Café, cacao, banane : trois filières, trois dynamiques qui redessinent l’économie agricole camerounaise
L’agriculture camerounaise vit un moment charnière. Entre la baisse du robusta, la descente brutale du cacao et l’explosion des exportations de bananes, les signaux envoyés par les marchés sont contrastés. Analyse d’un paysage agricole en recomposition.
Le robusta repart à la baisse après son pic
Après plusieurs semaines d’ascension soutenue, les prix du café robusta — variété dominante au Cameroun — amorcent un repli.
Selon le Système d’information des filières (SIF), le kilogramme se négociait à l’embarquement au port de Douala à 1 914 FCFA au 16 mars 2026, contre un pic de 2 074 FCFA le 3 mars, soit une baisse de 160 FCFA en moins de deux semaines.
Dans les bassins de production, le mouvement est encore plus marqué. Le kilogramme de cerises oscille désormais entre 1 300 et 1 400 FCFA, en recul de 250 à 300 FCFA par rapport aux niveaux observés les semaines précédentes.
Malgré ce reflux, le robusta demeure plus rémunérateur que le cacao — une situation inhabituelle qui illustre le basculement actuel des rapports de force dans les matières premières agricoles.
Cacao : une chute brutale loin des prévisions gouvernementales
Le contraste est saisissant.
Le kilogramme de fèves de cacao s’échangeait à 1 760 FCFA à l’embarquement le 16 mars, contre 1 521 FCFA le 3 mars. Dans les bassins de production, les prix se situent entre 1 100 et 1 200 FCFA, à peine au-dessus des 1 000 FCFA actuellement observés en moyenne.
Nous sommes très loin des projections officielles. Le gouvernement tablait sur des prix compris entre 3 200 et 5 400 FCFA/kg pour la campagne 2025-2026.
Le décrochage est spectaculaire si l’on compare avec la saison 2023-2024, marquée par un pic historique de 6 000 FCFA/kg, suivi d’un maximum de 5 400 FCFA la campagne suivante.
Une pression mondiale sur les prix
Selon les analystes des marchés des matières premières, la situation s’explique par un excédent mondial attendu sur la campagne 2025-2026, après trois années déficitaires.
L’Équateur, en pleine montée en puissance, pourrait ravir au Ghana la place de deuxième producteur mondial dès cette saison. Cette amélioration de l’offre mondiale exerce une pression baissière durable sur les prix, impactant directement les producteurs camerounais.
Banane : +36% d’exportations en janvier 2026
À l’inverse, la filière banane affiche une performance remarquable.
Les exportations ont atteint 27 674 tonnes en janvier 2026, soit une hausse de 7 324 tonnes (+36%) en glissement annuel, selon l’Association bananière du Cameroun (Assobacam).
Cette progression est principalement portée par les filiales locales de la Compagnie fruitière de Marseille :
- PHP : 20 037 tonnes (+36,4%)
- CDBM : 3 406 tonnes (+104,7%)
La CDC, unique opérateur à capitaux publics nationaux, affiche une hausse plus modeste de 6%, avec 4 231 tonnes exportées.
Une domination quasi totale du groupe français
Avec le rachat des actifs de Boh Plantations PLC en 2025, la Compagnie fruitière pourrait contrôler plus de 90% des exportations camerounaises de bananes en 2026.
Un quasi-monopole qui interroge sur la souveraineté économique d’une filière stratégique, principal pourvoyeur de recettes d’exportation agricoles vers l’Europe.
Transformation locale : l’UCCAO passe à l’offensive
Dans ce contexte mouvant, l’Union centrale des coopératives agricoles de l’Ouest (UCCAO) mise sur la transformation locale.
Le 12 mars 2026, une nouvelle usine de torréfaction a été inaugurée à Bafoussam par le ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbaïrobé.
Investissement : 1,05 milliard FCFA
- 700 millions FCFA de l’État
- 350 millions FCFA de l’UCCAO
Dotée d’une capacité de 6 tonnes en huit heures, l’unité automatise l’ensemble du processus : décorticage, calibrage, mouture et ensachage pour l’arabica et le robusta.
Une chaîne de production de café instantané est également annoncée, dans une logique d’import-substitution.
Une filière café en timide reprise
Après des années de déclin, la production caféière montre des signes de redressement :
- 11 637 tonnes commercialisées en 2025
- +10% en volume
- 3,5 milliards FCFA de valeur (plus du triple des niveaux antérieurs)
Le robusta reste le moteur de cette dynamique.
2026 : année de recomposition agricole
Trois tendances lourdes se dégagent :
- Pression mondiale sur le cacao
- Repli technique du robusta après un pic
- Explosion des exportations de bananes sous domination étrangère
- Accélération de la transformation locale pour créer plus de valeur
L’agriculture camerounaise navigue entre vulnérabilité aux marchés mondiaux et volonté de montée en gamme industrielle. L’enjeu est clair : transformer davantage pour dépendre moins.
2026 pourrait bien être l’année de vérité.
Coffee Drops, Cocoa Under Pressure, Banana Exports Surge: Cameroon’s Agriculture at a Critical Turning Point in 2026
Cameroon’s agricultural sector is undergoing a major shift. While robusta coffee prices decline after recent highs and cocoa struggles under global oversupply, banana exports have surged sharply.
Robusta Coffee Retreats
According to the national commodity information system (SIF), robusta prices at Douala port stood at 1,914 FCFA/kg on March 16, 2026, down from 2,074 FCFA on March 3.
Farmgate prices range between 1,300 and 1,400 FCFA, marking a significant drop compared to previous weeks.
Despite this decline, robusta remains more profitable than cocoa.
Cocoa Far Below Expectations
Cocoa prices currently hover around 1,100–1,200 FCFA/kg in producing areas, far below government projections of 3,200–5,400 FCFA/kg.
The downturn is largely attributed to a global production surplus expected in the 2025–2026 season. Ecuador’s rising output could challenge Ghana’s global ranking, adding further downward pressure.
Banana Exports Jump 36%
Banana exports reached 27,674 tons in January 2026, up 36% year-on-year.
The French group Compagnie fruitière dominates the sector through its subsidiaries:
- PHP: 20,037 tons (+36.4%)
- CDBM: 3,406 tons (+104.7%)
With the acquisition of Boh Plantations’ assets, the group could control over 90% of Cameroon’s banana exports in 2026.
Local Processing Push
The UCCAO cooperative inaugurated a 1.05 billion FCFA roasting plant in Bafoussam, with a capacity of 6 tons per 8 hours.
An instant coffee production line is planned to reduce imports and strengthen local value addition.
In 2025, coffee commercialization reached 11,637 tons (+10%), generating 3.5 billion FCFA.
Cameroon’s agricultural economy in 2026 stands between global vulnerability and industrial transformation.
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Mouahna Divine