Téléphones non dédouanés : le gouvernement met MTN et Orange sous pression pour accélérer les blocages au Cameroun

Téléphones non dédouanés : le gouvernement met MTN et Orange sous pression pour accélérer les blocages au Cameroun

Le ministre des Finances Louis Paul Motaze exige l’application urgente du blocage des téléphones non dédouanés. MTN et Orange alertent sur des risques techniques et juridiques majeurs. Découvrez les enjeux de cette réforme sensible au Cameroun.

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Téléphones non dédouanés : le gouvernement met MTN et Orange sous pression pour accélérer les blocages au Cameroun


Le bras de fer s’intensifie entre l’État camerounais et les principaux opérateurs de télécommunications du pays. Le ministère des Finances exige désormais une mise en œuvre rapide du dispositif de blocage des téléphones portables non dédouanés, tandis que MTN Cameroon et Orange Cameroun continuent de réclamer davantage de garanties techniques, juridiques et opérationnelles.


Dans une correspondance datée du 5 juin 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a officiellement interpellé les directeurs généraux de MTN Cameroon et Orange Cameroun, leur reprochant de ne pas avoir encore exécuté les mesures arrêtées lors d’une réunion de concertation tenue le 22 mai dernier avec la Direction générale des Douanes.


Selon le membre du gouvernement, les engagements pris à l’issue de cette rencontre « ne sont pas suivis d’effet à date ». Il demande ainsi aux deux opérateurs de mobiliser leurs équipes techniques afin d’assurer une mise en œuvre « urgente et complète » du mécanisme prévu dans le cadre de la phase pilote de la réforme.


Une réforme au cœur de la lutte contre la contrebande


Le dispositif gouvernemental vise principalement les téléphones importés frauduleusement et connectés aux réseaux mobiles camerounais sans acquittement préalable des droits et taxes de douane.


Concrètement, les terminaux concernés pourront être identifiés grâce à leur IMEI (International Mobile Equipment Identity), un numéro unique attribué à chaque appareil mobile.


Le ministère des Finances précise que le blocage portera exclusivement sur les IMEI non enregistrés dans la plateforme officielle de suivi de la réforme, et non sur les cartes SIM ou les numéros d’abonnés. Une précision importante alors que de nombreux consommateurs craignaient une suspension directe de leurs lignes téléphoniques.


Cette réforme s’appuie sur les dispositions de la loi de finances 2023 ainsi que sur la décision conjointe Minfi-Minpostel du 25 mars 2026, qui encadre le nouveau système de collecte des droits et taxes sur les terminaux mobiles.


L’État met en avant des enjeux fiscaux et sécuritaires


Pour les autorités, la question dépasse largement le cadre des recettes douanières.


Louis Paul Motaze rappelle dans son courrier que tout opérateur permettant l’accès à son réseau à un terminal non dédouané pourrait voir sa responsabilité engagée.


Le gouvernement estime en effet que la multiplication des téléphones introduits en contrebande représente à la fois un manque à gagner pour les finances publiques et un défi en matière de sécurité des communications électroniques.


Les chiffres avancés ces dernières semaines illustrent l’ampleur du phénomène. Selon les données relayées par les autorités, près de 700 000 téléphones se seraient connectés pour la première fois aux réseaux camerounais entre le 1er et le 25 avril 2026 sans avoir été préalablement dédouanés.


MTN et Orange soutiennent la réforme, mais contestent son calendrier


Face à la pression gouvernementale, MTN Cameroon et Orange Cameroun maintiennent une position nuancée.


Dans une lettre conjointe adressée le 21 mai au directeur général des Douanes, les deux entreprises affirment partager les objectifs de la réforme, notamment la lutte contre la fraude douanière et l’assainissement du marché des terminaux mobiles.


Toutefois, elles considèrent que plusieurs conditions indispensables ne sont pas encore réunies pour garantir un déploiement efficace et sécurisé.


Parmi les préoccupations soulevées figure notamment l’absence d’une application simultanée de la mesure sur l’ensemble du marché. Les opérateurs craignent qu’un concurrent ne soit pas techniquement prêt à procéder au blocage automatique des terminaux concernés, créant ainsi une distorsion de concurrence.


Dans un tel scénario, des abonnés dont les appareils seraient bloqués sur certains réseaux pourraient continuer à les utiliser chez un autre opérateur.


Les défis techniques liés aux IMEI


Les opérateurs attirent également l’attention sur les difficultés liées à la gestion des IMEI multiples présents sur certains smartphones modernes ainsi que sur les cas fréquents de falsification d’identifiants.


