Coup dur pour l’industrie au Cameroun : l’usine Cimencam de Figuil contrainte d’arrêter sa production à cause de la crise énergétique

Coup dur pour l’industrie au Cameroun : l’usine Cimencam de Figuil contrainte d’arrêter sa production à cause de la crise énergétique

À peine un an après son inauguration, l’usine Cimencam de Figuil suspend ses activités en raison des coupures d’électricité dans le Nord du Cameroun. Un signal inquiétant pour l’industrialisation du Grand Nord et les investissements de plusieurs milliards de FCFA.

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Travaux publics : la crise énergétique force l’usine Cimencam de Figuil à stopper temporairement sa production


Un an seulement après son inauguration officielle, l’usine Cimencam de Figuil (Cimfig), dans la région du Nord, se retrouve à l’arrêt. La filiale du groupe LafargeHolcim Maroc Afrique (LHMA) a annoncé la suspension temporaire de ses opérations en raison des restrictions d’alimentation électrique qui frappent le Réseau interconnecté Nord (RIN). Une situation qui met en lumière les fragilités énergétiques du Grand Nord et leurs conséquences directes sur l’industrialisation du Cameroun.


Une suspension imposée par la crise énergétique


Dans une correspondance adressée à ses clients le 2 juin 2026, la direction des ventes et du marketing de Cimfig indique avoir été informée par Socadel de l’existence d’une « crise énergétique majeure » affectant la région du Nord.


Selon l’entreprise, cette situation a conduit à des mesures d’effacement temporaire de son site industriel du Réseau interconnecté Nord, réduisant considérablement son accès à l’électricité.


« La société Socadel, après nous avoir notifié qu’une crise énergétique majeure traverse actuellement la région du Nord, a pris des mesures pour s’assurer de l’effacement temporaire de notre site de production du Réseau interconnecté Nord », précise la correspondance.


Face à cette contrainte, Cimfig annonce un arrêt temporaire non programmé de l’ensemble de ses activités, sans qu’une date de reprise ne soit encore connue.


Le Réseau interconnecté Nord sous forte pression


Cette interruption marque un tournant dans la crise électrique qui secoue les régions septentrionales du Cameroun. Jusqu’ici, les rationnements concernaient principalement les ménages et les petites activités économiques. Désormais, c’est un site industriel stratégique qui est directement touché.


Les difficultés actuelles trouvent leur origine dans le déficit de production de la centrale hydroélectrique de Lagdo, principal pilier énergétique du Nord du pays. La baisse du niveau d’eau disponible limite fortement la capacité de production de l’ouvrage.


Pourtant, les autorités techniques assurent que les quatre groupes de production de Lagdo sont opérationnels et que les inspections réalisées confirment la stabilité de l’infrastructure. Le problème est donc davantage lié à la disponibilité de la ressource hydrique qu’à l’état de la centrale elle-même.


Une dépendance persistante à l’hydroélectricité


Depuis plusieurs années, le Réseau interconnecté Nord évolue sous une pression croissante. La centrale de Lagdo, conçue comme principal fournisseur d’électricité de la zone, a atteint ses limites structurelles depuis 2015.


Même lorsque son réservoir est pleinement alimenté, elle ne parvient plus à couvrir seule les besoins d’un réseau dont la demande augmente rapidement.


Cette réalité oblige les gestionnaires du système électrique à procéder à des arbitrages difficiles entre les besoins des ménages, ceux des entreprises et la préservation de l’équilibre du réseau.


Dans ce contexte, des accords d’effacement ont été mis en place avec certains grands consommateurs industriels afin de réduire temporairement leur consommation électrique lors des périodes critiques.


Une demande qui progresse plus vite que les capacités disponibles


Le défi énergétique du Grand Nord est également alimenté par la forte croissance de la consommation.


Le Réseau interconnecté Nord dessert aujourd’hui près de 250 000 abonnés en basse et moyenne tension. Le nombre de clients ainsi que la demande électrique augmenteraient de 10 à 12 % par an, selon les données communiquées par les opérateurs du secteur.


Certes, la puissance installée du réseau a plus que doublé en une décennie, passant de 76 MW en 2015 à 172 MW en 2026. Cette progression a été rendue possible grâce à l’intégration de nouvelles centrales thermiques et solaires aux côtés de l’hydroélectricité.


