Après l’ultimatum de l’UE sur Bazoum, l’AES subit un nouveau choc : 38 civils burkinabè massacrés par les djihadistes

Après l’ultimatum de l’UE sur Bazoum, l’AES subit un nouveau choc : 38 civils burkinabè massacrés par les djihadistes

Niamey convoque l'UE pour ingérence après un vote sur Bazoum, tandis que HRW dévoile un nouveau bilan sanglant au Burkina : 38 civils tués par le JNIM. Plongée au cœur de la double crise qui secoue l'AES.

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C’est un jeudi noir que vient de vivre le Sahel. Sur le front diplomatique, Niamey a claqué la porte au nez de l’Union européenne. Sur le terrain, au Burkina Faso, le sol s’est teinté de sang. La Confédération des États du Sahel (AES) encaisse deux coups durs en vingt-quatre heures, entre une ingérence étrangère jugée intolérable et la barbarie persistante des groupes armés.


Coup de semonce de Niamey : « Assez de leçons ! »


L’atmosphère était électrique, ce jeudi, au ministère nigérien des Affaires étrangères. La chargée d’affaires de l’Union européenne, Nicoletta Avella, a été convoquée d’urgence pour se voir remettre une lettre de protestation officielle
. Le motif de cette colère noire ? Une résolution du Parlement européen adoptée la veille, exigeant "la libération immédiate" de l’ancien président Mohamed Bazoum, détenu depuis le coup d’État de juillet 2023.


Pour Niamey, le ton paternaliste de Bruxelles ne passe plus. Le gouvernement dénonce avec virulence "cette attitude paternaliste et condescendante" et une ingérence caractérisée dans les affaires intérieures du Niger. Dans un contexte où l’AES ne cesse de marteler son leitmotiv — le "strict respect de la souveraineté" —, cette résolution européenne, bien que non contraignante, est perçue comme une provocation directe. Alors que le procès de Mohamed Bazoum, poursuivi pour haute trahison, se fait toujours attendre, le général Abdourahamane Tiani, installé à la tête du pays pour une transition de cinq ans, refuse toute "injonction" venue de l’extérieur.


L’ombre du JNIM plane sur le Burkina


Pendant que les regards étaient tournés vers Niamey, la machine à tuer du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) poursuivait son œuvre macabre au Burkina Faso. L’ONG Human Rights Watch (HRW) a levé le voile, jeudi également, sur une série de massacres d’une rare violence perpétrés entre fin janvier et fin février.


Le bilan provisoire est effroyable : au moins 38 civils exécutés froidement. L’organisation basée aux États-Unis documente trois attaques distinctes dans le nord et l’est du pays. Le 14 février, la ville de Titao a été le théâtre d’un véritable enfer. Lors d’un assaut contre une base militaire, les djihadistes ont délibérément exterminé 34 civils, avant de mettre le feu à des habitations et de détruire les infrastructures télécoms, asphyxiant un peu plus la zone.


Mais ce qui glace le sang, c’est la sauvagerie des détails. Près du village de Sollé, dans le Nord, neuf femmes ont été enlevées le 29 janvier. Selon les témoignages recueillis par HRW, elles ont été menacées de viol et de mort, soupçonnées par les terroristes d’être "les épouses de VDP" (Volontaires pour la défense de la patrie) venues les espionner. Elles seront relâchées le lendemain, marquées à vie.


Plus à l’Est, dans la ville de Manni, le JNIM a frappé le 22 février, exécutant quatre commerçants et incendiant leurs magasins. "La brutalité du JNIM contre les civils au Burkina Faso a été implacable", a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse spécialiste du Sahel pour HRW. Elle dénonce "un mépris flagrant pour la distinction entre les personnes armées et les civils".


