Le chiffre donne le tournis et laisse un goût amer de trahison industrielle. Pendant que les étals des marchés Mokolo, Mvog-Mbi ou Bamenda croulent sous des montagnes de chemises froissées venues d’Europe et des chaussures "London used", le Cameroun a officiellement dépensé 42,5 milliards de FCFA en 2025 pour importer 73 008 tonnes de friperie.
Le rapport 2025 de l’Institut National de la Statistique (INS) sur le commerce extérieur est sans appel : c’est 2,6 milliards de FCFA de plus qu’en 2024 pour un volume quasi identique. Un pactole qui engraisse les ports étrangers pendant que le dernier géant textile national, la CICAM (Cotonnière Industrielle du Cameroun), est en soins palliatifs.
La CICAM : De 80% du Marché à une Peau de Chagrin
Il fut un temps où la CICAM était la fierté de l’Afrique centrale. Aujourd’hui, selon les données officielles, l’entreprise publique ne contrôle plus que 5% du marché local. Une humiliation statistique aggravée par une révélation cruelle : depuis deux ans, la CICAM est obligée d’importer les pagnes de la Journée Internationale de la Femme (JIF). Même la fête du 8 mars, son ancienne poule aux œufs d’or avec la Journée de l’Enseignant, échappe désormais à ses machines vétustes.
« L’outil de production est à l’agonie, et la concurrence est mortelle », peut-on lire dans les couloirs de la douane.
Les autorités pointent deux fléaux responsables de ce déclin :
La Friperie : Une addiction nationale à la "fripe" bon marché qui a étranglé la demande locale.
La Contrebande Textile : Un tsunami de pagnes chinois et ouest-africains, entrés par des chemins détournés, qui rendent impossible la compétition pour une entreprise formelle et fiscalisée.
Une Dette Abyssale pour un Plan de Sauvetage Équivalent aux Fripes
La situation financière de la CICAM est plus trouée qu’un filet de pêche. Une étude du défunt Bureau de Mise à Niveau (BMN) évalue sa dette à plus de 22 milliards de FCFA, avec des pertes qui s’accumulent chaque année.
Le plan de restructuration proposé fait froid dans le dos :
- 48,2 milliards FCFA nécessaires si l'État finance seul.
- 30,7 milliards FCFA en cas de privatisation partielle.
Hasard du calendrier ou ironie du sort : 48,2 milliards, c’est presque exactement ce que les Camerounais ont dépensé en friperie en 2025. Une somme qui aurait pu remettre d’aplomb le fleuron national.
Le Pari à 70 Milliards de l’État : Sauver le Coton Camerounais d’ici 2030
Face à ce désastre textile, l’État semble vouloir sortir l’artillerie lourde. Dans son rapport 2025 sur l’économie camerounaise, la Banque Africaine de Développement (BAD) révèle un projet gouvernemental titanesque : un investissement de 70,2 milliards de FCFA pour relancer la CICAM.
L'objectif est inscrit dans le marbre de la SND30 : Sextupler la capacité de transformation du coton d’ici 2030.
- Cible Sodecoton : 600 000 tonnes de coton produites par an.
- Ambition : Transformer 50% de ce coton localement.
Fini le temps où le Cameroun exportait sa matière première pour racheter des vêtements finis au prix fort. Le plan est stratégique :
Phase 1 : Habiller les forces de défense, la police et l'administration avec des tenues incorporant 60% de coton camerounais.
Phase 2 : Inonder le marché des maillots de sport et survêtements pour satisfaire 50% de la demande des Lions Indomptables… en textile made in Cameroon.
Le combat s’annonce rude, car le goût du "déjà porté" est tenace et le portefeuille du Camerounais moyen est mince. Mais avec 70 milliards sur la table, le message est clair : l’heure de la reconquête industrielle du pagne et de l’uniforme a sonné.
Shocking Trade Figures: Cameroon Spent CFA42.5 Billion on Second-Hand Clothes in 2025 While Local Textile Giant CICAM Collapses
Cameroon's 2025 import report reveals CFA42.5bn spent on 73,000 tons of used clothing. As CICAM holds just 5% market share, govt plans CFA70bn bailout to revive local cotton industry by 2030.
It is a tale of two economies: one thriving on the discarded wardrobes of the West, the other gasping for air. According to the National Institute of Statistics (INS) 2025 report, Cameroon imported 73,008 tons of second-hand clothing and shoes, costing the nation a staggering CFA42.5 billion.
This figure represents a CFA2.6 billion increase compared to the 72,600 tons imported in 2024. This massive financial outflow starkly contrasts with the state of CICAM (Cameroon Industrial Cotton Company), once a regional powerhouse now reduced to a shadow of its former self.
From 80% Dominance to 5% Irrelevance
CICAM's market share has plummeted to barely 5%. The decline is so severe that the company now imports the commemorative fabric for International Women's Day (JIF) , a traditional cash cow event that once sustained its annual revenues. Officials blame two relentless forces:
The Thriving Second-Hand Market: An addiction to cheap imported "fripes."
Smuggled Textiles: Flood of ultra-cheap Chinese and West African fabrics that undercut local production.
The Bailout vs. The Thrift Store
A restructuring study revealed CICAM carries a debt exceeding CFA22 billion and requires up to CFA48.2 billion for a state-funded turnaround—almost the exact amount wasted on used clothes imports in 2025.
However, the government is looking beyond mere survival. The African Development Bank (AfDB) reports a planned injection of CFA70.2 billion into CICAM. The goal by 2030 is bold: Sextuple cotton processing capacity.
Plan: Supply military, police, and school uniforms made from 60% local cotton.
Vision: Capture 50% of the national sportswear market.
The question remains: Can a multi-billion franc investment cure a nation addicted to the bargains of the "dead white man's clothes" market? The clock is ticking toward 2030.
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Silognhia Edwige (Stagiaire)