelle fois la stratégie bancaire du Cameroun sous le regard des institutions financières internationales. Dans son Rapport pays 2026, la Banque africaine de développement (BAD) considère la multiplication des recapitalisations et acquisitions publiques comme une « source de préoccupation majeure ».


La transaction était présentée par les autorités camerounaises comme un choix stratégique. Elle est désormais scrutée sous un autre angle : celui de l’exposition croissante de l’État au secteur bancaire.


Finalisé le 12 mai 2026, le rachat de Société Générale Cameroun constitue, selon la BAD, l’exemple le plus récent de l’élargissement de l’empreinte publique dans le système financier camerounais. L’institution panafricaine alerte notamment sur les risques de gouvernance et sur l’interdépendance grandissante entre les finances publiques et les bilans des banques.


La BAD ne met pas directement GBC en cause


Une nuance s’impose toutefois. Le rapport de la BAD ne conclut pas à une fragilité particulière de General Bank of Cameroon et ne constitue pas un audit de l’établissement.


L’inquiétude porte davantage sur la dynamique générale. À mesure que l’État augmente ses participations dans les banques, les risques potentiels liés à leur gouvernance, à leur supervision et à leur exposition aux finances publiques deviennent plus importants.


Dans le cas de GBC, l’État camerounais a acquis les 58,08 % du capital détenus auparavant par le groupe Société Générale. Il possédait déjà 25,60 % de la filiale. Selon les données communiquées lors de la signature de l’accord de cession en juillet 2025, sa participation devait ainsi atteindre 83,68 %.


Pour Yaoundé, l’opération relève avant tout de la souveraineté financière et de la volonté de stabiliser un acteur important du marché bancaire. À la clôture de la transaction, le ministère des Finances avait assuré que les dispositions nécessaires avaient été prises pour garantir notamment « la continuité des services bancaires [et] la sécurité des dépôts ».


Le FMI avait déjà tiré la sonnette d’alarme


L'analyse de la BAD ne surgit donc pas dans un vide institutionnel. Quelques mois auparavant, le Fonds monétaire international (FMI) avait formulé une alerte similaire.


Dans son rapport consacré aux consultations de 2026 avec le Cameroun, achevé le 9 mars 2026, le FMI estimait que l’accroissement des participations publiques dans les banques pouvait amplifier les risques budgétaires, opérationnels et de gouvernance.


L’institution recensait alors huit établissements dans lesquels l’État camerounais détenait une participation majoritaire.


Le FMI recommandait notamment l’instauration de règles claires pour l’administration et la supervision des banques publiques. Il appelait également à préparer des mécanismes de restructuration ou de résolution pour les établissements fragiles et à envisager, lorsque les conditions le permettent, un désengagement progressif de l’État.


Autrement dit, le débat ne porte plus uniquement sur la question de savoir si l’État doit intervenir dans le secteur bancaire. Il porte désormais sur la manière dont il doit gérer ces participations et sur leur durée.


Le risque se trouve aussi dans l’exposition aux dettes publiques


C’est probablement l’un des éléments les plus sensibles du diagnostic.


D’après les données citées par le FMI, les avoirs des banques camerounaises en titres publics sont passés de 9,5 % de leurs actifs à fin 2015 à 32 % en juin 2025.


Plusieurs établissements détenaient même plus de la moitié de leurs actifs sous forme de créances sur les États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).


Cette évolution crée un lien de plus en plus étroit entre la santé du système bancaire et celle des finances publiques. Lorsque les banques consacrent une part importante de leurs ressources au financement des États, elles deviennent mécaniquement plus sensibles à l'évolution de la situation budgétaire et de la dette souveraine.


Le phénomène pose également une autre question : quelle quantité de ressources reste disponible pour financer les entreprises privées et les ménages ?


La BAD souligne, dans le même temps, la pression croissante du service de la dette sur les finances camerounaises. Celui-ci a représenté 23,8 % du budget de l’État en 2025, contre 9,8 % en 2013.


Les banques camerounaises continuent pourtant de progresser


L’avertissement des institutions internationales ne signifie pas que le système bancaire camerounais serait aujourd’hui en crise.


Les indicateurs disponibles montrent même une progression de plusieurs paramètres.


À fin novembre 2025, le total des bilans des 18 banques en activité au Cameroun atteignait 13 592,9 milliards de FCFA, soit une progression de 9,3 %.