Malgré ces investissements, le système demeure vulnérable dès que la production de Lagdo ralentit sous l’effet des conditions climatiques.


Un investissement de 50 milliards de FCFA fragilisé


L’arrêt de Cimfig intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le secteur industriel camerounais.


Inaugurée en 2025 à Figuil, l’usine devait jouer un rôle majeur dans l’approvisionnement des régions septentrionales en ciment et réduire les coûts logistiques liés à l’acheminement des matériaux de construction.


Porté par Cimencam, le projet représente un investissement estimé à 50 milliards de FCFA. L’unité industrielle a été conçue pour atteindre une capacité de 500 000 tonnes de ciment par an et une production quotidienne pouvant atteindre 1 000 tonnes de clinker.


Pour une industrie aussi énergivore que la cimenterie, la continuité de l’alimentation électrique est un facteur déterminant de compétitivité et de rentabilité.


Un signal d’alerte pour l’industrialisation du Grand Nord


Au-delà du cas particulier de Cimfig, cet épisode soulève une question stratégique pour le développement économique du Cameroun : celle de la sécurisation de l’énergie dans les bassins industriels émergents.


L’ambition de transformer le Grand Nord en pôle industriel ne pourra se concrétiser durablement sans une offre énergétique stable, abondante et compétitive.


Parmi les solutions envisagées figurent notamment la finalisation des projets solaires de Maroua et de Guider, le développement du projet hybride de Bini à Warack, l’interconnexion des réseaux Nord et Sud ainsi que le renforcement continu des capacités de Lagdo.


Toutefois, ces projets nécessitent encore du temps avant de produire leurs effets.


En attendant, la suspension de l’usine Cimencam de Figuil apparaît comme un avertissement majeur : les contraintes énergétiques ne menacent plus seulement le confort des populations, elles constituent désormais un risque direct pour les investissements industriels, l’emploi et l’approvisionnement des marchés régionaux.


L’épisode de Figuil rappelle ainsi que la réussite de l’industrialisation du Grand Nord dépendra autant de la disponibilité de l’énergie que de la capacité à attirer les investisseurs.




Cameroon: Energy Crisis Forces Cimencam’s Figuil Plant to Suspend Operations


Just one year after its official inauguration, Cimencam Figuil (Cimfig), a subsidiary of LafargeHolcim Maroc Afrique (LHMA), has been forced to temporarily halt operations due to electricity shortages affecting Northern Cameroon.


In a letter dated June 2, 2026, the company informed customers that Socadel had reported a major energy crisis in the Northern Interconnected Grid (RIN), leading to temporary load-shedding measures affecting the plant.


The suspension highlights the growing impact of Northern Cameroon’s electricity crisis on industrial production. Until now, power shortages mainly affected households and small businesses. The shutdown of a major cement plant demonstrates that industrial facilities are now directly exposed to the region's energy constraints.


The difficulties stem largely from reduced hydroelectric generation at the Lagdo Dam, which remains the backbone of the Northern Interconnected Grid. Although all four generating units are operational and considered technically reliable, electricity production depends heavily on water availability, making the system vulnerable to climatic fluctuations.


Demand for electricity continues to grow rapidly. The Northern Interconnected Grid now serves approximately 250,000 customers, while demand increases by an estimated 10–12% annually. Although installed capacity has risen from 76 MW in 2015 to 172 MW in 2026, supply remains insufficient during periods of reduced hydroelectric output.


The Figuil plant represents an investment of around CFA 50 billion and was designed to produce up to 500,000 tonnes of cement annually and 1,000 tonnes of clinker per day. Its temporary shutdown raises concerns about the resilience of industrial investments in regions facing structural power shortages.


Beyond Cimfig, the situation serves as a warning for the industrialization ambitions of Northern Cameroon. Experts emphasize that sustainable industrial growth will require reliable and competitive energy infrastructure, including solar projects in Maroua and Guider, the Bini à Warack hybrid project, and the planned interconnection of the Northern and Southern power grids.


The Figuil case illustrates a broader reality: without a lasting solution to the region’s energy deficit, industrial development, employment creation, and economic growth in Northern Cameroon will remain vulnerable.



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Moussa Nassourou

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