Routes en miettes et aéroports en sursis : le Cameroun face à un gouffre financier de plus de 100 milliards FCFA
Yaoundé, le 1er juillet 2026 – Pendant que les ministres vantent les grands chantiers, la réalité du terrain raconte une autre histoire : celle d’un réseau routier qui s’effondre et d’infrastructures aéroportuaires qui coûtent trop cher pour le trafic qu’elles génèrent. Au Cameroun, l’entretien des transports n’est plus un simple problème technique, c’est un véritable casse-tête budgétaire qui menace la compétitivité nationale et l’unité territoriale.
Un trou de plus de 100 milliards FCFA pour l’entretien des routes
Lors de sa présentation au Sénat, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, n’a pas mâché ses mots. Les ressources mobilisées par le Fonds routier pour 2026 s’élèvent à 47,784 milliards de FCFA. Cette somme ne couvre que 31,7 % des besoins réels estimés à environ 150 milliards de FCFA par an. Résultat : un gap abyssal de plus de 100 milliards de FCFA.
Le réseau national compte 121 873 km de routes, dont seulement 10 939,92 km bitumées au 31 décembre 2025 – soit moins de 9 % du linéaire total. Plus de 110 000 km restent en terre, ultra-vulnérables aux pluies, à l’érosion et aux coupures saisonnières. Le ministre lui-même reconnaît que « les routes en terre connaissent de fréquentes dégradations en raison de la nature du revêtement de la chaussée, qui ne résiste pas aux pluies ».
Pour 2026, le Programme annuel d’entretien routier prévoit 263 projets couvrant 5 215,41 km de routes et 2 620,89 mètres d’ouvrages d’art. Un effort louable, mais largement insuffisant face à l’immensité du besoin. Les priorités vont naturellement aux axes structurants – corridors économiques et bassins de production – laissant les routes régionales et communales, majoritairement en terre, tirer tout le réseau « vers le bas », comme l’admet le ministre.
La décentralisation complique encore la donne : 8 milliards FCFA transférés aux régions et 41 milliards aux communes pour entretenir 3 683 km. Trop peu pour des collectivités souvent démunies en moyens techniques et financiers.
Face à cette situation, le ministère a lancé en avril 2026 une étude pour une stratégie nationale d’entretien plus préventive. Car aujourd’hui, on soigne surtout après coup, et cela coûte plus cher.
Garoua et Maroua : faut-il sacrifier le statut international ?
Parallèlement, le dossier des aéroports du Grand Nord refait surface à l’approche de l’audit de supervision de la sécurité aérienne de l’OACI (26 novembre – 9 décembre 2026). Selon des sources concordantes, le processus de certification des aéroports de Garoua et Maroua n’a toujours pas été engagé.
L’OACI ne recommande ni fermeture ni retrait du statut international, insiste une source au sein de l’organisation. Son rôle est d’accompagner les États vers la conformité. Mais la réalité économique est implacable : réhabiliter uniquement la piste de Garoua coûterait environ 21 milliards de FCFA, selon des estimations d’Aéroports du Cameroun (ADC). À Maroua, les besoins sont encore plus larges (tour de contrôle, équipements ASECNA, sûreté, navigation…).
Ces investissements génèrent aussi des charges récurrentes élevées, alors que le trafic international régulier y reste très limité. L’activité est surtout domestique (Camair-Co) et occasionnelle (vols spéciaux). Faut-il mobiliser des dizaines de milliards pour des plateformes à vocation principalement nationale ?
Un arbitrage douloureux entre économie et aménagement du territoire
Maintenir le statut international répond à des impératifs de désenclavement, de connectivité et d’équilibre régional dans le Nord et l’Extrême-Nord. Mais des voix au sein du secteur plaident pour une redéfinition réaliste : conserver des aéroports domestiques performants sans supporter le coût complet des normes internationales.
