Nachtigal a produit 3,6 TWh en un an : pourquoi les délestages persistent-ils encore au Cameroun ?

Nachtigal a produit 3,6 TWh en un an : pourquoi les délestages persistent-ils encore au Cameroun ?

Avec plus de 3,6 TWh injectés dans le réseau en un an, la centrale hydroélectrique de Nachtigal atteint ses objectifs de production. Pourtant, les coupures d’électricité persistent. Transport, distribution, gouvernance : les véritables défis du secteur énergétique camerounais.

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Nachtigal a produit 3,6 TWh en un an : pourquoi les délestages persistent-ils encore au Cameroun ?


Entièrement opérationnelle depuis mai 2025, la centrale hydroélectrique de Nachtigal s'impose désormais comme le principal moteur de la production électrique nationale. Pourtant, malgré une performance industrielle saluée par les acteurs du secteur, les coupures d'électricité continuent de perturber le quotidien des ménages et des entreprises. Un paradoxe qui met en lumière les faiblesses structurelles du système électrique camerounais.


Située à Ndokoa, à environ 70 kilomètres au nord-est de Yaoundé, la centrale hydroélectrique de Nachtigal a injecté 3 613 785 MWh, soit environ 3,6 térawattheures (TWh), dans le réseau national à fin mai 2026, selon les données communiquées par Nachtigal Hydro Power Company (NHPC).


Dotée d'une puissance installée de 420 MW, répartie sur sept groupes de 60 MW chacun, l'infrastructure est aujourd'hui présentée comme la plus importante centrale hydroélectrique du Cameroun. À pleine capacité, elle est censée couvrir près de 30 % des besoins électriques du pays.


Une performance industrielle au rendez-vous


Un an après sa mise en exploitation complète, les indicateurs affichés par NHPC témoignent d'une exploitation jugée satisfaisante.


L'entreprise revendique notamment un taux de disponibilité supérieur à 94 % ainsi qu'un taux de réalisation des opérations de maintenance de 99 %, des chiffres qui traduisent une forte fiabilité technique de l'ouvrage.


Sur le plan de la production, les résultats sont également significatifs. Jamais auparavant une infrastructure énergétique camerounaise n'avait injecté un volume aussi important d'électricité dans un délai aussi court.


Pourtant, cette montée en puissance n'a pas produit les effets attendus auprès des consommateurs.


Des délestages toujours présents malgré l'arrivée de Nachtigal


Dans plusieurs villes du Cameroun, les coupures d'électricité continuent d'alimenter les frustrations des populations et des opérateurs économiques.


La situation soulève une interrogation majeure : comment expliquer la persistance des délestages alors qu'une nouvelle capacité de production de 420 MW est désormais disponible ?


Pour les responsables de NHPC, la réponse se trouve au-delà de la centrale elle-même.


« Entre l’outil de production, qui est Nachtigal, et le consommateur, il y a beaucoup d’équipements qui n’appartiennent pas à NHPC », explique Nicolas Bec, directeur d'exploitation de l'entreprise.


Selon lui, la question n'est plus uniquement celle de la production mais surtout celle de l'acheminement de l'énergie vers les consommateurs finaux.


Le transport et la distribution au cœur du problème


L'électricité produite par Nachtigal est évacuée grâce à une ligne de transport de 225 kV longue de 51 kilomètres, reliant la centrale au poste de raccordement de Nyom II, dans la périphérie nord de Yaoundé.


À partir de ce point, le transport et la distribution relèvent d'autres intervenants du secteur.


« Ce que je peux affirmer, et ce sont les chiffres de la Sonatrel, c'est que Nachtigal a injecté plus de 3 TWh dans le réseau. Maintenant, l'utilisation de cette énergie n'appartient pas aux producteurs ; elle appartient aux transporteurs et aux distributeurs de l'électricité », souligne Nicolas Bec.


Cette réalité met en évidence l'un des principaux défis énergétiques du Cameroun : l'insuffisance ou la saturation de certaines infrastructures intermédiaires chargées d'acheminer l'électricité jusqu'aux consommateurs.


Un système électrique sous pression


Autre particularité importante : Nachtigal fonctionne comme un aménagement hydroélectrique au fil de l'eau.


Contrairement à un barrage-réservoir classique, la centrale ne dispose pas de capacités importantes de stockage de l'énergie produite. L'électricité doit donc être injectée et consommée quasiment en temps réel.


