Afrique : la BAD lance un réseau stratégique pour renforcer la puissance économique du continent, le Cameroun et la CEMAC en première ligne

Afrique : la BAD lance un réseau stratégique pour renforcer la puissance économique du continent, le Cameroun et la CEMAC en première ligne

La BAD, le PNUD et l'OCDE lancent le Réseau africain des économistes en chef afin de renforcer la souveraineté économique de l'Afrique. Le Cameroun et la CEMAC pourraient tirer profit de cette nouvelle plateforme stratégique face aux défis du commerce, de la dette et de l'investissement.

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Afrique : la BAD lance un réseau stratégique pour renforcer la puissance économique du continent, le Cameroun et la CEMAC en première ligne


Abidjan a accueilli une étape importante dans la réflexion économique du continent. Au terme de la Conférence économique africaine (AEC) 2026, la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont appelé les États africains à franchir un nouveau cap : transformer leur capacité de résilience en véritable puissance économique.


Durant trois jours de travaux, économistes, responsables politiques, chercheurs et partenaires au développement ont débattu des défis auxquels l'Afrique est confrontée dans un contexte marqué par la fragmentation du commerce mondial, les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions de financement et les multiples crises internationales.


Le message est sans équivoque : l'Afrique ne peut plus se contenter de résister aux chocs extérieurs. Elle doit désormais produire davantage, transformer localement ses ressources, commercer davantage entre ses pays et parler d'une seule voix dans les grandes négociations économiques internationales.


La résilience ne suffit plus


Pour les organisateurs de la conférence, la capacité démontrée par les économies africaines à absorber les crises constitue un atout, mais elle reste insuffisante pour garantir un développement durable.


Le chef économiste du Bureau régional du PNUD pour l'Afrique, Raymond Gilpin, estime que les turbulences économiques continueront d'éprouver les institutions africaines. Toutefois, il rappelle que la principale richesse du continent demeure la capacité d'adaptation de ses populations.


Selon lui, cette résilience doit désormais être transformée en avantage compétitif capable de renforcer la production industrielle, les exportations de produits à forte valeur ajoutée et la compétitivité des économies africaines.


Même son de cloche du côté d'Ahunna Eziakonwa, sous-secrétaire générale des Nations unies et directrice du Bureau régional du PNUD pour l'Afrique. Pour elle, le poids géopolitique du continent dépendra avant tout de la solidité de ses économies plutôt que de son alignement avec les grandes puissances.


L'objectif affiché consiste à bâtir une Afrique capable de défendre ses intérêts grâce à sa propre puissance économique.


Accélérer l'intégration économique africaine


Les échanges ont largement mis en avant l'urgence d'accélérer la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), considérée comme l'un des principaux leviers de croissance du continent.


Les experts estiment qu'il devient indispensable de réduire les obstacles au commerce intra-africain, de renforcer les infrastructures de transport, d'améliorer la circulation des marchandises et de développer des chaînes de valeur régionales capables de créer davantage d'emplois.


La transformation locale des matières premières figure également parmi les priorités.


Aujourd'hui encore, une grande partie des ressources naturelles africaines est exportée à l'état brut avant d'être réimportée sous forme de produits finis, réduisant considérablement les retombées économiques pour les pays producteurs.


Pour la BAD et ses partenaires, cette dépendance doit progressivement laisser place à une industrialisation plus ambitieuse permettant de conserver davantage de valeur ajoutée sur le continent.


Mieux coordonner les politiques économiques


L'un des principaux enseignements de cette édition 2026 concerne également la nécessité de mieux coordonner les politiques publiques.


Les organisateurs estiment que les questions liées au commerce, à la dette publique, à la fiscalité, aux investissements, au climat ou encore au financement du développement ne peuvent plus être traitées séparément.


L'OCDE plaide ainsi pour des administrations davantage connectées, capables de partager leurs données économiques et d'évaluer plus efficacement les conséquences de chaque décision publique sur les autres secteurs.