Les dépôts de la clientèle s'élevaient à 8 865,4 milliards de FCFA, en hausse de 8,4 %. Les crédits, eux, avaient bondi de 17 %, pour atteindre 6 924,2 milliards de FCFA.


Sur le plan prudentiel, 16 banques sur 18 respectaient entièrement les normes applicables. Autre signal positif, le taux de créances brutes en souffrance est passé de 14,3 % en 2024 à 12,9 % en 2025.


Ces chiffres dessinent donc une situation contrastée : le secteur bancaire continue de croître, mais son exposition aux risques souverains et l'élargissement de la présence de l'État constituent des points de vigilance.


GBC face à une nouvelle étape : prouver la solidité du modèle public


Dans leurs échanges avec le FMI, les autorités camerounaises ont défendu l’idée d’interventions publiques temporaires dans les banques.


Le schéma présenté est relativement clair : intervenir dans les établissements en difficulté, restaurer leur rentabilité, les restructurer puis réduire progressivement la participation de l’État lorsque les conditions sont réunies.


Mais c’est précisément à ce niveau que se situe désormais l’une des principales interrogations autour de GBC.


Dans les sources publiques consultées au 25 août 2026, aucun calendrier précis de désengagement ou d’ouverture du capital de la nouvelle banque n’est présenté.


La question devient donc moins celle du bien-fondé initial du rachat que celle de l’après-rachat.


Quelle gouvernance pour GBC ? Quelle politique de gestion des risques ? Quelle exposition aux titres publics ? Quelle discipline financière ? Quelle stratégie de rentabilité ? Et surtout, dans quelles conditions l’État pourrait-il, à terme, réduire sa participation ?


Le véritable test commence maintenant


Le changement de nom de Société Générale Cameroun en General Bank of Cameroon ne constitue finalement que la première étape d’une transformation plus profonde.


Pour le gouvernement, l’opération doit démontrer qu’un contrôle public accru peut préserver la stabilité financière, soutenir l’économie et renforcer la souveraineté financière du pays.


Pour la BAD et le FMI, le défi est ailleurs : éviter que l’expansion de l’État dans le secteur bancaire ne transforme les banques publiques en nouveaux vecteurs de risques budgétaires.


GBC se retrouve ainsi au cœur d’un débat qui dépasse largement son propre bilan. L’enjeu est désormais de démontrer que cette acquisition peut s’inscrire dans un modèle de gouvernance solide, transparent et financièrement soutenable.


Car si le rachat de Société Générale Cameroun a marqué une nouvelle étape de l’empreinte de l’État dans la banque, la réussite de l’opération se mesurera surtout à sa capacité à préserver la confiance des déposants, financer l’économie réelle et limiter l’exposition du contribuable aux risques bancaires.




GBC: Société Générale Cameroon takeover raises concerns at AfDB over state-related risks


Cameroon’s takeover of Société Générale Cameroon, now operating as General Bank of Cameroon (GBC), has brought the government’s growing footprint in the banking sector under renewed scrutiny from international financial institutions. In its 2026 Country Report on Cameroon, the African Development Bank (AfDB) described the multiplication of public recapitalizations and acquisitions as a “major source of concern.”


The transaction was presented by the Cameroonian authorities as a strategic move. It is now being examined from another perspective: the growing exposure of the state to the banking sector.


Finalized on May 12, 2026, the takeover of Société Générale Cameroon is cited by the AfDB as the latest example of the expansion of public ownership in Cameroon’s financial system. The institution is particularly concerned about governance risks and the increasingly close links between public finances and banks’ balance sheets.


The AfDB is not directly questioning GBC’s financial health


A key distinction must be made. The AfDB report does not conclude that General Bank of Cameroon is particularly fragile, nor does it constitute an audit of the bank.


The concern is broader. As the state increases its stakes in banks, potential risks related to governance, supervision and exposure to public finances become more significant.


In the case of GBC, the Cameroonian state acquired the 58.08% stake previously held by Société Générale Group. The government already owned 25.60% of the subsidiary. Based on the terms announced when the sale agreement was signed in July 2025, its stake was therefore expected to rise to 83.68%.


For the government, the transaction is primarily about financial sovereignty and stabilizing an important banking institution. When the deal was completed, the Ministry of Finance said that the necessary measures had been taken to ensure “the continuity of banking services [and] the security of deposits.”


