Cacao à 2250 FCFA/kg au Cameroun : la fin de campagne 2025-2026 fait briller les prix, mais le secteur vacille

Cacao à 2250 FCFA/kg au Cameroun : la fin de campagne 2025-2026 fait briller les prix, mais le secteur vacille

À deux semaines de la clôture de la campagne cacaoyère, le kilogramme de fèves atteint 2100-2250 FCFA, un record cette saison. Mais loin des 6000 FCFA d’il y a deux ans, la CDC et PAMOL peinent avec des milliers d’hectares inexploités et des pertes persistantes. Zoom sur l’agriculture camerounaise entre embellie des prix et crise structurelle.

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Cacao à 2250 FCFA/kg : une embellie de fin de campagne qui masque les fractures profondes de l’agriculture camerounaise


Yaoundé, 1er juillet 2026 – À deux semaines seulement de la clôture officielle de la campagne cacaoyère 2025-2026, prévue le 15 juillet, les bassins de production camerounais vibrent au rythme d’une hausse spectaculaire des prix. Selon les données du Système d’information des filières (SIF) piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC), le kilogramme de fèves se négociait ce 30 juin entre 2100 et 2250 FCFA. Un niveau record pour cette saison, franchi après avoir dépassé les 2000 FCFA le 22 juin dernier.


Cette remontée tardive constitue une bouffée d’oxygène pour les producteurs, après une campagne largement en deçà des attentes. Pourtant, elle reste très éloignée des sommets historiques : 5400 FCFA en 2024-2025 et jusqu’à 6000 FCFA en 2023-2024 dans certains bassins. Au lancement de la saison à Mbankomo le 7 août 2025, les autorités tablaient sur une fourchette entre 3200 et 5400 FCFA/kg. La réalité du marché international en a décidé autrement.


Le retournement du marché mondial explique en grande partie cette contre-performance. Après les tensions sur l’offre qui avaient propulsé les cours à des niveaux inédits, un excédent mondial s’est installé, accompagné d’un ralentissement de la demande industrielle. Résultat : la pression haussière s’est nettement atténuée.


CDC et PAMOL : des géants aux pieds d’argile


Pendant que les prix du cacao flambent en fin de parcours, deux piliers de l’agro-industrie camerounaise affichent des bilans préoccupants. La Cameroon Development Corporation (CDC), deuxième employeur du pays après l’État, n’a pas pu exploiter 14 349 hectares de plantations matures de palmier à huile et d’hévéa en 2025.


Dans le détail : 9 423 hectares d’hévéa (51 % des superficies matures) et 4 926 hectares de palmier à huile (36 %) sont restés à l’arrêt. Une situation qui pèse lourdement sur les objectifs de production. L’insécurité persistante dans le Sud-Ouest et le Littoral, les incidents graves (assassinats d’agents à Ekona, Mungo, Sonne/Likomba), les confinements et la réduction des intrants (baisse de 12 % des dépenses) expliquent cette sous-exploitation chronique.


De son côté, PAMOL Plantations PLC a réduit sa perte nette à 519,5 millions de FCFA en 2025, contre 3,85 milliards un an plus tôt. Une amélioration essentiellement portée par des produits exceptionnels de restructuration (3,19 milliards FCFA). Car sur le plan opérationnel, le cœur de métier reste déficitaire : résultat des activités ordinaires à -3,69 milliards FCFA, valeur ajoutée négative et charges de personnel qui absorbent près de 70 % du chiffre d’affaires (2,54 milliards FCFA).


L’espoir vient de la durabilité


Face à ces défis structurels, les initiatives de certification durable gagnent du terrain. Depuis 2020, Rainforest Alliance a injecté 15,5 millions de dollars (environ 8,9 milliards FCFA) dans les bassins du Dja, des Hautes Terres de l’Ouest et du Grand Mbam, touchant près de 120 000 personnes sur un million d’hectares.


