Électricité : Le gouvernement camerounais va-t-il brader Prometal au détriment de la Socadel ? La bombe énergétique qui menace Douala

Électricité : Le gouvernement camerounais va-t-il brader Prometal au détriment de la Socadel ? La bombe énergétique qui menace Douala

Alors que Prometal veut acheter son électricité directement à EDC, la Socadel crie au scandale et menace de s'effondrer. Découvrez les coulisses d'un bras de fer qui pourrait faire exploser la facture des Camerounais et les dessous de la restructuration d'Alucam.

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Énergie : Le casse-tête Prometal-EDC menace-t-il de faire imploser la Socadel ?


Un projet de fourniture directe d'électricité entre le géant de l'acier Prometal et l'énergéticien public EDC est sur le point de raviver les tensions au sein du secteur électrique camerounais. Alors que le gouvernement tente un arbitrage délicat entre la survie du distributeur historique, Socadel, et la santé financière des autres opérateurs, les enjeux sont colossaux. Retour sur un dossier brûlant qui agite les couloirs de Yaoundé.


Le feuilleton de l'énergie électrique au Cameroun s'apprête à connaître un nouveau rebondissement. Alors que le gouvernement envisage de permettre au leader de la transformation de l'acier en Afrique centrale, Prometal, de s'approvisionner directement en électricité auprès des barrages gérés par la Electricity Development Corporation (EDC), le torchon brûle entre les acteurs du secteur. La pomme de discorde ? Un contrat bilatéral de fourniture d'énergie qui, s'il voit le jour, pourrait bien déséquilibrer un écosystème déjà fragile.


Pour Antoine Ntsimi, le président du conseil d'administration de la Société camerounaise d'électricité (Socadel), ce projet est une hérésie économique. Dans une lettre adressée au Premier ministre, Joseph Dion Ngute, il tire la sonnette d'alarme. « La restructuration engagée du secteur repose précisément sur la consolidation du portefeuille clientèle de la Socadel. Or, le retrait de son principal client industriel produirait exactement l’effet inverse de celui recherché », écrit-il, plaidant pour un sursis jusqu'à une évaluation complète des implications.


Un transfert qui affaiblirait le « maillon faible »


Le cœur du problème est simple : Prometal est actuellement le principal client de la Socadel. En envisageant de passer un contrat de gré à gré avec EDC (tout en empruntant le réseau de transport de la Sonatrel), le sidérurgiste retirerait une manne financière considérable au distributeur public. Ce dernier, déjà plombé par une dette abyssale d'environ 800 milliards de FCFA, verrait sa trésorerie durablement fragilisée.


Les chiffres donnent le vertige. Bien que le montant exact des pertes potentielles ne soit pas divulgué, les archives indiquent que Prometal a généré et payé environ 42 milliards de FCFA de facturation électrique entre 2016 et 2025. Une somme qui, si elle venait à être redirigée, risque de creuser un peu plus le déficit chronique du distributeur.


Le gouvernement joue la carte de l'équilibre général


Pourtant, dans l'entourage du Premier ministre, on relativise ces inquiétudes. Une source proche du dossier rappelle avec fermeté que le secteur électrique ne se limite pas à la seule Socadel. « Pendant plusieurs années, les autres entreprises ont été déficitaires parce que toute l'architecture était centrée sur une seule entité qui reversait difficilement ce qu'elle devait », analyse-t-on. En clair : en favorisant la santé financière d'EDC et de la Sonatrel, l'État permettrait de fluidifier l'ensemble de la chaîne.


L'argument est d'autant plus recevable que les promesses de retombées sont alléchantes. Le contrat avec Prometal procurerait déjà à la Sonatrel environ 4 milliards de FCFA de recettes annuelles, rien que pour l'accès au réseau haute tension. Du côté d'EDC, les projections sont estimées à 12 milliards de FCFA par an. Des liquidités qui permettraient enfin de concrétiser des projets pharaoniques comme la nouvelle centrale de Mbakaou (400 MW) ou une centrale solaire de 50 MW.


