Paul Biya absent depuis plus de deux mois : le Cameroun s’interroge, CNN relance le débat

Paul Biya absent depuis plus de deux mois : le Cameroun s’interroge, CNN relance le débat

Absent du Cameroun depuis le 7 juin pour un « bref séjour privé » en Europe, Paul Biya n’est toujours pas rentré après plus de deux mois. CNN revient sur cette absence inhabituelle qui ravive les interrogations sur la gouvernance et l’avenir du Cameroun.

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Paul Biya absent depuis plus de deux mois : le Cameroun s’interroge, CNN relance le débat


Parti du Cameroun le 7 juin 2026 pour ce qui avait été officiellement présenté comme un « bref séjour privé en Europe », le président Paul Biya n’est toujours pas rentré. Plus de deux mois après son départ, cette absence prolongée du chef de l’État, âgé de 93 ans, alimente les interrogations sur sa santé, l’exercice du pouvoir et l’avenir politique du Cameroun. CNN consacre une longue enquête à cette situation devenue exceptionnelle.


Plus de deux mois loin du Cameroun


Le 7 juin 2026, Paul Biya quittait le Cameroun pour un séjour que la présidence avait qualifié de « bref » et de « privé » en Europe. Mais les semaines ont passé. Puis les mois.


Au 15 août, le président de la République demeure hors du territoire national, dans ce qui constitue l’une de ses plus longues absences ininterrompues du Cameroun depuis plusieurs années.


Interrogé récemment par RFI, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a confirmé que le chef de l’État se trouvait à Genève, en Suisse. Il a également rejeté les rumeurs faisant état d’une hospitalisation.


« Le président Paul Biya est vivant » et « reviendra bientôt », a notamment assuré le porte-parole du gouvernement, alors que les interrogations se multiplient dans l’opinion publique.


L’absence du chef de l’État n’empêche cependant pas l’appareil présidentiel de fonctionner. Depuis l’étranger, Paul Biya a continué à exercer certaines de ses prérogatives, notamment à travers d’importantes décisions administratives et militaires, dont un vaste mouvement au sein des forces de défense annoncé au début du mois d’août.


Paul Biya, 93 ans et plus de quatre décennies au pouvoir


L’enquête de CNN replace cette nouvelle absence dans la trajectoire politique hors norme de Paul Biya.


Arrivé au pouvoir le 6 novembre 1982 après la démission du premier président camerounais Ahmadou Ahidjo, il dirige le pays depuis près de 44 ans.


Paul Biya avait ensuite remporté sa première élection présidentielle en 1984, à l’époque du parti unique, avant d’être réélu à plusieurs reprises après le retour du multipartisme.


En 2025, il a remporté un huitième mandat présidentiel à l’issue d’un scrutin contesté par une partie de l’opposition. Ce nouveau mandat pourrait le maintenir à la tête du Cameroun jusqu’à un âge proche de 100 ans.


Pour des millions de Camerounais, Paul Biya demeure tout simplement le seul président qu’ils aient connu.


C’est notamment le cas d’Abit Riassai Acha, doctorant de 26 ans et responsable communautaire de jeunes à l’Université de Yaoundé II, interrogé par CNN.



« En grandissant, le président Biya était le seul président que j’ai connu. Sa présidence a donc fait partie de toute mon expérience du Cameroun », explique-t-il.



Mais pour ce jeune universitaire, l’habitude ne devrait pas empêcher le débat.



« Parce que cela s’est produit à plusieurs reprises au fil des années, beaucoup de Camerounais s’y sont habitués. Mais s’habituer à quelque chose ne signifie pas nécessairement que les gens doivent cesser de se poser des questions sur la manière dont le pays est gouverné. »



Une absence qui ravive les interrogations sur la gouvernance


Les longues absences du président Paul Biya à l’étranger ne sont pas inédites. Mais celle qui a débuté le 7 juin prend une dimension particulière par sa durée.


Elle intervient surtout dans un contexte où les questions liées à la succession, à la santé du chef de l’État et à la continuité du pouvoir restent extrêmement sensibles.


En 2024, le gouvernement camerounais avait interdit les débats médiatiques sur l’état de santé du président, considérant ces sujets comme relevant de la sécurité nationale.