IMF had already warned about the growing public footprint


The AfDB’s assessment does not come in isolation. A few months earlier, the International Monetary Fund (IMF) had issued a similar warning.


In its report on Cameroon’s 2026 consultations, completed on March 9, 2026, the IMF said that the increase in public ownership stakes in banks could amplify fiscal, operational and governance risks.


At the time, the institution identified eight banks in which the Cameroonian state held a majority stake.


The IMF recommended establishing clear rules for the administration and supervision of public banks. It also called for restructuring or resolution plans for fragile institutions and recommended reducing state ownership where feasible.


The issue, therefore, is no longer simply whether the state should intervene in banking. It is increasingly about how those stakes should be managed and how long the state should remain a dominant shareholder.


Public debt exposure is another key concern


This is arguably one of the most sensitive elements of the assessment.


According to IMF data, the share of Cameroonian banks’ assets held in government securities increased from 9.5% at the end of 2015 to 32% in June 2025.


Several banks held more than half of their assets in the form of claims on CEMAC governments.


This growing concentration creates a stronger link between banking-sector health and public finances. When banks allocate a substantial share of their resources to financing governments, they become increasingly exposed to developments in fiscal policy and sovereign debt.


It also raises another question: how much financing capacity remains available for businesses and households?


The AfDB also points to the growing pressure of debt servicing on Cameroon’s public finances. Debt service accounted for 23.8% of the state budget in 2025, compared with 9.8% in 2013.


Cameroon’s banks are nevertheless showing growth


The warnings from international institutions do not mean that Cameroon’s banking system is currently in decline or facing a generalized crisis.


Available indicators show continued growth.


As of the end of November 2025, the combined balance sheets of the country’s 18 operating banks had increased by 9.3% to CFAF 13,592.9 billion.


Customer deposits stood at CFAF 8,865.4 billion, up 8.4%, while loans increased by 17% to CFAF 6,924.2 billion.


From a prudential perspective, 16 of the 18 banks fully complied with applicable prudential requirements. Another positive indicator was the decline in the gross non-performing loan ratio, from 14.3% in 2024 to 12.9% in 2025.


The picture is therefore mixed: Cameroon’s banking sector continues to expand, but its exposure to sovereign risks and the growing role of the state remain areas requiring close monitoring.


GBC enters a new phase


In discussions with the IMF, Cameroonian authorities have described public interventions in banks as temporary measures.


The approach presented is straightforward: intervene in troubled institutions, restore profitability, restructure them and gradually reduce the state’s stake when conditions allow.


This is precisely where one of the main questions surrounding GBC now lies.


In publicly available sources reviewed as of August 25, 2026, no specific timetable has been presented for reducing the state’s stake or opening GBC’s capital to other investors.


The debate is therefore shifting from the initial rationale for the takeover to what happens after the takeover.


What governance model will GBC adopt? What will its risk-management strategy be? How exposed will it be to government securities? How will profitability be maintained? And under what conditions could the state eventually reduce its ownership?


The real test starts now


The transformation of Société Générale Cameroon into General Bank of Cameroon is ultimately only the first stage of a broader change.


For the government, the operation must demonstrate that stronger public control can preserve financial stability, support the economy and reinforce Cameroon’s financial sovereignty.


For the AfDB and IMF, the challenge is different: ensuring that the expansion of state ownership in banking does not turn public banks into additional channels of fiscal risk.


GBC is therefore at the center of a debate that goes well beyond its own balance sheet. The challenge is now to demonstrate that the takeover can operate under a strong, transparent and financially sustainable governance model.


The success of the Société Générale Cameroon takeover will ultimately be measured by its ability to maintain depositors’ confidence, finance the real economy and limit taxpayers’ exposure to banking-sector risks.


GBC, General Bank of Cameroon, Société Générale Cameroun, rachat Société Générale Cameroun, État camerounais, BAD, Banque africaine de développement, FMI, banques camerounaises, secteur bancaire Cameroun, économie Cameroun, banques publiques Cameroun, risques budgétaires, dette publique Cameroun, gouvernance bancaire, système bancaire camerounais


Mouahna Divine

Publicité

Le calendrier complet de la Can Féminine 2026

Suivez certains matchs en direct grâce à nos partenaires