Selon MTN et Orange, ces problématiques nécessitent des mécanismes de contrôle plus robustes afin d’éviter des erreurs susceptibles d’affecter des utilisateurs de bonne foi.


Le traitement des réclamations représente également un enjeu majeur.


Les deux entreprises recommandent la mise en place d’un système plus élaboré comprenant :



  • Un canal USSD dédié ;

  • Un numéro vert accessible à l’échelle nationale ;

  • Une campagne de sensibilisation renforcée ;

  • Une interface informatique facilitant le suivi des plaintes et des demandes de réactivation.


Des risques juridiques et opérationnels encore non résolus


Au-delà des aspects techniques, MTN Cameroon et Orange Cameroun dénoncent l’absence d’un cadre contractuel clairement défini entre toutes les parties prenantes.


Les opérateurs estiment qu’une convention multipartite devrait préciser les responsabilités de chacun, les niveaux de service attendus ainsi que les mécanismes d’indemnisation en cas de dysfonctionnement.


Ils évoquent également plusieurs zones d’ombre :



  • L’absence d’un plan de continuité des activités en cas de panne du système ;

  • Le manque de clarification concernant les touristes entrant temporairement au Cameroun avec leurs téléphones ;

  • L’indisponibilité de solutions intégrées de paiement mobile pour le règlement rapide des droits de douane.


Pour les entreprises concernées, ces insuffisances pourraient fragiliser la mise en œuvre du projet et générer d’importantes perturbations pour les consommateurs.


Une nouvelle concertation réclamée par les opérateurs


Malgré une première séance de travail organisée le 22 mai à la Direction générale des Douanes, le dialogue se poursuit.


Dans une nouvelle correspondance datée du 29 mai 2026, Patrick Benon, directeur général d’Orange Cameroun, et Wanda Matandela, CEO de MTN Cameroon, ont sollicité une concertation élargie impliquant également l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) et Camtel.


Cette demande fait suite à une réunion d’évaluation organisée le 26 mai par le régulateur afin de mesurer l’état de préparation du dispositif.


L’objectif affiché est de parvenir à une coordination plus étroite entre l’administration douanière, les opérateurs télécoms, le régulateur et les prestataires techniques avant tout déploiement à grande échelle.


Une réforme stratégique mais sensible


À travers cette réforme, le gouvernement camerounais cherche à renforcer la collecte des recettes douanières tout en réduisant la contrebande de terminaux mobiles.


Cependant, la mise en œuvre du dispositif révèle la complexité d’un chantier situé à l’intersection de plusieurs enjeux : fiscalité, télécommunications, concurrence, cybersécurité et protection des consommateurs.


Si l’État entend accélérer le processus, MTN Cameroon et Orange Cameroun plaident pour une approche progressive afin d’éviter des dysfonctionnements susceptibles d’affecter des millions d’utilisateurs.


L’issue des prochaines concertations sera déterminante pour la réussite d’un projet qui pourrait profondément transformer le contrôle des équipements mobiles au Cameroun.




Undeclared Mobile Phones: Cameroon Government Pressures MTN and Orange to Accelerate Device Blocking


The Cameroonian government has intensified pressure on telecom operators MTN Cameroon and Orange Cameroun over the implementation of a new system designed to block undeclared mobile phones from accessing local networks.


In a letter dated June 5, 2026, Finance Minister Louis Paul Motaze criticized both operators for failing to implement measures agreed upon during a May 22 meeting with the Directorate General of Customs.


The reform targets mobile devices imported without payment of customs duties. Under the mechanism, phones with IMEI numbers not registered in the official customs platform could be denied access to mobile networks.


Authorities insist the measure is essential for combating smuggling, increasing customs revenues, and strengthening security oversight of telecommunications equipment.


However, MTN and Orange argue that significant technical, operational, and legal challenges remain unresolved. They warn that the ecosystem is not yet ready for a full-scale deployment and that a rushed implementation could disrupt services and create unfair competition between operators.


Among their concerns are IMEI fraud, devices with multiple IMEIs, customer complaint management, legal liability issues, tourist exemptions, and the absence of a comprehensive business continuity plan.


The operators have called for further consultations involving the Telecommunications Regulatory Agency (ART), Camtel, customs authorities, and other stakeholders before nationwide implementation.


The dispute highlights the delicate balance between fiscal enforcement, consumer protection, telecom network stability, and fair market competition. While telecom operators support the government's objectives, they insist that additional safeguards are necessary to ensure a successful rollout of the reform.


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Mouahna Divine

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