Cette décision n’avait pas empêché les spéculations. Au contraire, chaque longue période sans apparition publique du président ravive les mêmes interrogations dans le pays et au sein de la diaspora.


L’opposant Samuel Hiram Iyodi, candidat à l’élection présidentielle de 2025, a estimé que le Parlement devrait saisir le Conseil constitutionnel afin d’examiner si cette absence prolongée pouvait être assimilée à une vacance de la présidence.


Une hypothèse qui apparaît toutefois politiquement difficile à concrétiser, compte tenu du rapport de forces institutionnel et de la majorité détenue par le RDPC et ses alliés au sein des institutions.


Le Cameroun peut-il fonctionner sans son président physiquement présent ?


Sur le plan institutionnel, le professeur Wilson Tamfuh, spécialiste du droit public et du droit international à l’Université de Dschang, estime que l’État camerounais dispose de mécanismes permettant d’assurer la continuité de l’action gouvernementale.


Selon lui, plusieurs responsabilités peuvent être exercées par le Premier ministre, le secrétaire général de la présidence de la République et les différents ministres, dans le cadre des délégations et de l’organisation institutionnelle de l’État.


Mais pour cet universitaire, la véritable question dépasse la seule présence physique du président sur le territoire.


Le débat central porte sur la capacité du pouvoir à répondre aux difficultés quotidiennes auxquelles font face les Camerounais.



« Les gens veulent que la crise anglophone soit résolue, que les conditions de vie s’améliorent, qu’il y ait de meilleures routes, moins de diplômés dans les rues et davantage encore », a-t-il déclaré à CNN.



Routes, chômage, coupures d’électricité : les frustrations restent intactes


Pour l’analyste politique camerounais Collins Molua Ikome, basé en Allemagne, les problèmes du Cameroun sont visibles sur le terrain.


Après un séjour au Cameroun en avril, il a notamment évoqué auprès de CNN la dégradation de certaines infrastructures routières, les coupures d’électricité, la corruption et les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes.


Le constat renvoie à une frustration largement partagée : malgré les décennies de stabilité institutionnelle, une partie importante de la population continue de réclamer une amélioration concrète des conditions de vie.


Le chômage et le sous-emploi des jeunes diplômés restent au cœur des préoccupations. À cela s’ajoutent les défis sécuritaires.


Le Cameroun demeure confronté à la crise dans les régions anglophones, aux attaques de Boko Haram dans l’Extrême-Nord et à plusieurs défis économiques et sociaux.


De l’espoir de 1984 à la lassitude de 2026


Pour Nformi Bime, interrogé par CNN, l’histoire est particulièrement symbolique.


Lorsque Paul Biya a remporté sa première élection présidentielle en 1984, il n’avait que 23 ans et était encore étudiant.


Aujourd’hui âgé de 65 ans et retraité de l’enseignement, Bime observe que Paul Biya, désormais âgé de 93 ans, est toujours à la tête du Cameroun.


Il se souvient pourtant de l’arrivée de Biya au pouvoir comme d’un moment d’espoir.



« Nous pensions qu’il était jeune et dynamique. Beau aussi. Il représentait beaucoup pour les Camerounais », raconte-t-il.



Quarante ans plus tard, le sentiment a changé chez une partie de ceux qui avaient vu en lui le visage d’une nouvelle génération politique.


La question n’est plus seulement celle de la longévité au pouvoir. Elle concerne aussi le bilan et la capacité de l’État à améliorer durablement la vie des citoyens.


Santé, inégalités et accès aux soins : un débat sensible


La question de la santé occupe également une place importante dans les critiques relayées par CNN.


Collins Molua Ikome souligne les difficultés rencontrées par de nombreux Camerounais pour accéder à des soins de qualité.


Pour ses détracteurs, le contraste est frappant entre la capacité des élites politiques à se faire soigner ou à séjourner à l’étranger et les difficultés rencontrées par une partie de la population dans les structures sanitaires nationales.


Cette critique dépasse le seul cas camerounais. Dans plusieurs pays africains, le recours des responsables politiques à des soins médicaux à l’étranger alimente régulièrement les débats sur l’état des systèmes de santé publics.


