« C’est vous qui payez ! » : L’Afrique du Sud met ses voisins devant le fait accompli et réclame la facture des expulsions

« C’est vous qui payez ! » : L’Afrique du Sud met ses voisins devant le fait accompli et réclame la facture des expulsions

L’Afrique du Sud exige que les pays d’origine des migrants clandestins remboursent les frais d’expulsion. Avec 189 000 expulsions en cinq ans et une vague de xénophobie, Pretoria durcit sa loi sur l’emploi des étrangers. Découvrez les nouveaux quotas et amendes records.

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C’est un tournant diplomatique et sécuritaire que vient d’actionner Pretoria. La première économie du continent ne veut plus payer seule la note salée de l’immigration clandestine. Désormais, chaque pays concerné devra sortir le chéquier.


« À l’avenir, nous facturerons aux pays les frais liés à l’expulsion de leurs ressortissants ou à leur placement en détention provisoire. » La déclaration est tombée comme un couperet sur les ondes de la radio publique SABC. Celui qui parle, c’est Chrispin Phiri, porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères. Pas de doute, l’heure est à la fermeté.


Des chiffres qui donnent le vertige


Car les chiffres parlent d’eux-mêmes. En cinq ans, l’Afrique du Sud a expulsé 189 000 migrants clandestins venus d’autres pays africains. Et ce n’est pas tout : près de 400 000 personnes ont été interceptées aux frontières. Des opérations lourdes, coûteuses, financées jusqu’ici sur fonds propres par l’État sud-africain. Une facture que Pretoria estime aujourd’hui « considérable ».


Et pour mettre la pression, Phiri n’a pas mâché ses mots : le Ghana, le Mozambique et le Malawi, actuellement en plein rapatriement de leurs ressortissants, ont « la capacité de payer ». Autrement dit : fini la solidarité à sens unique.


Printemps de colère : quand la rue s’en mêle


Ce durcissement ne tombe pas du ciel. Au printemps dernier, l’Afrique du Sud a été secouée par une vague de manifestations anti-étrangers. Des mouvements radicaux réclamaient l’expulsion massive des migrants, accusés de voler boulots et aides sociales. Résultat : plusieurs pays africains ont préféré évacuer leurs ressortissants par précaution.


Le Ghana a ouvert la voie en rapatriant plus de 660 personnes. Le Malawi et le Mozambique ont suivi. Dès mercredi prochain, ce sera au tour du Nigeria de lancer ses vols de rapatriement, à sa charge. Une hémorragie humaine et diplomatique.


L’économie tourne, mais les tensions montent


Paradoxe : l’économie sud-africaine affiche une santé meilleure que prévu. Selon l’Office statistique national, le PIB a progressé de 0,5 % au premier trimestre (contre 0,3 % attendu), porté par l’agriculture (+3,9 %), la finance (+0,9 %) et le commerce (+0,7 %). Sur un an, la hausse atteint 1,9 %.


Mais derrière ces chiffres flatteurs, l’industrie manufacturière recule (-0,8 %) et les investissements chutent (-1,1 %). Dans ce contexte, la main-d’œuvre étrangère devient un bouc émissaire idéal.


La loi du plus fort : quotas et amendes records


Pour calmer la rue sans casser la croissance, Pretoria sort l’artillerie juridique. Le gouvernement a publié au Journal officiel des amendements au code du travail qui instaurent des quotas d’emploi pour les étrangers. Les ministres pourront désormais limiter l’embauche de non-Sud-Africains secteur par secteur, métier par métier.


Les employeurs voulant recruter un étranger devront prouver qu’aucun citoyen sud-africain ou résident permanent n’a les compétences requises. Et attention à la note : tout dépassement de quota expose à des amendes pouvant atteindre un million de rands (environ 53 000 euros) ou 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise.
Plus de trois millions d’étrangers, une poudrière sociale


Aujourd’hui, l’Afrique du Sud accueille officiellement plus de trois millions d’étrangers, majoritairement africains. Une partie vit en situation irrégulière. Et avec le chômage chronique, la frustration populaire est un carburant politique explosif.


En exigeant le remboursement des expulsions, Pretoria ne cherche pas seulement à équilibrer ses comptes. Elle envoie un message clair à ses voisins : la solidarité continentale a des limites, et l’immigration a un prix.


Reste à savoir comment réagiront les pays concernés, déjà sous pression économique. Mais une chose est sûre : le débat migratoire, en Afrique australe, entre dans une phase bien plus dure.




“You Will Pay”: South Africa Demands Expulsion Costs from Neighboring Countries


South Africa has officially announced that it will bill other countries for the costs of deporting their undocumented nationals. “Going forward, we will charge countries for the expenses related to the deportation or remand detention of their citizens,” said Chrispin Phiri, spokesperson for South Africa’s Foreign Affairs ministry, on public broadcaster SABC.


Over the past five years, South Africa deported 189,000 undocumented migrants and intercepted 400,000 people at its borders. These operations have placed a heavy financial burden on the state budget.


The decision follows widespread anti-migrant protests last spring, led by movements demanding mass expulsions. In response, Ghana repatriated over 660 citizens, while Malawi and Mozambique launched similar operations. Nigeria will begin air repatriations next Wednesday, all funded by their own governments.


Meanwhile, South Africa’s economy grew 0.5% year-on-year in Q1 2026, beating forecasts of 0.3%. The agricultural sector led with 3.9% growth. However, manufacturing declined by 0.8%, and investments fell by 1.1%.


To address migration pressures, the government has introduced employment quotas for foreign workers. Employers hiring non-South Africans must prove no citizen or permanent resident can fill the role. Fines for exceeding quotas reach one million rand (€53,000) or 10% of annual turnover.


With over three million foreign nationals currently in South Africa, many undocumented, Pretoria’s new stance signals a hardline shift in continental migration policy.


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Silognhia Edwige

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