Télécoms : Le Cameroun mise 108 milliards sur la fibre chinoise, un pari risqué face au FMI
Le Cameroun accélère la numérisation de son territoire, mais à quel prix ? Le Président de la République a officiellement autorisé, par un décret du 6 mars 2026, la signature d’un accord de prêt avec la Banque d'import-export de Chine (China Exim Bank). Un financement colossal de 108,39 milliards de FCFA destiné à étendre le backbone national de fibre optique.
Un saut technologique sous perfusion chinoise
Cette enveloppe, équivalente à 1,35 milliard de yuans, servira à financer la phase IV de l’extension du réseau. L'objectif affiché est clair : renforcer les capacités de transmission des télécommunications sur l'ensemble du territoire. Ce projet s'inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté numérique, visant à soutenir l'économie, moderniser l'administration publique et stimuler le secteur privé. Pour le gouvernement, il s'agit d'un maillon essentiel pour désenclaver les régions et accompagner la transformation digitale du pays.
Une ardoise qui s’alourdit et un FMI vigilant
Cependant, cette avancée technologique intervient dans un contexte macroéconomique particulièrement tendu. Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), la dette publique camerounaise a atteint 14 240 milliards de FCFA fin 2024, représentant 45,6 % du PIB. Une hausse de 7,8 % des emprunts de l'État en un an, principalement due à ce type de grands projets d'infrastructure.
Ce niveau d’endettement, bien qu'encore sous le plafond communautaire de 70 % fixé par la CEMAC, inquiète les institutions de Bretton Woods. Le Fonds monétaire international (FMI), dans sa dernière mission de consultation au titre de l’article IV achevée en février 2026, a une fois de plus classé le Cameroun parmi les pays présentant un risque élevé de surendettement.
L'institution, qui projette une croissance de 3,3 % et un déficit de 1,7 % pour 2026, met en garde contre les "pressions de financement à court terme" qui poussent Yaoundé vers des emprunts extérieurs.
108 milliards pour un pari d’avenir
La donne est claire : le gouvernement parie sur l'infrastructure numérique pour doper la croissance future et rembourser ses dettes. L'extension de la fibre optique est vue comme un investissement structurant, capable de générer de nouvelles recettes fiscales via le développement du secteur privé et l'amélioration des services publics.
Alors que la Banque mondiale estime la dette publique à 43,4 % du PIB fin 2024, ce nouvel emprunt chinois, bien que concessionnel, va mécaniquement alourdir la facture. Le défi pour le Cameroun sera de transformer cette connectivité en croissance économique réelle, suffisamment robuste pour apaiser les craintes du FMI et maintenir la confiance des investisseurs. Le pari est lancé : miser sur la data pour rembourser le cash.
Cameroon Bets $180 Million on Chinese Fibre Optics Despite IMF Debt Warning
Cameroon is pushing forward with its digital transformation, but at a significant financial cost. In a decree dated March 6, 2026, the President authorized the Minister of the Economy to sign a loan agreement with the Export-Import Bank of China (China Exim Bank) to fund the expansion of the national fibre optic backbone.
A Technological Leap Funded by Beijing
The loan amounts to 108.39 billion FCFA (approx. $180 million). This Phase IV expansion aims to bolster national telecommunications transmission capacity. It is a key component of a broader infrastructure program designed to support economic activity, streamline public administration, and foster private sector development through enhanced digital connectivity.
Mounting Debt and a Wary IMF
This new borrowing comes at a time when Cameroon's public debt is climbing. According to the Caisse Autonome d'Amortissement (CAA), public debt reached 14.24 trillion FCFA by the end of 2024, representing 45.6% of GDP. This followed a 7.8% increase in state borrowing over the year, largely driven by public investments.
Consequently, the International Monetary Fund (IMF) continues to classify Cameroon as a country at high risk of debt distress. In its latest Article IV consultation concluded in February 2026, the IMF projected a budget deficit of 1.7% of GDP for 2026, with growth expected at 3.3%. It highlighted that short-term financing pressures remain elevated, pushing the state towards external commercial borrowing.
A Calculated Gamble on the Future
While the loan remains below the CEMAC regional debt threshold of 70% of GDP (World Bank data estimates public debt at 43.4% of GDP in 2024), it adds pressure to public finances. The government's strategy is a clear gamble: leverage this Chinese-financed infrastructure to boost future economic output and tax revenues.
The success of this policy will depend on whether the expanded fibre optic network can effectively catalyze private sector growth and improve public service efficiency. For now, Cameroon is betting heavily on its digital future to manage its financial present.
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Didier Cebas K.