Dans le Grand Mbam, vitrine nationale du cacao durable, plus de 5,2 millions de dollars ont permis d’accompagner 65 000 producteurs et 25 coopératives. Au Dja, plus de 95 000 kg de cacao ont été commercialisés en 2025 pour 238,5 millions FCFA, avec primes aux producteurs et densification des parcelles. Ces efforts répondent directement aux exigences du Règlement européen sur la déforestation (RDUE), devenu un véritable sésame pour accéder aux marchés européens.


Comme le souligne William Malla, directeur pays de Rainforest Alliance au Cameroun : « Les résultats ne se mesurent pas seulement en hectares restaurés ou en arbres plantés, mais par des terres plus productives et des communautés qui reprennent en main leur avenir ».


La fin de campagne 2025-2026 laisse un goût contrasté. Les producteurs profitent enfin d’une embellie des prix, mais l’agriculture camerounaise reste confrontée à des maux profonds : insécurité, sous-exploitation des terres, charges lourdes et dépendance aux soutiens publics. Entre flambée ponctuelle des cours et transformation structurelle, le chemin vers une filière résiliente et compétitive est encore long. Le temps presse.




Cocoa at 2,250 FCFA/kg in Cameroon: End-of-season surge masks deep structural fractures in agriculture


Yaoundé, July 1, 2026 – Just two weeks before the official close of the 2025-2026 cocoa campaign on July 15, production basins across Cameroon are seeing record prices. According to data from the Sector Information System (SIF) managed by the National Cocoa and Coffee Board (ONCC), cocoa beans were trading at 2,100 to 2,250 FCFA per kg on June 30.


This late surge provides welcome relief for farmers after a season that largely fell short of expectations. However, it remains far from previous peaks of 5,400 FCFA in 2024-2025 and up to 6,000 FCFA in 2023-2024. At the season launch in Mbankomo on August 7, 2025, authorities had projected prices between 3,200 and 5,400 FCFA/kg.


The global market reversal is largely to blame: after supply shortages drove historic highs, a world surplus has emerged alongside softening industrial demand.


CDC and PAMOL: giants on clay feet


While cocoa prices shine at season’s end, two major agro-industrial players are struggling. The Cameroon Development Corporation (CDC) left 14,349 hectares of mature oil palm and rubber plantations unexploited in 2025 — including 51% of mature rubber (9,423 ha) and 36% of mature oil palm (4,926 ha).


Persistent insecurity in the Southwest and Littoral regions, targeted killings of field staff, lockdowns, and a 12% drop in agricultural input spending explain this massive underperformance.


PAMOL Plantations PLC narrowed its net loss to 519.5 million FCFA in 2025 from 3.85 billion the previous year. However, this improvement stems mainly from exceptional restructuring gains. Core operations remain deeply loss-making, with ordinary activities showing a 3.69 billion FCFA deficit and personnel costs consuming nearly 70% of the 2.54 billion FCFA turnover.


Hope lies in sustainability


Certification and sustainability programs offer a brighter path. Since 2020, Rainforest Alliance has invested $15.5 million (approx. 8.9 billion FCFA) across the Dja, Western Highlands, and Grand Mbam basins, reaching about 120,000 people.


In Grand Mbam, over $5.2 million supported 65,000 cocoa farmers and 25 cooperatives. In Dja, more than 95,000 kg of cocoa were sold in 2025, generating 238.5 million FCFA and premiums for producers. These efforts directly address the EU Deforestation Regulation (EUDR) requirements.


“The results go beyond restored hectares or planted trees — they mean more productive land and communities taking control of their landscapes,” says William Malla, Rainforest Alliance Cameroon Country Director.


The 2025-2026 cocoa season ends on a mixed note. While farmers enjoy better prices, Cameroon’s agriculture continues to grapple with insecurity, underutilized land, heavy costs, and public support dependency. Turning seasonal price surges into lasting structural resilience remains the real challenge.


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Didier Cebas K.

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