L’avenir du Cameroun au centre des interrogations


L’absence prolongée de Paul Biya intervient alors que le Cameroun entre dans une période politique marquée par une question que beaucoup n’osent plus contourner : celle de l’après-Biya.


À 93 ans et après près de 44 années au sommet de l’État, le président camerounais incarne une époque entière de l’histoire du pays.


Son éventuel successeur héritera d’un Cameroun confronté à de lourds défis : crise sécuritaire dans les régions anglophones, menace persistante de Boko Haram, chômage des jeunes, infrastructures dégradées dans plusieurs zones, pression sur le pouvoir d’achat et attentes croissantes d’une population majoritairement jeune.


Pour Nformi Bime, la question est devenue presque intime.


Après avoir connu l’arrivée de Paul Biya au pouvoir dans sa jeunesse et attendu pendant plus de quatre décennies un changement politique majeur, il se demande désormais s’il verra un jour un autre président à la tête du Cameroun.


L’absence actuelle du chef de l’État ne constitue donc pas seulement un épisode politique ou institutionnel.


Elle remet brutalement sur la table une interrogation fondamentale : comment le Cameroun prépare-t-il son avenir dans un pays où plusieurs générations n’ont connu qu’un seul président ?


Pour l’heure, le gouvernement assure qu’il n’existe aucun vide au sommet de l’État et que Paul Biya reviendra prochainement au Cameroun.


Mais après plus de deux mois d’absence, l’attente se prolonge. Et avec elle, les questions aussi.




Paul Biya Away for More Than Two Months: Questions Grow in Cameroon as CNN Revisits the President’s Prolonged Absence


Cameroon’s President Paul Biya left the country on June 7, 2026, for what the presidency described as a “brief private stay in Europe.” More than two months later, the 93-year-old head of state has yet to return, raising renewed questions about his health, the exercise of power and Cameroon’s political future. CNN has now examined the prolonged absence of one of the world’s longest-serving leaders.


More than two months away from Cameroon


When Paul Biya left Cameroon on June 7, 2026, the presidency described the trip as a brief private stay in Europe.


The weeks passed. Then the months.


As of August 15, the Cameroonian president remains outside the country, marking one of his longest uninterrupted absences from Cameroon in recent years.


Speaking recently to French radio station RFI, Cameroon’s Minister of Communication and government spokesperson René Emmanuel Sadi confirmed that Biya was in Geneva, Switzerland. He also dismissed reports suggesting that the president had been hospitalized.


President Paul Biya is alive” and “will soon return,” Sadi said, as public questions over the president’s prolonged stay abroad continued to grow.


Despite his physical absence, Biya has continued to make important decisions from abroad. Earlier this month, the presidency announced a major military reshuffle, demonstrating that key presidential powers are still being exercised.


A 93-year-old president after more than four decades in power


CNN’s report places Biya’s latest absence within the extraordinary political longevity of Cameroon’s head of state.


Paul Biya became president on November 6, 1982, following the resignation of Cameroon’s first president, Ahmadou Ahidjo.


He won his first presidential election in 1984 under the one-party system and was subsequently re-elected several times after the introduction of multiparty politics.


In 2025, Biya secured an eighth presidential term in an election contested by sections of the opposition. The new mandate could keep him in office until he is nearly 100 years old.


For millions of Cameroonians, Biya is the only president they have ever known.


That is the case for Abit Riassai Acha, a 26-year-old doctoral student and community youth leader at the University of Yaoundé II, who spoke to CNN.



“Growing up, President Biya was the only president I knew, so his presidency has been part of my entire experience of Cameroon.”



But, he argues, familiarity should not silence questions.



“Because this has happened repeatedly over the years, many Cameroonians have become used to it. But becoming accustomed to something does not necessarily mean that people should stop asking questions about how the country is being governed.”



A prolonged absence revives questions about governance


Paul Biya’s extended stays abroad are not unprecedented. However, the duration of his current absence, which began on June 7, has given the situation renewed political significance.


It comes at a time when questions surrounding presidential succession, the health of the head of state and continuity of government remain highly sensitive in Cameroon.


