Médicaments : Le Cameroun lance un "Plan Marshall" de 530 milliards pour briser la dépendance aux importations

Médicaments : Le Cameroun lance un

Alors que 95% des médicaments sont importés, le complexe pharmaceutique géant Yicheng entre dans sa phase finale à Yaoundé. 30 ingénieurs chinois sont à pied d'œuvre. Découvrez les détails de ce projet à 530 milliards FCFA qui veut révolutionner la santé au Cameroun.

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Cameroun : Le chantier du géant pharmaceutique Yicheng entre en phase finale, un défi de 530 milliards FCFA contre la dépendance sanitaire


C’est un chantier qui cristallise tous les espoirs d’une industrie nationale encore balbutiante. À Meyo, sur l’axe autoroutier reliant Yaoundé à Nsimalen, le futur complexe pharmaceutique Yicheng entre dans une phase décisive. Le 3 mars 2026, le promoteur du projet et PDG de Yicheng Pharmaceutical Group, Idriss Confiance Mbe, a accueilli une délégation de plus de 30 ingénieurs chinois. Leur mission : superviser la finition, installer les équipements et préparer la mise en service progressive de ce qui pourrait devenir le poumon de l’industrie pharmaceutique en Afrique centrale.


Sur la table, un objectif clair, presque un ultimatum industriel : « achever leur mission en trois mois ». Ce calendrier serré fixé par le dirigeant camerounais illustre l’urgence de concrétiser un investissement global de 530 milliards de FCFA. Un projet présenté comme « structurant » pour l’avenir, dans un secteur où le chemin vers la souveraineté sanitaire ressemble encore à un parcours du combattant.


Une première phase déjà bien avancée


Les chiffres communiqués par les responsables du projet montrent une dynamique tangible. La première phase, évaluée à 30 milliards de FCFA, affiche un taux d’avancement de près de 60 %. L’ambition affichée est à la hauteur des moyens déployés : produire localement une large gamme de médicaments pour approvisionner le Cameroun et la sous-région. L’objectif final est double : réduire la facture des importations et endiguer le fléau des médicaments contrefaits qui inondent les marchés.


Le poids des importations, un mal chronique


Le projet Yicheng intervient dans un contexte où l’industrie pharmaceutique locale est réduite à la portion congrue. Selon le Comité de compétitivité, un think tank rattaché au ministère de l’Économie, le tissu industriel national est largement sous-exploité. Bien que l’on recense une quinzaine d’unités de production, celles-ci ne captent qu’environ 5 % du marché national du médicament. Le reste, soit 95 % de la demande, est couvert par les importations.


Pire, cette dépendance s’est considérablement aggravée ces dernières années. En 2010, les achats de produits pharmaceutiques à l’étranger s’élevaient à 69,5 milliards de FCFA. En 2024, ce chiffre a bondi pour atteindre près de 170 milliards de FCFA, pesant lourdement sur les réserves de devises du pays.


Des freins structurels à lever


Cette situation de faiblesse endémique s’explique par des contraintes structurelles bien identifiées : coûts de production prohibitifs, équipements vétustes, concurrence déloyale des circuits informels et une fiscalité jugée « asphyxiante » par les opérateurs du secteur. C’est dans ce terreau difficile que le complexe Yicheng doit désormais s’imposer.


Le projet représente donc bien plus qu’une simple usine. Il est un test grandeur nature pour la politique d’industrialisation du pays. Sa réussite dépend désormais de la capacité des équipes à tenir les délais, à calibrer les équipements critiques et à transformer ce gigantesque investissement en doses de médicaments accessibles aux populations. L’horizon est fixé : faire passer le Cameroon de la dépendance aux importations à une ère de production locale.




Cameroon: The Yicheng Pharmaceutical Giant Project Enters Final Phase, a CFAF 530 Billion Challenge Against Health Dependency


This is a construction site that embodies all the hopes of a still nascent national industry. In Meyo, on the Yaoundé-Nsimalen highway, the future Yicheng pharmaceutical complex is entering a decisive phase. On March 3, 2026, the project promoter and CEO of Yicheng Pharmaceutical Group, Idriss Confiance Mbe, welcomed a delegation of over 30 Chinese engineers. Their mission: to oversee the finishing work, install equipment, and prepare for the gradual commissioning of what could become the heart of the pharmaceutical industry in Central Africa.


On the table, a clear objective, almost an industrial ultimatum: "complete their mission in three months." This tight schedule set by the Cameroonian leader illustrates the urgency of realizing a global investment of CFAF 530 billion. It's a project presented as "structuring" for the future, in a sector where the path to health sovereignty is still an obstacle course.


A Well-Advanced First Phase


Figures released by project managers show tangible momentum. The first phase, valued at CFAF 30 billion, is already nearly 60% complete. The stated ambition matches the resources deployed: to produce a wide range of medicines locally to supply Cameroon and the sub-region. The ultimate goal is twofold: to reduce the import bill and curb the scourge of counterfeit medicines flooding the markets.


The Weight of Imports, a Chronic Ill


The Yicheng project comes at a time when the local pharmaceutical industry is reduced to a meager share. According to the Competitiveness Committee, a think tank attached to the Ministry of the Economy, the national industrial fabric is largely underutilized. Although about fifteen production units exist, they capture only about 5% of the national drug market. The rest, or 95% of the demand, is covered by imports.


Worse still, this dependence has significantly worsened in recent years. In 2010, purchases of pharmaceutical products from abroad stood at CFAF 69.5 billion. By 2024, this figure had jumped to nearly CFAF 170 billion, putting heavy pressure on the country's foreign exchange reserves.


Structural Barriers to Overcome


This chronic weakness is explained by well-identified structural constraints: high production costs, outdated equipment, unfair competition from informal circuits, and a tax system described as "suffocating" by industry players. It is in this difficult environment that the Yicheng complex must now establish itself.


The project therefore represents much more than a simple factory. It is a large-scale test for the country's industrialization policy. Its success now depends on the teams' ability to meet deadlines, calibrate critical equipment, and transform this gigantic investment into accessible medicine doses for the population. The horizon is set: to move Cameroon from dependence on imports to an era of local production.


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Didier Cebas K.

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