Selon Ida McDonnell, conseillère principale de l'OCDE, les gouvernements africains doivent adapter leurs outils d'analyse à un environnement économique mondial devenu beaucoup plus complexe et interdépendant.


Cette approche devrait permettre d'éviter que certaines politiques publiques freinent involontairement les effets positifs d'autres réformes engagées au niveau national.


Le Réseau africain des économistes en chef officiellement lancé


L'annonce majeure de la conférence reste néanmoins la création du Réseau africain des économistes en chef (ACE Network).


Cette nouvelle plateforme réunira des économistes en chef des gouvernements africains, des banques centrales, des communautés économiques régionales, des institutions financières internationales, des universités, des centres de recherche et du secteur privé.


L'objectif est de produire davantage d'analyses économiques conçues en Afrique, de partager les données entre institutions et de favoriser des réponses communes face aux futures crises économiques.


Le réseau prévoit notamment une réunion annuelle, des rencontres virtuelles trimestrielles ainsi que des mécanismes de réaction rapide en cas de choc économique majeur.


Pour la BAD, cette plateforme doit permettre au continent de renforcer progressivement sa souveraineté intellectuelle en matière de politiques économiques, tout en améliorant la qualité des décisions publiques.


Quel impact pour le Cameroun et la CEMAC ?


Au-delà des déclarations d'intention, le lancement de l'ACE Network pourrait représenter une opportunité stratégique pour les pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Déjà dotée d'une banque centrale commune, d'un mécanisme de surveillance multilatérale et d'instances de concertation économique, la sous-région pourrait utiliser cette nouvelle plateforme pour améliorer la coordination de ses politiques macroéconomiques.


La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), qui pilote la politique monétaire des six pays membres, dispose déjà d'une importante production statistique et d'analyses économiques. L'intégration au nouveau réseau africain permettrait de confronter ces travaux aux expériences d'autres banques centrales africaines confrontées à des défis similaires.


Pour les États de la CEMAC, les enjeux restent nombreux : forte dépendance aux matières premières, faible diversification économique, commerce intracommunautaire encore limité, difficultés de financement des infrastructures et vulnérabilité aux chocs extérieurs.


Dans ce contexte, un partage plus rapide des données économiques et des bonnes pratiques pourrait contribuer à renforcer la qualité des décisions publiques.


Le Cameroun pourrait tirer plusieurs avantages


Première économie de la CEMAC, le Cameroun pourrait également bénéficier des travaux du nouveau réseau.


Les administrations camerounaises auraient notamment accès à des analyses comparatives sur plusieurs dossiers majeurs : mobilisation des recettes fiscales, financement des infrastructures, gestion de la dette publique, politique industrielle, développement des marchés financiers ou encore soutien aux petites et moyennes entreprises.


Le pays pourrait également mieux défendre ses priorités dans les grandes négociations continentales, notamment sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les financements climatiques, la réforme des banques multilatérales de développement ou encore la réduction du coût du financement des projets africains.


Pour Yaoundé, cette plateforme pourrait devenir un véritable outil d'aide à la décision si les recommandations produites débouchent sur des mesures concrètes adaptées aux réalités nationales.


Vers une souveraineté intellectuelle africaine


L'un des messages forts de cette conférence est la volonté de réduire la dépendance de l'Afrique vis-à-vis des analyses économiques produites à l'extérieur du continent.


Pour Kevin Chika Urama, économiste en chef de la BAD, l'Afrique doit désormais produire ses propres modèles économiques, renforcer ses capacités de recherche et développer des outils statistiques capables d'éclairer les décisions publiques.


Cette ambition passe par des investissements dans les universités, les centres de recherche, les instituts statistiques et les infrastructures numériques destinées à améliorer la collecte et le partage des données économiques.