In 2024, the Cameroonian government moved to restrict media discussions concerning the president’s health, describing the issue as a matter of national security.


Yet speculation has persisted. Every extended period without a public appearance by Biya tends to revive the same questions both inside Cameroon and within the country’s large diaspora.


Opposition politician Samuel Hiram Iyodi, who ran in the 2025 presidential election, has called on Parliament to ask the Constitutional Council to examine whether Biya’s prolonged absence could amount to a vacancy in the presidency.


Such a scenario, however, appears politically unlikely given the balance of power within Cameroon’s institutions and the dominance of the ruling CPDM and its allies.


Can Cameroon function without its president physically present?


From an institutional perspective, Professor Wilson Tamfuh, a specialist in public and international law at the University of Dschang, believes Cameroon has mechanisms capable of ensuring continuity in government.


According to him, important responsibilities can be handled by the Prime Minister, the Secretary-General at the Presidency and other members of government under existing institutional arrangements and delegated authority.


But for Tamfuh, the central issue goes beyond the president’s physical location.


The more important question is whether the government is adequately addressing the long-standing challenges facing ordinary Cameroonians.



“People want the Anglophone crisis resolved, standards of living ameliorated, more good roads, fewer people on the streets with degrees, and more,” he told CNN.



Roads, unemployment and power cuts: public frustrations remain


Cameroonian political analyst Collins Molua Ikome, who is based in Germany, told CNN that many of the country’s challenges remain highly visible.


After visiting Cameroon in April, he pointed to poor road conditions, electricity cuts, corruption and limited employment opportunities for young people.


The situation reflects a broader frustration: despite decades of institutional continuity, many Cameroonians continue to demand tangible improvements in their daily lives.


Youth unemployment and underemployment remain major concerns, particularly among university graduates.


Cameroon also continues to face serious security challenges, including the conflict in the country’s English-speaking regions and the persistent threat posed by Boko Haram in the Far North.


From the hope of 1984 to the frustrations of 2026


For 65-year-old retired teacher Nformi Bime, the story carries a powerful personal dimension.


When Paul Biya won his first presidential election in 1984, Bime was only 23 years old and still a student.


Today, he is retired. Biya, now 93, remains president.


Bime remembers Biya’s arrival in power as a moment of hope.



“We believed he was young and dynamic – handsome too. He meant so much to Cameroonians,” he told CNN.



More than four decades later, the perception has changed for many who once saw Biya as the face of political renewal.


The debate is no longer only about how long he has remained in office. It is also about his government’s record and the ability of the state to improve the lives of ordinary citizens.


Healthcare and inequality under renewed scrutiny


Healthcare is another issue raised in CNN’s report.


Collins Molua Ikome highlighted the difficulties many Cameroonians face in accessing quality medical care.


For critics, there is a striking contrast between the ability of political elites to seek treatment or spend long periods abroad and the struggles faced by ordinary citizens within Cameroon’s healthcare system.


The debate extends beyond Cameroon. Across several African countries, the use of foreign medical services by political leaders has frequently raised questions about investment in domestic public healthcare systems.


Cameroon’s future at the heart of the debate


Biya’s prolonged absence comes at a time when Cameroon is increasingly confronted with a question that is difficult to avoid: what comes after Paul Biya?


At 93 years old and after nearly 44 years at the top of the state, Biya represents an entire political era in Cameroon.


Whoever eventually succeeds him will inherit a country facing major challenges: the Anglophone conflict, the threat of Boko Haram, youth unemployment, infrastructure deficits, pressure on household incomes and the growing expectations of a predominantly young population.


For Nformi Bime, the question has become deeply personal.


After witnessing Biya’s rise to power as a young man and waiting for political change for more than four decades, he now wonders whether he will live to see another president lead Cameroon.


The current absence of the head of state is therefore more than a temporary political episode.


It has brought a fundamental question back into the spotlight: how is Cameroon preparing for the future in a country where several generations have known only one president?


For now, the government insists that there is no power vacuum and that Paul Biya will return to Cameroon soon.


But after more than two months away, the wait continues.


And so do the questions.


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Ange NGO

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