Prometal, un appétit d'ogre pour l'énergie


Derrière ce bras de fer, se cache la croissance exponentielle du groupe Prometal. Avec la montée en puissance de ses cinq usines à Douala-Bassa (et bientôt Proalu SA pour l'aluminium), ses besoins électriques sont en flambée : de 26 MW en 2024, on est passé à 40 MW en 2025, avec une projection à 90 MW en 2027. Le gouvernement y voit l'accompagnement d'un « champion national » indispensable à l'industrialisation.


Mais pour la Socadel, ce projet fait figure de précédent dangereux. Contrairement à Alucam, qui est physiquement raccordé aux barrages d'Edéa gérés par le distributeur, Prometal serait un client "captif" d'EDC, utilisant le réseau national comme simple vecteur de passage. Une situation qui, selon les syndicats, pourrait ouvrir la voie à un "saucissonnage" du marché, où les gros consommateurs négocieraient des tarifs de faveur, laissant les ménages et les PME supporter le poids des charges fixes.


Le volet Alucam : Entre jeux d'écriture et urgences industrielles


Pendant ce temps, à quelques encablures, le dossier Alucam illustre parfaitement les limites de la gestion par "jeux d'écritures" de l'État. Pour sauver l'entreprise de la faillite, l'État a converti 92,5 milliards de FCFA d'avances en capital. Une bouffée d'oxygène comptable, certes, mais qui ne règle en rien les problèmes structurels.


La Chambre des comptes de la Cour suprême est catégorique : il ne s'agit que d'"un jeu d’écriture sans incidence sur la trésorerie". En effet, après cet assainissement, Alucam affiche un bénéfice symbolique, mais sa trésorerie reste négative et son activité historique de fonderie est exsangue.


La production d'aluminium primaire a chuté de plus de 27 % depuis l'incendie de 2018, plombant les comptes. La juridiction financière recommande donc une injection réelle de 30 à 45 milliards de FCFA pour moderniser l'outil de production, ou, à défaut, d'envisager la fermeture pure et simple de la fonderie. Une décision qui entrerait en résonance avec la question énergétique : Alucam consomme actuellement près de 13 % de la production électrique nationale. Faut-il exporter de l'aluminium "à perte" alors que les ménages manquent d'électricité ?


L'ouverture du capital à des investisseurs privés (Eagle Eye, Bathco, Naxya Holding) pourrait être la solution, mais l'État devra arbitrer entre souveraineté industrielle et réalité économique.


Pétrole : La SCDP fait des progrès


Enfin, dernier sujet sensible : les pertes de produits pétroliers. La Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) annonce une nette amélioration. Les pertes ont été réduites de moitié en un an, passant de près de 3 000 m³ à moins de 1 500 m³ entre janvier et mai (périodes comparées).


Si cette tendance se confirme, grâce à la modernisation des équipements de mesure, elle pourrait alléger les coûts pour les marketers et, potentiellement, le consommateur final. Toutefois, la SCDP devra fournir plus de transparence pour que l'on puisse mesurer l'impact réel de ces économies sur le prix à la pompe.




Energy Showdown in Cameroon: Will Prometal's Direct Power Deal Cripple the National Distributor?


A plan for the steel giant Prometal to bypass the national utility and buy electricity directly from public producer EDC has ignited a fierce debate in Yaoundé. As the government weighs the financial health of the state-owned distributor Socadel against the viability of other players, billions of CFA francs and the future of the energy sector hang in the balance.


The Cameroonian energy sector is bracing for a potential upheaval. The government's project to allow Prometal, Central Africa's steel leader, to purchase electricity directly from the Electricity Development Corporation (EDC) is causing deep concern within the Société camerounaise d'électricité (Socadel). The bone of contention is a bilateral supply contract that could drastically weaken the public distributor's already fragile financial standing.