« On était à 200 MW jeudi 4 juin 2026 en milieu de journée. Cette énergie doit s'évacuer immédiatement. C'est sûr qu'elle part. Maintenant, pourquoi n'arrive-t-elle pas toujours jusqu'à l'utilisateur ? Il y a d'autres infrastructures entre le producteur et le consommateur », précise le responsable.


L'analyse de NHPC tend ainsi à déplacer le débat national. Alors que les discussions étaient historiquement centrées sur le déficit de production, les contraintes liées au transport, à la distribution et au pilotage du réseau apparaissent désormais comme des facteurs déterminants.


Une coordination devenue indispensable


Le fonctionnement du secteur électrique camerounais repose sur plusieurs acteurs aux responsabilités distinctes.


NHPC assure la production de l'électricité. La Sonatrel est chargée du transport de l'énergie sur le réseau haute tension. Quant à la distribution auprès des ménages et des entreprises, elle relève du distributeur national.


Dans ce contexte, la qualité de l'approvisionnement dépend fortement de la coordination entre ces différents intervenants.


Le distributeur détermine les besoins de consommation et programme l'appel des moyens de production. Sonatrel veille à la stabilité du réseau en temps réel. NHPC, de son côté, fournit les informations relatives à la disponibilité de ses installations.


Pour les spécialistes du secteur, l'efficacité de cette chaîne opérationnelle constitue désormais un enjeu aussi important que la production elle-même.


Le risque des impayés inquiète les producteurs


Au-delà des défis techniques, la question financière demeure également préoccupante.


Les producteurs doivent assurer l'entretien des équipements, financer les opérations de maintenance et garantir la continuité du service.


NHPC affirme avoir pris les dispositions nécessaires pour maintenir l'exploitation de la centrale. Toutefois, l'entreprise prévient qu'une accumulation durable des impayés pourrait fragiliser l'équilibre économique de l'activité à moyen terme.


Une nouvelle étape pour le secteur énergétique camerounais


La mise en service complète de Nachtigal représente incontestablement l'une des plus grandes avancées énergétiques du Cameroun au cours des dernières décennies.


Avec plus de 3,6 TWh produits en seulement douze mois, la centrale confirme son rôle stratégique dans la sécurisation de l'approvisionnement électrique national.


Mais les chiffres révèlent également une nouvelle réalité : la crise énergétique camerounaise ne se résume plus uniquement à un manque de production.


Le véritable défi se situe désormais dans la modernisation des réseaux de transport et de distribution, l'amélioration de la coordination entre les opérateurs et le rétablissement de l'équilibre financier du secteur. Sans ces réformes, les mégawatts produits à Nachtigal risquent de continuer à peiner à se transformer en une amélioration concrète et durable du service électrique pour les consommateurs camerounais.




Nachtigal Generates 3.6 TWh in One Year, Yet Power Outages Persist in Cameroon


Fully operational since May 2025, the Nachtigal Hydropower Plant has injected 3,613,785 MWh (3.6 TWh) into Cameroon’s national grid by the end of May 2026, according to Nachtigal Hydro Power Company (NHPC).


Located in Ndokoa, about 70 kilometers northeast of Yaoundé, the facility has an installed capacity of 420 MW, distributed across seven generating units of 60 MW each. It is currently the largest hydropower plant in Cameroon and is expected to cover nearly 30% of the country's electricity demand.


NHPC reports a plant availability rate exceeding 94% and a maintenance completion rate of 99%, highlighting the strong operational performance of the project.


However, despite this significant increase in electricity generation, power outages continue across several cities in Cameroon.


According to NHPC Operations Director Nicolas Bec, the issue no longer lies primarily in electricity production but rather in transmission and distribution infrastructure.


The electricity generated by Nachtigal is transmitted through a 51-kilometer 225-kV transmission line connecting the plant to the Nyom II substation near Yaoundé. Beyond this point, electricity transmission and distribution fall under the responsibility of other sector stakeholders.


NHPC emphasizes that it has delivered more than 3 TWh to the national grid, but the final delivery of electricity to consumers depends on transmission networks, substations, distribution systems, and operational coordination among sector players.


The situation suggests that Cameroon's electricity challenges are increasingly linked to grid capacity, distribution constraints, network management, and financial sustainability rather than generation shortages alone.


While Nachtigal represents a major milestone for Cameroon’s energy sector, experts believe that strengthening transmission infrastructure, improving distribution efficiency, and ensuring better coordination among operators will be essential to translating increased production into reliable electricity supply for households and businesses.



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