Le PNUD partage cette vision. Son économiste en chef pour l'Afrique, Raymond Gilpin, voit dans l'ACE Network une communauté d'experts capable de proposer des solutions africaines aux défis africains, tout en accompagnant la réalisation des Objectifs de développement durable et de l'Agenda 2063 de l'Union africaine.


Une crédibilité qui reste à démontrer


Malgré l'enthousiasme suscité par son lancement, le nouveau réseau devra rapidement convaincre de son efficacité.


Plusieurs plateformes africaines ont déjà produit d'importants rapports sans que leurs recommandations ne soient réellement appliquées par les gouvernements.


L'ACE Network sera donc attendu sur des résultats concrets : publication régulière d'études, diffusion de données fiables, formulation de recommandations opérationnelles et capacité à influencer les politiques économiques nationales et régionales.


Pour la CEMAC, trois critères permettront d'évaluer la pertinence de cette initiative : la participation effective des experts d'Afrique centrale, la prise en compte des spécificités économiques de la sous-région et l'intégration des analyses produites dans les décisions des États membres.


Transformer les ambitions en résultats


Les responsables de la BAD reconnaissent eux-mêmes que le véritable défi commence maintenant.


Représentant le président du Groupe de la BAD, la vice-présidente principale Marie-Laure Akin-Olugbade a estimé que les travaux d'Abidjan avaient permis de jeter les bases de nouveaux partenariats capables de renforcer la résilience commerciale et la capacité d'action géopolitique du continent.


Reste désormais à traduire ces orientations en politiques publiques mesurables.


Le communiqué final insiste sur le développement des chaînes de valeur régionales, l'amélioration du commerce intra-africain, le financement des entreprises, la qualité des politiques publiques et le partage des données économiques. En revanche, aucun calendrier précis ni engagement financier détaillé n'ont encore été annoncés.


Les prochaines années permettront donc de mesurer si cette conférence marque un véritable tournant ou si elle rejoint la longue liste des grandes déclarations sans lendemain.


Une Afrique appelée à devenir une puissance économique


La Conférence économique africaine 2026 aura néanmoins envoyé un signal fort aux décideurs du continent. Face aux tensions géopolitiques, aux crises financières et aux mutations du commerce mondial, les institutions africaines estiment que le temps est venu de dépasser la simple gestion des urgences.


L'ambition affichée consiste désormais à bâtir une Afrique capable de produire davantage, de transformer localement ses richesses, de financer son développement, d'améliorer la coordination de ses politiques économiques et de défendre plus efficacement ses intérêts sur la scène internationale.


Pour le Cameroun comme pour l'ensemble des pays de la CEMAC, le succès de cette stratégie dépendra moins des annonces que de la capacité des gouvernements à transformer les recommandations des experts en réformes concrètes, au service de la croissance, de l'emploi et de la compétitivité du continent.




Africa: AfDB launches strategic network to strengthen the continent's economic power, with Cameroon and CEMAC set to benefit


Africa has taken another step toward strengthening its economic sovereignty. At the close of the 2026 African Economic Conference (AEC), the African Development Bank (AfDB), the United Nations Development Programme (UNDP) and the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) jointly urged African countries to transform their resilience into lasting economic strength.


Held from July 10 to 12 at the AfDB headquarters in Abidjan under the theme "Strengthening Africa's Geopolitical Agency and Commercial Resilience in a Multipolar World," the conference brought together economists, policymakers, academics and development partners to discuss the continent's response to growing global uncertainty.


Participants agreed that Africa must move beyond merely absorbing external shocks and instead build stronger productive capacities, expand intra-African trade, increase local industrial transformation and improve public policy coordination.


Turning resilience into economic power


According to UNDP Chief Economist for Africa Raymond Gilpin, global economic disruptions will continue to test African institutions and economies. However, he stressed that the continent's greatest asset remains the resilience of its people.


That resilience, he argued, should now become the foundation for stronger industrial production, greater competitiveness and sustainable economic growth.


