MRC : la lettre tardive d'Atanga Nji qui relance la bataille des clans
Une correspondance signée du ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, et datée du 19 août, agite depuis le 26 août les réseaux et les cercles politiques camerounais. Adressée à Okala Ebode Thierry, ancien cadre exclu du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), la lettre indique que le Minat n'a pas « jugé opportun de prendre acte des travaux de la Convention extraordinaire du MRC du 21 décembre 2025 » — celle qui a reconduit Maurice Kamto à la présidence du parti.
Pour certains observateurs, ce silence officiel s'apparente à un désaveu déguisé de la légitimité de la direction actuelle. Au sein du MRC, on y voit plutôt une opération d'intimidation psychologique, huit mois après les faits.
Un contentieux vieux d'un an
L'origine du différend remonte à la fin 2025. Okala Ebode, alors trésorier national adjoint, avait alerté l'autorité administrative sur un supposé risque de trouble à l'ordre public, ce qui avait conduit le sous-préfet compétent à suspendre la tenue de la convention extraordinaire censée réinstaller Maurice Kamto à la tête du parti. Contraint de s'adapter, le MRC avait finalement organisé cette convention en ligne. Okala Ebode continue aujourd'hui d'en contester la légalité devant la justice, après avoir lui-même été exclu du parti pour haute trahison.
C'est dans ce contexte qu'il a saisi le Minat pour faire invalider le procès-verbal de la convention. La réponse du ministère, rendue publique plus de six mois après avoir été rédigée, est celle qui alimente désormais la polémique.
Le MRC dénonce une manœuvre, pas une décision
Du côté du parti, la réaction se veut mesurée mais ferme. Le secrétaire général adjoint, Roger Justin Noah, parle d'une « tentative de déstabilisation » et assure que la formation ne laissera pas le pouvoir en place « continuer impunément à provoquer les Camerounais ». Il invite les militants à poursuivre sereinement la préparation des élections municipales et législatives à venir, estimant que le régime redoute un vote-sanction d'une opinion lassée.
Un cadre proche du parti va plus loin en relativisant la portée juridique du document : selon lui, la lettre du Minat ne permettrait pas d'atteindre l'objectif recherché — empêcher le MRC de participer aux prochaines élections — dans la mesure où ce ne sont pas les instances issues de la convention du 21 décembre qui investissent les candidats aux scrutins locaux.
Les avocats du parti contestent la compétence du Minat
Sur le plan juridique, les soutiens du MRC sont vent debout. Me Hippolyte Meli Tiakouang, qui dirige le collectif des avocats du parti, juge le Minat mal placé pour apprécier des actes relevant, selon lui, de la vie interne d'une association politique libre dans son fonctionnement. Il rappelle que les juridictions administratives ont par le passé sanctionné plusieurs prises de position similaires du ministère.
Un autre avocat, Me Roland Dieuwou, a repris la note ministérielle point par point, s'interrogeant sur le respect de la procédure de déclaration préalable prévue par la loi de 1990 sur les associations, ainsi que sur la compétence même du Minat pour se prononcer sur le fond d'un procès-verbal de parti — une prérogative qu'il estime relever normalement du parquet.
Plusieurs commentateurs mettent en avant l'article 5 de la loi organisant les partis politiques au Cameroun, selon lequel le silence du Minat pendant trois mois sur des modifications statutaires transmises vaut acceptation tacite. Le délai pour se prononcer sur la convention du 21 décembre aurait ainsi expiré dès le mois de mars, rendant la lettre d'août, pour ses détracteurs, sans portée sur la procédure judiciaire en cours.
Un précédent qui pèse dans la balance
Les défenseurs du MRC citent une jurisprudence qu'ils jugent constante : les tentatives du Minat de désigner des mandataires ou de contester des directions de partis autres que celles en exercice ont, par le passé, été annulées par les tribunaux — les cas du Cameroon People's Party (CPP) de Kah Wallah et du PCRN de Cabral Libii sont régulièrement évoqués comme précédents.
Ce qu'il faut retenir
L'affaire, qui se joue autant sur le terrain politique que judiciaire, doit connaître un nouveau développement avec un verdict attendu début septembre dans le dossier judiciaire connexe. D'ici là, le MRC affirme vouloir concentrer son énergie sur la préparation des prochaines échéances électorales, plutôt que sur une bataille de communication qu'il dit refuser de mener.
MRC: Minister Atanga Nji's Delayed Letter Reignites Cameroon's Opposition Feud
A Minat letter written in August but revealed months later targets Kamto's leadership of the MRC. The party calls it a scare tactic. Here's the full picture.
A letter signed by Cameroon's Minister of Territorial Administration, Paul Atanga Nji, and dated August 19, has stirred political circles since it surfaced on August 26. Addressed to Okala Ebode Thierry, a former MRC official who was later expelled from the party, the letter states that the ministry did not "deem it appropriate to take note of the proceedings of the MRC's extraordinary convention of December 21, 2025" — the meeting that reconfirmed Maurice Kamto as party leader.
Some observers read the ministry's silence as an implicit challenge to the legitimacy of the current leadership. Within the MRC, however, officials describe it as a psychological pressure tactic, coming eight months after the fact.
A year-long dispute
The roots of the disagreement trace back to late 2025. Okala Ebode, then deputy national treasurer, had alerted local authorities to an alleged risk of public disorder, prompting the sub-prefect to suspend the extraordinary convention meant to reinstall Kamto. The MRC adapted by holding the convention online instead. Okala Ebode, since expelled from the party for alleged treason, continues to challenge the convention's legality in court.
It was in that context that he petitioned the Minat to invalidate the convention's official record. The ministry's response, made public more than six months after it was written, is now at the center of the controversy.
The MRC calls it a maneuver, not a ruling
The party's reaction has been measured but firm. Deputy Secretary-General Roger Justin Noah described the letter as a "destabilization attempt" and pledged that the party would not let those in power "keep provoking Cameroonians with impunity." He urged party members to calmly continue preparing for upcoming municipal and legislative elections, arguing that the ruling system fears a punishing vote from a public tired of what he called an incompetent and corrupt administration.
A party insider went further, arguing the letter cannot achieve its underlying political goal — barring the MRC from future elections — since candidate lists are validated by local officials elected separately from the December 21 convention.
Party lawyers question the ministry's authority
Legally, the MRC's supporters are pushing back hard. Me Hippolyte Meli Tiakouang, who heads the party's legal team, argues the Minat lacks the standing to rule on matters he considers strictly internal to a political association that is, by law, free to manage its own affairs. He notes that administrative courts have previously struck down similar ministerial interventions.
Another lawyer, Me Roland Dieuwou, went through the ministerial note clause by clause, questioning whether proper notification procedures under the 1990 law on associations were followed, and whether the Minat even had authority to rule on the substance of a party's internal record — a role he argues belongs to prosecutors, not the ministry.
Several commentators point to Article 5 of the law governing political parties, under which the Minat's silence for three months on submitted statutory changes amounts to tacit approval. Critics argue the window to contest the December 21 convention had already closed by March, making August's letter legally moot.
A precedent that favors the MRC
The party's defenders cite what they describe as consistent case law: past Minat attempts to appoint alternative party representatives or challenge sitting leaderships have been overturned in court, pointing to precedents involving the Cameroon People's Party (CPP) under Kah Wallah and the PCRN under Cabral Libii.
What's next
The dispute is playing out on both political and judicial fronts, with a verdict expected in early September in the related court case. Until then, the MRC says it intends to focus on election preparations rather than engage in a communications battle it says it has no interest in fighting.
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Ange NGO
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