Alerte moustiques en Afrique : Anopheles stephensi menace les villes, le Kenya freine la vente de crédits carbone

Alerte moustiques en Afrique : Anopheles stephensi menace les villes, le Kenya freine la vente de crédits carbone

Le moustique invasif Anopheles stephensi, résistant aux insecticides, se propage dans les villes africaines et fait craindre un retour du paludisme urbain. Pendant ce temps, le Kenya plafonne ses crédits carbone à 10 millions de tonnes d’ici 2030. Décryptage.

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Alerte santé et climat : le moustique qui défie les villes africaines et le frein kényan sur les crédits carbone


Dans les rues bondées de Douala, de Lagos ou de Nairobi, un nouvel ennemi silencieux s’installe. Anopheles stephensi, ce moustique venu d’Asie, n’est plus une rumeur lointaine. Il s’adapte parfaitement aux villes africaines et fait craindre de nouvelles flambées de paludisme là où, jusqu’ici, la maladie restait surtout rurale. Pendant ce temps, le Kenya tire un coup de frein clair sur la vente de crédits carbone à l’étranger. Deux actualités qui touchent directement l’Afrique : la santé des citadins et la souveraineté climatique.


Contrairement aux moustiques vecteurs classiques du continent, Anopheles stephensi se plaît dans l’urbain. Ses larves se développent dans les réservoirs d’eau, les fûts, les seaux abandonnés près des maisons et des chantiers. Pire : il résiste déjà aux principaux insecticides utilisés pour traiter les logements et imprégner les moustiquaires. Autrement dit, les armes habituelles de la lutte antivectorielle perdent de leur efficacité.


Une étude récente, basée sur l’analyse de 645 génomes de moustiques prélevés en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, lève le voile sur son origine. Tristan Dennis, auteur principal de l’étude et chercheur à l’École de médecine tropicale de Liverpool, explique : « Avant cette étude, plusieurs hypothèses concurrentes étaient avancées quant à l’origine de ce moustique et aux voies de sa propagation. Pour la première fois, l’analyse de son ADN nous permet de retracer avec précision l’histoire de son introduction. Nous constatons également que la résistance aux insecticides a, elle aussi, été introduite depuis l’Asie. Autrement dit, ce moustique est arrivé en Afrique déjà capable de résister aux principaux moyens de lutte antivectorielle. »


L’espèce, originaire d’Asie du Sud, a été détectée pour la première fois à Djibouti en 2012. Depuis, elle a gagné la Corne de l’Afrique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) signale sa présence en Éthiopie, au Soudan, en Somalie, au Kenya, au Nigeria et au Ghana. Si sa propagation se poursuit, les habitants des grandes villes africaines, longtemps relativement épargnés par rapport aux zones rurales, risquent de voir le paludisme progresser.


Face à cette menace, les spécialistes explorent des méthodes de lutte biologique et des insecticides de nouvelle génération. L’OMS appelle les pays africains à renforcer la surveillance épidémiologique et à coordonner leurs actions pour freiner, voire éliminer, les populations d’Anopheles stephensi. Au Cameroun comme ailleurs, la vigilance urbaine devient une priorité de santé publique.


Sur un autre front, le Kenya vient de fixer une limite claire. D’après le quotidien Business Daily, le volume maximal de crédits carbone pouvant être vendus à l’étranger d’ici 2030 est plafonné à dix millions de tonnes d’équivalent CO2. L’objectif est simple : éviter une vente excessive qui priverait le pays des réductions d’émissions nécessaires pour honorer ses engagements climatiques nationaux.