Aucune décision de déclassement n’a été officialisée. Pourtant, l’absence de certification engagée et les contraintes budgétaires placent le gouvernement devant un choix clair : investir massivement ou réorienter les ressources vers Douala et Yaoundé-Nsimalen, tout en assurant une desserte aérienne fiable vers le septentrion.
L’enjeu dépasse les infrastructures
Routes impraticables qui renchérissent le coût du transport, augmentent les pertes post-récoltes et isolent les bassins de production ; aéroports dont le statut coûteux interroge la soutenabilité : le Cameroun paie aujourd’hui le prix d’années de sous-investissement dans l’entretien courant.
Tant que l’entretien restera financé à moins d’un tiers des besoins, la dégradation continuera de peser lourdement sur l’activité économique, la mobilité des citoyens et l’image du pays. L’étude lancée par le MINTP et les préparatifs de l’audit OACI doivent marquer un tournant : passer d’une logique curative et dispersée à une approche préventive, rationnelle et financièrement viable.
Le Cameroun n’a plus le luxe de reporter ces arbitrages. L’avenir de ses transports – donc de son économie – en dépend.
Cameroon's Crumbling Roads and Airports in Limbo: Facing a Financial Abyss of Over 100 Billion FCFA
Yaoundé, July 1, 2026 – While ministers highlight major projects, the ground reality tells a different story: a collapsing road network and airport infrastructure that costs far more than the traffic it generates. In Cameroon, transport maintenance is no longer just a technical issue – it is a massive budgetary headache threatening national competitiveness and territorial unity.
Over 100 Billion FCFA Shortfall for Road Maintenance
Presenting to the Senate, Public Works Minister Emmanuel Nganou Djoumessi was blunt. The Road Fund resources for 2026 amount to 47.784 billion FCFA, covering only 31.7% of actual needs estimated at around 150 billion FCFA annually. The gap exceeds 100 billion FCFA.
Cameroon's road network spans 121,873 km, with only 10,939.92 km paved as of December 31, 2025 – less than 9% of the total. Over 110,000 km remain unpaved and highly vulnerable to rains, erosion, and seasonal disruptions. The minister himself acknowledged that unpaved roads frequently degrade due to their surface type.
The 2026 annual road maintenance program plans 263 projects covering 5,215.41 km of roads. Ambitious yet limited given the scale. Priorities focus on strategic axes, leaving regional and communal roads – mostly unpaved – to pull the entire network "downward."
Decentralization adds complexity, with 8 billion FCFA to regions and 41 billion to communes for just 3,683 km. In April 2026, the ministry launched a study for a national preventive maintenance strategy.
Garoua and Maroua: Should International Status Be Sacrificed?
As the ICAO safety oversight audit approaches (November 26 – December 9, 2026), the future of northern airports is under scrutiny. The certification process for Garoua and Maroua international airports has not yet started.
The ICAO has not recommended closure or withdrawal of international status. However, economics are harsh: rehabilitating Garoua’s runway alone would cost about 21 billion FCFA. Maroua requires even broader upgrades. With mainly domestic traffic and limited regular international flights, the return on such public investment is questionable.
A Painful Trade-off Between Economy and Territorial Planning
Maintaining international status addresses connectivity and regional balance in the North and Far North. Yet some sector voices advocate a more realistic redefinition: efficient domestic airports without full international compliance costs.
No official declassification decision has been announced, but the lack of certification and high costs force a clear choice: massive investment or resource reallocation toward Douala and Yaoundé-Nsimalen while ensuring reliable air links to the north.
The Stakes Go Beyond Infrastructure
Impassable roads inflate transport costs, increase post-harvest losses, and isolate production areas. Expensive airport statuses raise sustainability questions. Cameroon is paying for years of underinvestment in routine maintenance.
Until maintenance is funded at more than one-third of needs, degradation will continue to burden the economy and citizens’ mobility. The launched study and ICAO preparations must trigger a shift toward preventive, rational, and financially sustainable management.
Cameroon can no longer postpone these decisions. The future of its transport – and economy – depends on them.
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Silognhia Edwige