Logements sociaux : entre relance gouvernementale et déficit structurel, le Cameroun face à l'urgence urbaine

Logements sociaux : entre relance gouvernementale et déficit structurel, le Cameroun face à l'urgence urbaine

Lanc? en 2009 avec une ambition claire ? construire 10 000 logements sociaux et aménager 50 000 parcelles constructibles ? le programme gouvernemental peine encore ? atteindre sa vitesse de croisière. Dix-sept ans plus tard, 3 585 logements ont ?t? achev?s, selon les chiffres communiqu?s le 12 f?vrier 2026 ? Douala par la ministre de l?Habitat et du D?veloppement urbain (Minhdu), C?lestine Ketcha Court?s.

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Ces données ont été rendues publiques à l’occasion de la remise des clés à 57 nouveaux bénéficiaires à Mbanga Bakoko, dans la capitale économique. Un symbole de relance, mais aussi révélateur de l’ampleur du chantier restant.


Une phase pilote en deçà des objectifs initiaux


Sur les 1 675 logements prévus dans la phase pilote, 1 130 ont été effectivement réalisés. À ces unités s’ajoutent celles issues du Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance économique (Planut), volet Habitat, du programme chinois ainsi que des logements portés par des PME, portant le total à 3 585 logements livrés à ce jour.


À Douala, 670 logements sont déjà disponibles, avec 40 supplémentaires annoncés d’ici mars et 30 autres en avril 2026.


Depuis le démarrage des remises de clés en 2013, près de 3 000 familles ont été relogées à Douala, Yaoundé, Bafoussam, Limbé, Bamenda et Sangmélima. Une progression qualifiée de « dynamique » par le Minhdu, mais qui reste marginale face à la demande nationale.


Des blocages structurels hérités des premières années


À son arrivée à la tête du ministère en 2018, Célestine Ketcha Courtès affirme n’avoir trouvé que 420 logements achevés. Les premières années d’exécution ont été marquées par des difficultés financières et logistiques, notamment au sein de certaines PME locales dont la capacité opérationnelle s’est révélée insuffisante, entraînant des arrêts de chantiers.


Pour redresser la trajectoire, l’État a procédé à une reconfiguration contractuelle, en s’appuyant sur des entreprises jugées plus performantes, via des accords exceptionnels du ministère des Marchés publics. L’objectif affiché : sécuriser la chaîne de production et accélérer les livraisons.


Un déficit estimé à 2,5 millions de logements


Malgré ces ajustements, le décalage entre l’offre et la demande demeure vertigineux. Le Cameroun fait face à un déficit structurel estimé à 2,5 millions de logements sociaux, qualifié d’« aigu » par les autorités.


Dans un contexte d’urbanisation rapide, la pression démographique dans les grandes métropoles — Douala et Yaoundé en tête — accentue la spéculation foncière, la prolifération des quartiers informels et l’insuffisance des infrastructures de base.


Foncier et fiscalité : les nouveaux points de tension


Pour accélérer la cadence, le gouvernement a engagé des discussions avec plusieurs partenaires privés, notamment Pnhg, Addoha, Lafak et Wagas. Mais un obstacle majeur subsiste : l’accès sécurisé au foncier.


Selon la ministre, des concertations avec le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières ont permis des avancées sur la question des titres de propriété, avec une priorité annoncée pour 2026.


Autre paramètre déterminant : la fiscalité. Depuis janvier 2026, l’État a supprimé l’exonération de TVA sur l’immobilier social, instaurant un taux de 10 % sur les ventes, locations et intérêts liés à ces opérations. Une mesure susceptible d’alourdir les coûts de production et, in fine, le prix d’accès pour les ménages à revenus modestes.


Une équation économique encore fragile


Entre volonté politique, contraintes foncières et pression fiscale, le programme de logements sociaux se trouve à un tournant stratégique. Si la relance est enclenchée, la soutenabilité financière et la capacité à industrialiser la production restent les véritables défis.


À l’heure où les besoins explosent, la question centrale demeure : le Cameroun peut-il combler son déficit urbain sans réforme structurelle profonde du foncier et du financement du logement social ?




Social Housing in Cameroon: 3,585 Units Delivered in 17 Years, While a 2.5 Million Housing Deficit Persists


Launched in 2009 with the ambition to build 10,000 social housing units and develop 50,000 serviced plots, Cameroon’s national housing program is still struggling to meet expectations. As of February 12, 2026, a total of 3,585 housing units have been completed, according to Housing and Urban Development Minister Célestine Ketcha Courtès during a key handover ceremony in Douala.


While nearly 3,000 families have been housed across major cities since 2013, the country still faces an estimated deficit of 2.5 million social housing units — a crisis described by authorities as “acute.”


Initial implementation was slowed by financial and logistical weaknesses among local contractors, leading to stalled projects. Since 2018, the government has restructured contracts and partnered with more experienced firms to accelerate delivery.


However, structural challenges remain. Secure land access continues to be a major bottleneck, despite ongoing coordination with land administration authorities. In addition, since January 2026, a new 10% VAT on social housing transactions has replaced previous tax exemptions, potentially increasing project costs and limiting affordability for low-income households.


As urbanization accelerates, Cameroon’s housing strategy stands at a critical juncture, balancing political ambition with financial, fiscal and land management realities.


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Mouahna Divine

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