Le double défi de l’AES


Ces deux actualités, survenues le même jour, illustrent le piège dans lequel est prise la Confédération des États du Sahel. D’un côté, les juntes au pouvoir doivent faire face à une déferlante terroriste qui, malgré le discours martial et le recentrage sur la souveraineté, ne faiblit pas et continue de faucher des vies de paisibles citoyens. De l’autre, elles doivent gérer une rupture diplomatique consommée avec les partenaires traditionnels, dont les critiques sont immédiatement qualifiées d’ingérences.


Alors que l’UE cherche à "revoir sa stratégie" au Sahel sans parvenir à un équilibre entre pression politique et aide humanitaire, les civils burkinabè, eux, paient le prix fort sur l’autel d’une guerre sans merci.




 After the EU's Ultimatum on Bazoum, the AES Suffers Another Blow: 38 Burkinabe Civilians Massacred by Jihadists


Niamey summons the EU for interference following a vote on Bazoum, while HRW reveals a new bloody toll in Burkina: 38 civilians killed by JNIM. A dive into the heart of the double crisis shaking the AES.


It was a dark Thursday for the Sahel. On the diplomatic front, Niamey slammed the door on the European Union. On the ground in Burkina Faso, the soil ran red with blood. The Confederation of Sahel States (AES) absorbed two hard blows in twenty-four hours, caught between foreign interference deemed intolerable and the persistent barbarity of armed groups.


Niamey's Warning Shot: "No More Lessons!"


The atmosphere was electric at Niger's Ministry of Foreign Affairs. The EU's Chargée d'Affaires, Nicoletta Avella, was urgently summoned to receive an official letter of protest. The reason for this fury? A European Parliament resolution adopted the day before, demanding the "immediate release" of former President Mohamed Bazoum, detained since the July 2023 coup.


For Niamey, Brussels' paternalistic tone is no longer acceptable. The government vehemently denounces this "paternalistic and condescending attitude" and characterizes it as interference in Niger's internal affairs. In a context where the AES continually hammers home its leitmotif—"strict respect for sovereignty"—this resolution, although non-binding, is perceived as a direct provocation. With the trial of Mohamed Bazoum, charged with high treason, still pending, General Abdourahamane Tiani, who leads the country through a five-year transition, refuses any "injunction" from outside.


The Shadow of JNIM Looms Over Burkina


As eyes were on Niamey, the killing machine of the Support Group for Islam and Muslims (JNIM) continued its macabre work in Burkina Faso. On Thursday, Human Rights Watch (HRW) lifted the veil on a series of rare violent massacres perpetrated between late January and late February.


The provisional toll is appalling: at least 38 civilians coldly executed. The US-based organization documented three separate attacks in the north and east of the country. On February 14, the town of Titao was the scene of a true inferno. During an assault on a military base, jihadists deliberately exterminated 34 civilians before setting homes on fire and destroying telecom infrastructure, further suffocating the area.


But the savagery of the details is chilling. Near the village of Sollé in the North, nine women were abducted on January 29. According to testimonies collected by HRW, they were threatened with rape and death, suspected by the terrorists of being "wives of VDPs" (Volunteers for the Defense of the Homeland) who had come to spy on them. They were released the next day, marked for life.


Further east in the town of Manni, JNIM struck on February 22, executing four traders and burning their shops. "JNIM’s brutality against civilians in Burkina Faso has been relentless," said Ilaria Allegrozzi, Senior Sahel Researcher at HRW. She denounced "a blatant disregard for the distinction between combatants and civilians."


The AES's Double Challenge


These two events occurring on the same day illustrate the trap in which the Confederation of Sahel States is caught. On one hand, the ruling juntas face a terrorist wave that, despite the martial discourse and the refocusing on sovereignty, does not weaken and continues to claim the lives of peaceful citizens. On the other, they must manage a consummated diplomatic rupture with traditional partners, whose criticisms are immediately branded as interference.


As the EU seeks to "renew its strategy" in the Sahel without finding a balance between political pressure and humanitarian aid, Burkinabe civilians are paying the heavy price on the altar of a merciless war.


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Moussa Nassourou

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