Clinker et marbre : le Cameroun serre la vis sur les exportations pour protéger son marché intérieur

Clinker et marbre : le Cameroun serre la vis sur les exportations pour protéger son marché intérieur

Le Cameroun renforce sa stratégie d?import-substitution. Dans la loi de finances 2026, l'état instaure un pr?l?vement sp?cial de 10 % sur la valeur sortie-usine du clinker et du marbre produits localement, dès lors que ces produits quittent le territoire national. Une mesure assumée par le gouvernement, qui entend r?orienter la production nationale vers le march? int?rieur et r?duire la d?pendance aux importations.

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Dans sa circulaire relative à l’exécution du budget de l’État pour l’exercice 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, précise le champ d’application du dispositif :


« Le marbre, le ciment non pulvérisé dit clinker et toutes autres matières minérales bénéficiant des incitations fiscales et douanières pour la production locale sont soumis à un prélèvement spécial au taux de 10 % de la valeur sortie usine, à la sortie du territoire national. »


Freiner les exportations pour mieux servir le marché local


À l’analyse, la mesure vise clairement à dissuader les producteurs nationaux d’exporter, en particulier vers les pays voisins, tant que le marché camerounais reste structurellement déficitaire. L’enjeu est double : soutenir l’offre locale et corriger une balance commerciale pénalisée par des importations massives de clinker et de produits dérivés.


Le paradoxe est bien connu dans la filière. Alors que le Cameroun continue d’importer des volumes significatifs de marbre et de clinker, certaines entreprises locales orientent une partie de leur production vers l’export.


Le cas emblématique de Figuil


La situation de Figuil, dans la région du Nord, illustre cette tension. La localité abrite la société Chaux Roca, fondée en 1946, dont une partie de la production de marbre est exportée vers des marchés comme le Tchad et le Nigeria, alors même que le Cameroun demeure importateur net de ce matériau.


Figuil accueille également une unité stratégique des Cimenteries du Cameroun (Cimencam). Cette usine a récemment vu ses capacités renforcées, avec une production journalière annoncée de 1 000 tonnes de clinker, un intrant clé pour la fabrication du ciment.


Un levier contre la cherté du ciment


En toile de fond, le gouvernement cible l’un des facteurs structurels de la cherté du ciment sur le marché national : les importations de clinker par les cimentiers locaux. En décourageant l’exportation de volumes produits localement — jugés encore insuffisants — l’exécutif espère renforcer l’approvisionnement interne, réduire les coûts de production et, à terme, peser sur les prix à la consommation.


Cette nouvelle taxation s’inscrit ainsi dans une logique plus large de souveraineté industrielle, où les avantages fiscaux accordés à la production locale s’accompagnent désormais d’obligations implicites : produire au Cameroun, d’abord pour le Cameroun.




Cameroon tightens export rules on clinker and marble to protect domestic supply


As part of its 2026 Finance Law and import-substitution strategy, Cameroon has introduced a 10% levy on locally produced clinker and marble exported outside the country. The measure, detailed in a budget execution circular signed by Finance Minister Louis Paul Motazé, targets products that benefit from tax and customs incentives for local production.


The policy aims to encourage producers to prioritize the domestic market, at a time when Cameroon continues to import significant volumes of clinker and marble. Authorities also seek to address trade imbalances and structural factors behind high cement prices, notably the reliance on imported clinker.


The situation in Figuil, home to Chaux Roca and a major Cimencam cement plant producing up to 1,000 tons of clinker per day, highlights the paradox: local production exists, yet exports persist while domestic demand remains unmet.


By taxing exports of locally produced materials, the government hopes to strengthen internal supply, reduce import dependence, and support a broader push toward industrial self-sufficiency.


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Mouahna Divine

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