UN Assistant Secretary-General and UNDP Regional Director for Africa Ahunna Eziakonwa emphasized that Africa's geopolitical influence will increasingly depend on the strength of its own economies rather than on alignment with major global powers.


Her message was clear: Africa's future leverage lies in building robust domestic economic capacity.


Accelerating regional integration


One of the conference's strongest recommendations focused on accelerating the implementation of the African Continental Free Trade Area (AfCFTA).


Experts highlighted the need to remove barriers to intra-African trade, strengthen transport and logistics infrastructure, facilitate regional value chains and improve access to finance for African businesses.


They also stressed the importance of processing more raw materials locally instead of exporting unprocessed commodities and importing finished products at higher costs.


According to the AfDB, greater industrialization will allow African countries to capture more value from their natural resources while creating jobs and reducing external dependence.


Breaking down policy silos


Conference participants also called for stronger coordination among public institutions.


Trade, debt management, fiscal policy, investment, climate action and development financing have become increasingly interconnected, making isolated policy approaches less effective.


OECD Senior Counsellor Ida McDonnell argued that African governments must modernize their analytical frameworks and improve cooperation across ministries to ensure more coherent policymaking.


Better use of economic data and stronger institutional coordination would help governments maximize the impact of reforms.


Launch of the African Chief Economists Network


The major institutional outcome of the conference was the launch of the African Chief Economists Network (ACE Network).


The platform will bring together chief economists from governments, central banks, regional economic communities, development finance institutions, universities, think tanks and the private sector.


Its objective is to strengthen African-led economic research, facilitate data sharing and improve coordinated responses to future economic shocks.


The Network plans annual meetings, quarterly virtual discussions and rapid-response sessions whenever major crises emerge.


For the AfDB, the initiative represents an important step toward strengthening Africa's intellectual sovereignty in economic policymaking.


A strategic opportunity for Cameroon and CEMAC


For the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC), the new platform could reinforce existing regional coordination mechanisms.


CEMAC already benefits from a common central bank, multilateral surveillance systems and regional consultation frameworks.


Participation in the ACE Network would allow institutions such as the Bank of Central African States (BEAC) to exchange expertise with other African central banks and improve policy coordination on monetary stability, financial markets, debt management and macroeconomic forecasting.


Cameroon, the largest economy in CEMAC, could particularly benefit from comparative research on public finance, industrial policy, infrastructure financing, domestic revenue mobilization and economic diversification.


The Network may also strengthen the country's voice in continental discussions on AfCFTA implementation, climate finance, development banking reform and private investment.


Reducing Africa's intellectual dependence


AfDB Chief Economist Kevin Chika Urama stressed that Africa must increasingly produce its own economic models, policy analysis and development solutions instead of relying predominantly on external expertise.


Achieving this goal will require stronger investments in universities, research institutions, national statistical systems and digital data infrastructure.


UNDP and the United Nations Economic Commission for Africa (UNECA) share the same vision, arguing that stronger African expertise is essential to achieving both the Sustainable Development Goals and the African Union's Agenda 2063.


Success will depend on implementation


Despite widespread optimism, conference organizers acknowledged that the Network's credibility will ultimately depend on tangible results.


Its effectiveness will be measured by the quality of its research, the regularity of its publications, the relevance of its policy recommendations and, above all, its influence on public decision-making across the continent.


For Cameroon and CEMAC, success will largely depend on active participation by regional experts and the practical integration of the Network's recommendations into national and regional economic policies.


Looking ahead


The 2026 African Economic Conference concluded with a strong message: Africa must transform resilience into productive capacity, industrial competitiveness and economic sovereignty.


While the conference produced ambitious recommendations on regional integration, industrial development, data-driven policymaking and investment, their real impact will depend on implementation.


If translated into concrete reforms, the initiatives launched in Abidjan could strengthen Africa's position in the global economy and help build a more integrated, competitive and economically independent continent.



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Didier Cebas K.

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