Congo-Brazzaville : Un scrutin verrouillé alors que le "vieux" Sassou Nguesso joue la prolongation
Le calme était de rigueur ce lundi sur les 6.620 bureaux de vote de la République du Congo. Pourtant, derrière cette tranquillité surveillée par une impressionnante armada sécuritaire, se cache un scrutin dont l’issue semble écrite d’avance : la probable réélection de Denis Sassou Nguesso, 82 ans, dont le règne sans partage frôle déjà les 42 ans.
Dès l’aube, le pays s’est réveillé sous cloche. Conformément aux annonces de la radio locale SABC, les frontières aériennes et terrestres ont été verrouillées. Pendant au moins douze heures, seuls les véhicules de secours et les forces de l’ordre ont eu le droit de circuler dans une capitale fantôme, où bars et marchés ont plié boutique. Une image de forteresse assiégée pour un jour de vote qui se veut "apaisé".
60.000 hommes pour 2,6 millions d’électeurs
Dans ce climat aseptisé, ce sont environ 60.000 militaires, policiers et membres des forces de sécurité qui ont été déployés pour garantir l’ordre. Un chiffre colossal qui contraste avec les 2,64 millions d’électeurs appelés aux urnes et qui en dit long sur la tension latente. Ces forces de l’ordre avaient d’ailleurs déjà voté par anticipation le 12 mars, un détail pratique pour libérer du temps le jour du scrutin.
Face au "prince", comme le surnomment ses partisans, l’opposition fait office de figuration. Parmi les sept candidats en lice, deux poids lourds historiques de l’opposition, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) et l’Union des démocrates humanistes (UDH), ont jeté l’éponge, paralysés par des querelles internes.
Le principal adversaire, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou (73 ans), se présente pour la cinquième fois. Il incarne une opposition "de salon", tout comme le jeune Uphrem Dave Mafoula (44 ans), candidat indépendant qui tente de capter la colère d’une jeunesse désœuvrée. Mais face à la machine du Parti congolais du travail (PCT) et à son slogan "L’expérience au service de l’avenir", la campagne de leurs concurrents a peiné à exister .
L’ombre des mercenaires et le poids du pétrole
Si les médias officiels parlent d’un scrutin "modèle", la communauté internationale regarde avec attention. La présence de paramilitaires étrangers, aperçus lors des meetings de Sassou Nguesso et confirmés comme étant des "personnels russes" par un responsable du parti, rappelle que le pouvoir ne laisse rien au hasard. Dans un pays riche en pétrole mais où la Banque mondiale estime que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, le malaise social est profond. La croissance de 2,9% du PIB ne profite pas aux 6 millions d’habitants, et le taux de participation pourrait être le plus bas de l’histoire du pays.
Les résultats préliminaires sont attendus dans les deux à quatre prochains jours par la Commission électorale. Pour une victoire dès le premier tour, il faudra obtenir 50% des suffrages exprimés plus une voix. Un second tour, prévu 21 jours plus tard, semble aussi probable qu’une surprise politique : très peu.
Madagascar : Le "monsieur propre" de la transition prend les rênes
Pendant que le Congo retenait son souffle, Madagascar a connu un remaniement majeur. Le président de la transition, Michaël Randrianirina, a nommé Mamitiana Rajaonarison au poste de Premier ministre lors d’une cérémonie solennelle retransmise par la télévision d’État.
Ancien haut gradé de la gendarmerie et récent patron du renseignement financier malgache (SAMIFIN), Rajaonarison incarne la volonté affichée du nouveau pouvoir de lutter contre la corruption. Il succède à Herintsalama Rajaonarivelo, démis de ses fonctions avec l’ensemble du gouvernement le 10 mars dernier sans explication officielle.
Cette nomination, qui survient dans une période de transition fragile depuis la prise de pouvoir du colonel Randrianirina en octobre, est perçue comme un signal fort adressé aux partenaires internationaux. "Le pays a besoin d’une personne de principe, incorruptible et qui ne peut être acheté par l’argent", a déclaré Randrianirina. Reste à savoir si cet ancien militaire pourra rapidement former un gouvernement capable de répondre aux aspirations des jeunes Génération Z qui ont porté le mouvement de contestation.
Congo-Brazzaville Votes Under Lockdown as Sassou Nguesso Eyes Another Term; Madagascar Gets New PM
Polls opened in the Republic of Congo on Monday under a heavy security lockdown, as 82-year-old President Denis Sassou Nguesso is widely expected to extend his 42-year grip on power. While the local radio station SABC reported a calm voting day with no major incidents, the atmosphere in the capital was anything but ordinary.
Borders were sealed and vehicle traffic was banned for 12 hours. Some 60,000 soldiers and police officers were deployed to oversee the vote, a massive force for the 2.64 million registered voters. Security forces had already cast their ballots early on March 12.
Sassou Nguesso, backed by a coalition of 20 parties, faces six other candidates. However, the main opposition parties, UPADS and UDH, are not fielding candidates due to internal divisions. Key challengers include veteran politician Joseph Kignoumbi Kia Mboungou and independent candidate Uphrem Dave Mafoula, who attempts to channel youth discontent.
Despite the heavy security, observers note a deep apathy. Many citizens see the election as a formality. To win outright, a candidate needs over 50% of the vote. Preliminary results are expected within days. This electoral moment is shadowed by economic hardship; despite oil wealth, half the population lives in poverty.
In parallel news from the region, Madagascar's transitional President Michael Randrianirina has appointed Mamitiana Rajaonarison as the new Prime Minister. Rajaonarison, a former gendarmerie officer and head of the financial intelligence unit, replaces Herintsalama Rajaonarivelo, whose entire government was dismissed on March 10. Randrianirina stated that the nation needs "a person of integrity" to lead the country through its transitional "Refoundation" period.
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Didier Cebas K.