Gaz du Cameroun en chute libre : -62,9 % de livraisons en 2024, les industriels de Douala tournent le dos au gaz naturel

Gaz du Cameroun en chute libre : -62,9 % de livraisons en 2024, les industriels de Douala tournent le dos au gaz naturel

Les livraisons de Gaz du Cameroun aux industriels de Douala s’effondrent de 62,9 % en 2024. Hausse controversée des prix, conflit avec le gouvernement, fuite des clients : plongée au cœur d’une crise énergétique majeure au Cameroun.

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Gaz du Cameroun en difficulté : une chute brutale des livraisons en 2024


Le marché du gaz industriel au Cameroun traverse une zone de fortes turbulences. En 2024, les livraisons de Gaz du Cameroun (GDC) aux industriels de Douala ont connu un recul spectaculaire de 62,92 % par rapport à 2023. Selon le magazine d’information de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), elles se sont limitées à 35,57 millions de mètres cubes sur l’ensemble de l’année.


Un effondrement qui interpelle dans un contexte où l’énergie constitue l’un des principaux leviers de compétitivité pour le tissu industriel du Littoral.


D’après la SNH, cette contre-performance s’explique par la déconnexion de plusieurs entreprises industrielles du réseau de distribution, mais également par des travaux de maintenance effectués sur les infrastructures de GDC, filiale camerounaise du groupe britannique Victoria Oil & Gas (VOG), exploitant les champs gaziers de Logbaba.


Une hausse tarifaire au cœur des tensions


La crise actuelle trouve en partie ses racines en mai 2023. À cette période, GDC annonçait une hausse de 20 % du prix du gaz naturel, applicable dès le 1er juin 2023. Une première en dix ans.


L’entreprise justifiait cette revalorisation par l’augmentation de ses coûts opérationnels, dans un environnement international marqué par la volatilité des marchés énergétiques.


Mais pour les industriels, déjà sous pression, cette décision a été perçue comme un coup dur supplémentaire.


La loi de finances 2023 avait introduit une taxe spéciale sur les produits pétroliers (TSPP) appliquée au gaz naturel, fixée à 70 FCFA par mètre cube consommé. Parallèlement, les tarifs d’électricité pour les grands comptes ont été relevés d’environ 30 %, tandis que les prix des carburants progressaient entre 15,8 % et 36,5 %.


Résultat : un cumul de charges énergétiques difficilement soutenable pour de nombreuses unités de production.


Bras de fer avec le gouvernement


La décision de GDC n’a pas seulement provoqué la colère des industriels. Elle a aussi ouvert un front réglementaire avec les pouvoirs publics.


Dans une lettre datée du 30 mai 2023, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, rappelait à l’entreprise que toute révision du prix du gaz naturel sur le marché domestique est soumise à homologation préalable, conformément au décret n°2023/232 du 4 mai 2023, pris en application du Code pétrolier de 2019.


L’article 115 (alinéa 2-a) est explicite : le prix des hydrocarbures gazeux vendus sur le marché domestique doit être homologué par le ministre chargé des prix.


Le membre du gouvernement demandait ainsi à GDC de surseoir à son augmentation et de transmettre le dossier technique pour instruction.


Malgré cette mise en garde, l’entreprise a maintenu la hausse, invoquant la nécessité de couvrir l’explosion de ses charges d’exploitation.


Le différend a finalement été porté au plus haut niveau de l’État. Dans une correspondance du 29 août 2023, le ministre du Commerce indiquait que le dossier avait été soumis à la « haute sanction de la hiérarchie », signifiant que l’arbitrage relevait désormais du sommet de l’État.


Une clientèle industrielle en fuite


Au-delà du contentieux administratif, les conséquences commerciales sont aujourd’hui visibles.


Selon un acteur du secteur, GDC aurait progressivement perdu une part significative de sa clientèle industrielle. « À un moment, ils ont augmenté les prix, puis ils ont rencontré des problèmes de production », confie cette source.


Face aux incertitudes sur l’approvisionnement et à la hausse des coûts, plusieurs industriels se seraient tournés vers des alternatives énergétiques comme le gasoil ou le GPL.


Des opérateurs tels que Tradex ou Aza Afrigaz se positionnent désormais sur le segment du GPL industriel, avec des offres adaptées aux besoins des entreprises.


Cette diversification traduit une recomposition profonde du marché énergétique industriel à Douala.


Un enjeu stratégique pour l’industrie camerounaise


La baisse drastique des volumes livrés en 2024 dépasse le simple cadre conjoncturel. Elle met en lumière la fragilité de l’écosystème énergétique industriel au Cameroun.


Entre pression fiscale, tensions réglementaires, volatilité des coûts et arbitrages stratégiques des industriels, le gaz naturel perd du terrain dans un marché en quête de stabilité et de visibilité.


Pour Gaz du Cameroun, l’enjeu est désormais double : reconquérir les volumes perdus et restaurer la confiance d’une clientèle industrielle ébranlée.


Dans une économie où la compétitivité industrielle reste un défi majeur, la bataille du gaz ne fait que commencer.




Cameroon Gas Deliveries Collapse: Industrial Market in Douala Shaken by Price Hikes and Regulatory Dispute


Cameroon’s industrial gas market is facing significant turbulence. In 2024, gas deliveries by Gaz du Cameroun (GDC) to industrial clients in Douala dropped sharply by 62.92% compared to 2023, reaching just 35.57 million cubic meters for the year, according to the National Hydrocarbons Corporation (SNH).


This dramatic decline comes amid mounting energy cost pressures on industrial operators in Cameroon’s economic capital.


According to SNH, the downturn was mainly driven by the disconnection of several industrial clients from the gas distribution network and maintenance works on GDC’s infrastructure. GDC, a subsidiary of UK-based Victoria Oil & Gas (VOG), operates the Logbaba gas fields in the Littoral region.


Price Increase at the Center of the Crisis


The current crisis traces back to May 2023, when GDC announced a 20% increase in natural gas prices, effective June 1, 2023 — the first such hike in a decade.


The company justified the adjustment by citing rising operational costs amid a challenging international energy environment.


However, industrial consumers were already under severe pressure. The 2023 Finance Law introduced a special tax on petroleum products (TSPP) applied to natural gas at 70 CFA francs per cubic meter. At the same time, electricity tariffs for large industrial users increased by around 30%, while fuel prices rose between 15.8% and 36.5%.


The cumulative effect significantly strained industrial operating margins.


Regulatory Dispute with the Government


The price hike also triggered a regulatory dispute. On May 30, 2023, the Minister of Trade, Luc Magloire Mbarga Atangana, reminded GDC that any revision of domestic natural gas prices requires prior approval under Decree No. 2023/232 implementing the 2019 Petroleum Code.


Article 115 explicitly states that domestic gas prices must be approved by the Minister in charge of prices.


Despite this warning, GDC maintained the increase, arguing it was necessary to offset rising operational expenses. The matter was eventually escalated to the highest level of the State.


Industrial Clients Shift to Alternatives


Beyond the regulatory clash, the commercial impact is now evident. Industry sources indicate that several major clients shifted to alternative energy sources such as diesel and industrial LPG.


Operators like Tradex and Aza Afrigaz are increasingly active in the industrial LPG segment, offering competitive solutions.


The sharp drop in gas deliveries in 2024 reflects a deeper restructuring of Douala’s industrial energy market, driven by cost considerations, supply uncertainties, and strategic energy diversification.


For Gaz du Cameroun, the challenge is no longer just about recovering volumes — it is about restoring trust in a highly competitive and increasingly diversified energy landscape.


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Didier Cebas K.

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