In a letter dated June 8, 2026, to Prime Minister Joseph Dion Ngute, Socadel's Board Chairman, Antoine Ntsimi, has urgently requested a suspension of the project. He argues that the restructuring of the sector depends on consolidating Socadel's client portfolio. "The withdrawal of its main industrial client would produce exactly the opposite effect of that sought by the public authorities," he warns, calling for a comprehensive impact assessment.


A "Maul" for the Weakest Link?


The core issue is straightforward: Prometal is currently the largest client of Socadel. By securing a direct purchase agreement with EDC (while still using Sonatrel's transmission network), the steelmaker would divert a massive revenue stream away from the distributor. Socadel, already drowning in a colossal debt of approximately 800 billion FCFA, would see its cash flow critically impaired.


The figures are staggering. While the exact loss isn't specified, records show that Prometal generated and paid roughly 42 billion FCFA in electricity bills between 2016 and 2025. Redirecting this income threatens to widen the chronic deficit of the state distributor even further.


Government Bets on General Equilibrium


However, within the Prime Minister's office, these fears are being downplayed. A source close to the matter reminds us that the electricity sector isn't solely about Socadel. "For years, the other companies were deficit-stricken because the entire architecture was focused on a single entity that struggled to pay what it owed," the source explains. The idea is that bolstering EDC's and Sonatrel's finances would bring more fluidity to the entire supply chain.


This argument is reinforced by the enticing financial promises. The deal would already provide Sonatrel with approximately 4 billion FCFA in annual revenue for high-voltage network access. For EDC, the projected income is estimated at 12 billion FCFA per year. Such liquidity would unlock major projects, including the new Mbakaou power plant (400 MW) and a 50 MW solar facility.


Prometal's Growing Energy Appetite


Behind this power struggle lies the exponential growth of the Prometal group. With the expansion of its five plants in Douala-Bassa (soon to be joined by Proalu SA for aluminum), its energy needs are surging: from 26 MW in 2024 to 40 MW in 2025, with projections reaching 90 MW by 2027. The government views this as support for a national industrial "champion."


But for Socadel, this project is a dangerous precedent. Unlike Alucam, which is physically connected to the Edéa dams managed by the distributor, Prometal would be a "captive" client of EDC, using the national grid solely as a conduit. This could pave the way for market fragmentation, where large consumers negotiate preferential rates while households and SMEs bear the burden of fixed costs.


The Alucam Parallel: Writing Off Debt vs. Industrial Reality


Meanwhile, the Alucam case perfectly illustrates the limitations of state accounting maneuvers. To save the company from bankruptcy, the state converted 92.5 billion FCFA in advances into capital. A balance-sheet boost, yes, but it does nothing to resolve structural issues.


The Chamber of Accounts of the Supreme Court is clear: it is just "an accounting entry with no cash impact." Following this cleanup, Alucam shows a symbolic profit, but its cash position remains negative, and its historic smelting activity is in dire straits.


Primary aluminum production has dropped by over 27% since the 2018 fire, weighing heavily on accounts. The audit court recommends a fresh cash injection of 30 to 45 billion FCFA to modernize production or, failing that, considering the closure of the smelter. This decision ties back to the energy question: Alucam consumes roughly 13% of the national electricity output. Is it in the national interest to export aluminum at a loss while the population faces power shortages? The potential entry of private investors (Eagle Eye, Bathco, Naxya Holding) offers a glimmer of hope, but it requires complex arbitration between industrial sovereignty and economic reality.


Oil: SCDP Reports a 50% Drop in Losses


On a brighter note, the Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) reports a significant operational improvement. Losses were halved in one year, dropping from nearly 3,000 m³ to under 1,500 m³ for the January-May period (comparing 2025 and 2026).


If confirmed, this trend, driven by meter modernization, could alleviate costs for marketers and ultimately benefit the consumer. However, the SCDP needs to provide greater transparency to measure the true impact of these savings on pump prices.



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Mouahna Divine

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