Ceuta : quand l’Europe se divise et que le Maroc refuse de jouer le gendarme
L’enclave espagnole de Ceuta, collée au Maroc sur la côte nord-africaine, a basculé en quelques heures dans une crise migratoire d’une ampleur rare. Des dizaines de milliers de personnes ont tenté de franchir la frontière à la nage ou à pied. Onze morts selon Rabat, au moins 72 selon Madrid. Et maintenant, l’Union européenne se déchire.
Samedi, une lettre adressée à Ursula von der Leyen sur la situation à Ceuta a été refusée par quatre États membres : la France, l’Irlande, le Luxembourg et le Portugal. Ces pays estiment que le texte manquait de solidarité avec Madrid et risquait d’aggraver la situation, selon Politico.
À Madrid, la déception est nette. Des sources gouvernementales citées par El País parlent d’une « réaction initiale » des partenaires européens jugée insuffisante. Lundi, lors d’une réunion des ambassadeurs de l’UE, le ton est monté. L’Espagne a été sommée de fournir des preuves sur le nombre de migrants déjà renvoyés au Maroc. Certains diplomates ont même estimé que la politique espagnole avait elle-même encouragé l’afflux. La visioconférence des ministres de l’Intérieur prévue mardi s’annonce « tendue et longue ».
Fake news, malentendus et décision de justice
Selon l’Associated Press, l’afflux a été largement alimenté par des informations fausses diffusées sur Instagram et Facebook la veille des événements. Des publications affirmaient à tort que l’Espagne avait ouvert sa frontière avec le Maroc. Des vidéos montraient les mouvements des patrouilles et indiquaient où passer. Des cars surchargés ont commencé à arriver à Fnideq, la ville marocaine voisine.
Beaucoup de migrants ont aussi mal interprété les récents amendements de la législation espagnole. Les mesures de régularisation du Premier ministre Pedro Sánchez ne concernaient que les personnes déjà présentes sur le sol espagnol avant le 1er janvier – principalement des Latino-Américains entrés légalement et restés après l’expiration de leur visa. Au Maroc, certains ont cru que cela s’appliquait à eux.
Une décision de justice espagnole a encore compliqué les choses : les migrants arrivés par la mer ne peuvent plus être expulsés immédiatement. Une haute source gouvernementale marocaine, citée par Hespress, est claire : « La barrière contre la migration clandestine n’a pas cédé à cause des passeurs, mais à la suite d’une décision du système judiciaire espagnol. » Pour les réseaux criminels et les candidats à l’émigration, cette décision a créé un sentiment d’immunité.
Le Maroc refuse le rôle de gendarme
Rabat monte au créneau. « Le Maroc n’est ni le gendarme ni le gardien de l’Europe, ni un sous-traitant, mais un partenaire souverain », affirme la même source. Le Royaume rappelle qu’il a déjoué près de 160 000 tentatives d’immigration irrégulière en 2024 et 2025, démantelé 632 réseaux de passeurs et mené plus de 32 000 opérations de sauvetage en mer. Sur cinq ans, ce sont plus de 360 000 tentatives qui ont été stoppées.
Les autorités marocaines déplorent que la crise soit « instrumentalisée à des fins électorales et politiques » en Europe et jugent la couverture médiatique « sensationnaliste ». Elles insistent : le retour des migrants s’est fait de manière volontaire, « par conviction et par choix personnel », et non sous la pression espagnole.
Trump s’en mêle
Depuis Washington, Donald Trump a ajouté sa voix. « Deux choses sont en train de tuer l’Europe. La première, c’est l’immigration. La seconde, c’est l’énergie », a-t-il déclaré à la Maison-Blanche, appelant à stopper le flux de migrants. Il a cité l’exemple du Royaume-Uni, riche en ressources en mer du Nord mais qui, selon lui, s’achète encore de l’énergie à la Norvège.
Entre 3 000 et 5 000 migrants pourraient encore se trouver à Ceuta, selon l’agence Europa Press. La crise a mis à nu les fractures européennes, les limites de la coopération migratoire et la volonté du Maroc de ne plus être traité comme un simple sous-traitant.
Chacun doit assumer ses responsabilités. C’est le message clair de Rabat. L’Europe, de son côté, va devoir en tirer les leçons – et vite.
Ceuta Crisis: Europe Divides, Morocco Refuses to Be Europe’s Policeman
The Spanish enclave of Ceuta, on the North African coast next to Morocco, has been hit by one of the largest migrant surges in recent years. Tens of thousands of people tried to cross by swimming or walking around the border. Morocco reports 11 deaths; Spain says at least 72. Now the European Union is deeply divided.
On Saturday, a letter sent to European Commission President Ursula von der Leyen about the Ceuta crisis was refused by four member states: France, Ireland, Luxembourg and Portugal. They argued the letter lacked solidarity with Madrid and risked making the situation worse, according to Politico.
In Madrid, the disappointment is clear. Government sources cited by El País speak of an “initial reaction” from European partners that fell short. On Monday, during a meeting of EU ambassadors, tensions rose. Spain was asked to provide evidence on the number of migrants already returned to Morocco. Some diplomats suggested Spain’s own policies had encouraged the influx. Tuesday’s videoconference of EU interior ministers is expected to be “tense and long”.
Fake news, misunderstandings and a court ruling
According to the Associated Press, the surge was heavily fuelled by false information circulating on Instagram and Facebook the day before. Posts wrongly claimed Spain had opened its border with Morocco. Videos showed border patrol movements and indicated where people could cross. Overloaded buses began arriving in the neighbouring Moroccan town of Fnideq.
Many migrants also misinterpreted recent changes to Spanish legislation. Prime Minister Pedro Sánchez’s regularisation measures applied only to people already on Spanish soil before 1 January — mainly Latin Americans who had entered legally and overstayed their visas. In Morocco, some believed the measures applied to them.
A Spanish court ruling further complicated matters: migrants arriving by sea can no longer be immediately expelled. A senior Moroccan government source quoted by *Hespress* stated: “The barrier against irregular migration did not give way because of smugglers, but because of a decision by the Spanish judicial system.” For criminal networks and potential migrants, the ruling created a sense of immunity.
Morocco rejects the role of policeman
Rabat is pushing back hard. “Morocco is neither Europe’s policeman nor its guardian, nor a subcontractor, but a sovereign partner,” the same source said. The Kingdom notes that it thwarted nearly 160,000 irregular migration attempts in 2024 and 2025, dismantled 632 smuggling networks and carried out more than 32,000 sea rescue operations. Over five years, more than 360,000 attempts have been stopped.
Moroccan authorities deplore the fact that the crisis is being “instrumentalised for electoral and political purposes” in Europe and describe media coverage as “sensationalist”. They insist that the return of migrants took place voluntarily, “out of conviction and personal choice”, not under Spanish pressure.
Trump weighs in
From Washington, Donald Trump added his voice. “Two things are killing Europe. The first is immigration. The second is energy,” he said at the White House, calling for the migrant flow to be stopped. He pointed to the United Kingdom, which he said possesses one of the world’s richest energy sources in the North Sea yet continues to buy energy from Norway.
Between 3,000 and 5,000 migrants may still remain in Ceuta, according to Europa Press. The crisis has exposed European divisions, the limits of migration cooperation and Morocco’s determination not to be treated as a mere subcontractor.
Everyone must take responsibility. That is Rabat’s clear message. Europe will have to draw the lessons — and fast.
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Ekanga Ekanga Fernand