Alors que le secteur bananier camerounais affiche une embellie globale, la Cameroon Development Corporation (CDC), fleuron de l’agro-industrie publique, encaisse un nouveau coup dur. En mai 2026, ses ventes à l’international ont dégringolé à 3 085 tonnes, son plus bas niveau de l’année, plombées par les séquelles de la crise anglophone.
Dans le ballet des chiffres publiés par l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), la mélodie n’est pas la même pour tous. Si les filiales du groupe français Compagnie fruitière tirent le marché vers le haut, la CDC, elle, piétine. Avec des exportations qui ont reculé de 12% par rapport au mois d’avril, l’entreprise publique donne des sueurs froides à ses observateurs. La tendance s’inscrit dans une glissade continue depuis le début de l’année 2026, où elle culminait pourtant à 4 231 tonnes en janvier.
Une saison sèche qui n’explique pas tout
Certes, le mois de mai correspond à la fin de la saison sèche, période traditionnellement propice à la baisse des rendements agricoles. Mais cet argument conjoncturel ne saurait masquer les failles structurelles d’un mastodonte qui peine à panser ses plaies. La véritable raison de cette « baisse de régime » est bien plus profonde et bien plus politique.
Le fantôme de la crise anglophone
Depuis fin 2016, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proie à une crise socio-politique aiguë, ont transformé les plantations de la CDC en champs de bataille. L’entreprise, deuxième employeur du pays après l’État, paie un lourd tribut à cette instabilité. Les violences, les barricades et les « lockdowns » ont paralysé des sites stratégiques dans le Sud-Ouest, où se concentrent une grande partie de ses bananeraies, hévéas et palmiers à huile.
Le rapport de l’année 2025 est édifiant : 14 349 hectares de plantations matures sont restés inexploités. Soit plus de 51% de ses plantations d’hévéas et 36% de ses palmeraies à l’arrêt, faute d’intrants et surtout à cause de l’insécurité ambiante . L’assassinat de cadres de l’entreprise sur le terrain, comme à Ekona ou Sonne/Likomba, témoigne d’un environnement de travail devenu hautement risqué.
Un avenir incertain pour le deuxième employeur du Cameroun
Les chiffres de mai 2026 ne sont pas un accident de parcours, mais le symptôme d’une lente asphyxie. Alors que les concurrents français (PHP et CDBM) ont vu leurs exportations bondir de près de 20% sur les cinq premiers mois de l’année, la CDC n’affiche qu’une hausse timide de 7,2% sur la période, bien insuffisante pour rattraper le retard accumulé.
Le géant public, qui pèse 24,9 milliards de FCFA de chiffre d’affaires et dont les actifs sont évalués à 102,8 milliards, voit ses parts de marché fondre comme neige au soleil. Si la violence continue de s’intensifier autour des plantations, les experts de l’ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project) alertent sur un risque de cessation pure et simple des opérations dans les zones les plus dangereuses.
La CDC est à la croisée des chemins. Entre l’impératif de production et l’urgence sécuritaire, l’État du Cameroun, actionnaire à 100%, devra trouver des solutions radicales pour sauver ce qui peut encore l’être, avant que le navire ne preuve trop d’eau.
CDC in Freefall: Banana Exports Plunge to 3,085 Tons as State Giant Wavers
CDC banana exports plummet to 3,085 tons in May 2026. The Anglophone crisis and insecurity cripple the state-owned giant. Discover the impact on Cameroon's economy.
While Cameroon’s banana sector shows an overall upturn, the Cameroon Development Corporation (CDC), a flagship of public agro-industry, is suffering another severe setback. In May 2026, its international sales fell to 3,085 tons, its lowest level of the year, weighed down by the lingering effects of the Anglophone crisis.
According to data compiled by the Cameroon Banana Association (Assobacam), the state-owned enterprise recorded a 12% drop in exports compared to April, to 3,085 tons. This downward trend has been continuous since January 2026, when exports peaked at 4,231 tons.
Seasonal dry spell doesn’t explain everything
While May marks the end of the dry season—typically a period of lower agricultural yields—this seasonal factor cannot mask the structural weaknesses of a giant struggling to recover. The real reason for this slump is much deeper and more political.
The specter of the Anglophone crisis
Since late 2016, the Northwest and Southwest regions, gripped by an acute socio-political crisis, have turned CDC plantations into battlefields. The company, the country’s second-largest employer after the state, is paying a heavy price for this instability. Violence, roadblocks, and lockdowns have paralyzed strategic sites in the Southwest, where much of its banana, rubber, and oil palm plantations are located.
The 2025 annual report is damning: 14,349 hectares of mature plantations remained unexploited. This represents over 51% of its rubber plantations and 36% of its oil palm estates lying idle, due to lack of inputs and, above all, widespread insecurity . The killing of company field staff in areas like Ekona and Sonne/Likomba highlights an increasingly hazardous working environment.
An uncertain future for Cameroon’s second-largest employer
The May 2026 figures are not an accident but a symptom of slow asphyxiation. While French competitors (PHP and CDBM) saw their exports surge by nearly 20% over the first five months of the year, CDC only posted a modest 7.2% increase over the period—far from enough to catch up.
The public giant, which generates CFA24.9 billion in revenue and holds CFA102.8 billion in assets, is seeing its market share melt away
. If violence continues to escalate around the plantations, experts at ACLED warn of a risk of complete cessation of operations in the most dangerous areas.
CDC stands at a crossroads. Between production imperatives and security urgencies, the Cameroonian state, as sole shareholder, must find radical solutions to salvage what remains before the ship takes on too much water.
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Silognhia Edwige