Cameroun - Insubordination: Un neveu du Général Asso'o défie les autorités

Passant outre le refus du délégué régional du Travail et de la Sécurité sociale pour le Centre et la législation en vigueur en matière du travail, Théodore Mbe Assae Mendomo, député-directeur général de la Coopération Sino Camerounaise Sarl (Cosincam), licencie le délégué du personnel de la Carrière de Mekom (arrondissement de Bikok).

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Les populations riveraines sur le pied de guerre.



Manifestement, Théodore Alexandre Mbe Assae Mendomo, député du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) Dja et Lobo, ainsi que ses partenaires chinois, ne semblent sensibles ni à l'autorité de l'Etat ni aux lois de la République dont le Parlement est censé être le principal garant. Pour avoir voulu, au nom de tout le personnel œuvrant à la carrière de gravier et sable de Mekom (située dans la localité de Bikok) et en vertu de l'article 128 du Code du travail, revendiquer leur immatriculation à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), ainsi que l'amélioration des conditions de travail (contrats, congés, sécurité, paiement des heures supplémentaires, etc.) et du traitement salarial, Christian B. Essomba Akoumou a été purement et simplement viré de l'entreprise par le député-directeur général de la Cosincam et ses suppôts chinois, véritables exploitants et grands bénéficiaires de cette sorte de mine d'or du village Mekom.



M. Essomba Akoumou est viré sans le moindre respect de la législation du travail en vigueur, votée par l'Assemblée nationale en 1992. Son bourreau, M. Mbe Assae Mendomo, est un étrange élu de la nation qui foule allègrement aux pieds, les lois votées par l'auguste institution dont il fait partie depuis 2007 et qui ambitionnent d'assurer la protection des employés du secteur privé.



Pendant que les pouvoirs publics combattent la précarité de l'emploi, le député et ses partenaires Chinois luttent contre les pauvres et abusent, sans coup férir, leurs jeunes employés.



Des pratiques esclavagistes à la pelle.



Ainsi, le neveu du général Asso'o Emane se débarrasse, comme bon lui semble, de ses employés qui, de surcroît, ne sont liés par aucun contrat de travail. Et, comme à l'époque des colons, les pauvres suppliciés travaillent jusqu'à des heures indues avec, au finish, des salaires de catéchistes. Le licenciement, que les hommes de loi qualifient d'abusif, du délégué du personnel pour «faute lourde», apparaît comme la goutte d'eau qui a débordé le vase. Une véritable incongruité du député, censé savoir que le licenciement d'un délégué du personnel répond à une procédure bien définie.



Tenez, dans ses pratiques esclavagistes, l'élu de la nation ignore carrément la législation en vigueur. Pire, sa lettre de licenciement, datée du 1er juillet 2013, intervient avant l'autorisation préalable de la sanction par Benjamin Tsoung, délégué régional du Travail et de la Sécurité sociale pour le Centre qui, elle, date du 18 août 2013. Bien plus: «pour faits non établis», le collaborateur du ministre Grégoire Owona émet son refus au licenciement qui, en réalité, avait déjà pris effet avant même la réponse du délégué à la demande d'autorisation de la sanction, lourde de conséquences professionnelles et socioéconomiques, contre M. Essomba Akoumou.



«La Cosincam est une société où l'homme est vraiment exploité par l'homme. Au lieu de 08 heures, comme le prévoit la réglementation en vigueur, nous en rendons pratiquement 10. A la moindre tentative de revendication, les responsables brandissent la menace de licenciement. Une véritable épée de Damoclès sur nos tête», explique un trentenaire, alangui par une longue journée de corvée. «Figurez-vous que nous travaillons, à longueur d'année, dans une carrière sans équipements appropriés pour des travaux aussi délicats et périlleux», renchérit un camarade d'infortune au bord des larmes. Il invoque des «salaires négociés à la tête de l'employé et payés en monnaie de singe», le «népotisme» à ciel ouvert, les «mises en-chômage technique à tête chercheuse et sans avantages prévus par la réglementation en vigueur», l'insécurité sociale et sanitaire», le licenciement abusif des employés, des conditions de travail précaires... Des pratiques relevant de l'époque coloniale.



La réglementation balayée du revers de la main



Comme tout bon négrier des temps modernes, après trois ans de bons et loyaux services rendus à la Cosincam, l'honorable Mbe Assae Mendomo va se séparer de son employé, de surcroît délégué du personnel, sans lui payer ses droits (arriérées de salaire, indemnités de licenciement et préavis), telle que l'exige la législation camerounaise votée par le Parlement. A titre de rappel, l'article 130 (alinéa 1) de la loi n°007 du 14 août 1992 dispose: «Tout licenciement d'un délégué du personnel, titulaire ou suppléant, envisagé par l'employeur est subordonné à l'autorisation de l'inspecteur du travail du ressort». Plus bas (alinéa 3): «Tout licenciement effectué sans que l'autorisation» du délégué du personnel «ait été demandée et accordée est nul et de nul effet». D'aucuns diront, au regard de son caractère visiblement vicieux, que l'homme d'affaires enfreint, de mauvaise foi, la loi votée par l'Assemblée nationale. Bien plus, l'entreprise du super-député est loin de respecter la réglementation en matière d'exploitation des carrières de gravier et de sable, telle que prescrite par le ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique.



Et, au moment où la Cnps exige de tous les employeurs du secteur privé le respect de la prévoyance et de la sécurité sociale, à travers l'immatriculation et le versement régulier des cotisations de leurs employés auprès de l'institution, le directeur général de la Cosincam fait manifestement la sourde oreille. Bizarre, venant d'un élu de la nation quant au bien-fondé de la politique de sécurité sociale et de l'emploi durable. Nous y reviendrons! 

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