Les projets prioritaires concernent la mobilité électrique, les énergies renouvelables, l’accès à l’électricité, la modernisation de l’industrie et la valorisation des déchets. Les autres initiatives subiront un examen plus rigoureux. Deborah Mulongo Barasa, ministre kényane de l’Environnement, du Changement climatique et des Forêts, a déclaré : « Le Kenya est ouvert à une coopération sur le marché du carbone fondée sur des normes élevées et capable de générer des bénéfices significatifs. Nous construisons un marché fondé sur la confiance, l’intégrité environnementale et des résultats mesurables. »


Le Kenya vise une réduction de 32 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau projeté de 143 millions de tonnes d’équivalent CO2 en l’absence de mesures supplémentaires. Un crédit carbone représente la réduction ou l’absorption d’une tonne de CO2 (ou d’une quantité équivalente d’autres gaz à effet de serre). Ces crédits sont achetés par des États ou des entreprises pour compenser leurs propres émissions.


Deux signaux forts pour l’Afrique : d’un côté, un moustique résistant qui force à repenser la lutte contre le paludisme en milieu urbain ; de l’autre, un pays qui refuse de brader ses efforts climatiques. La vigilance et la souveraineté restent les maîtres mots.




Health and Climate Alert: The Mosquito Threatening African Cities and Kenya’s Carbon Credit Cap


In the crowded streets of Douala, Lagos or Nairobi, a silent new enemy is settling in. Anopheles stephensi, the invasive mosquito from Asia, is no longer a distant rumour. It thrives in African cities and raises fears of new malaria outbreaks in places where the disease was previously more rural than urban. At the same time, Kenya has drawn a clear line on the sale of carbon credits abroad. Two stories that speak directly to Africa: the health of city dwellers and climate sovereignty.


Unlike the main malaria vectors on the continent, Anopheles stephensi is particularly well adapted to urban environments. Its larvae develop in water tanks, drums and other artificial containers near homes and construction sites. Worse still, it already resists the main insecticides used to treat houses and impregnate bed nets. In other words, the usual tools of vector control are losing their effectiveness.


A recent study analysing the genomes of 645 mosquitoes collected in Africa, Asia and the Middle East has clarified its origins. Tristan Dennis, lead author and researcher at the Liverpool School of Tropical Medicine, said: “Before this study, several competing hypotheses were put forward about the origin of this mosquito and the routes of its spread. For the first time, DNA analysis allows us to accurately retrace the history of its introduction. We also find that insecticide resistance was introduced from Asia. In other words, this mosquito arrived in Africa already capable of resisting the main vector control methods.”


The species, originally from South Asia, was first detected in Djibouti in 2012 before spreading across the Horn of Africa. The World Health Organization (WHO) has reported its presence in Ethiopia, Sudan, Somalia, Kenya, Nigeria and Ghana. Continued spread could increase malaria risk for residents of African cities, where the disease has so far been less common than in rural areas.


To confront potential new outbreaks, specialists are examining biological control methods and next-generation insecticides. The WHO has also called on African countries to strengthen epidemiological surveillance and take coordinated measures to eliminate Anopheles stephensi populations. In Cameroon and elsewhere, urban vigilance is becoming a public-health priority.


On another front, Kenya has set a clear limit. According to Business Daily, the maximum volume of carbon credits that can be sold abroad by 2030 is capped at ten million tonnes of CO2 equivalent. The measure aims to prevent excessive sales that would leave the country short of the emission reductions needed to meet its national climate commitments.


Priority will be given to projects linked to electric mobility, renewable energy, electricity access, industrial modernisation and waste recovery. Other initiatives will face stricter scrutiny. Kenya’s Environment, Climate Change and Forestry Minister Deborah Mulongo Barasa stated: “Kenya is open to cooperation on the carbon market based on high standards and capable of generating significant benefits. We are building a market founded on trust, environmental integrity and measurable results.”


Kenya aims to reduce its greenhouse-gas emissions by 32% by 2030 compared with the projected level of 143 million tonnes of CO2 equivalent without additional climate measures. One carbon credit corresponds to the reduction or absorption of one tonne of carbon dioxide, or an equivalent amount of other greenhouse gases. These credits can be bought by states or companies to offset their own emissions.


Two strong signals for Africa: on one side, a resistant mosquito forcing a rethink of urban malaria control; on the other, a country refusing to sell off its climate efforts cheaply. Vigilance and sovereignty remain the key words.


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Mouahna Divine

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