Gaz du Cameroun : 57 milliards de FCFA s'évaporent du capital, une restructuration qui sent le soufre
L'annonce légale est tombée comme un couperet le 9 octobre 2026. Gaz du Cameroun (GDC), exploitant du champ gazier de Logbaba à Douala, a réduit son capital social de 57,03 milliards de FCFA, soit une saignée de 86,4 %. Un peu plus d'un an après son passage sous le contrôle de Cameroon Holdings Limited (CHL), l'opérateur gazier plie sous le poids d'une restructuration financière dont les contours restent étrangement flous.
Un capital qui fond comme neige au soleil
Les chiffres donnent le vertige. Le capital social de GDC est passé de 66,007 milliards à 8,978 milliards de FCFA. La décision a été prise le 25 août dernier par l'actionnaire unique de l'entreprise, mais n'a été rendue publique que récemment. Problème : l'annonce légale ne précise ni le mécanisme de cette réduction, ni si les 57,03 milliards supprimés correspondent à l'apurement de pertes, à un remboursement à l'actionnaire ou à une autre opération comptable.
En clair, on navigue à vue. Une réduction destinée à absorber des pertes antérieures n'entraîne pas nécessairement de décaissement : elle modifie simplement le montant du capital inscrit dans les statuts pour tenir compte de pertes déjà comptabilisées. Mais sans la décision intégrale de l'actionnaire unique ni les comptes de GDC, impossible de trancher. Le mystère reste entier.
Un rachat à 356 millions pour des créances de 68,5 milliards
Pour comprendre cette opération, il faut remonter au 29 juillet 2025. Ce jour-là, les administrateurs de Victoria Oil & Gas (VOG), maison mère britannique de GDC placée sous administration depuis février 2023, cèdent l'intégralité des actions de Bramlin Limited à Cameroon Holdings Limited. Bramlin détient 100 % de l'opérateur camerounais. Prix de cession : 470 000 livres sterling, soit environ 356,4 millions de FCFA. Une misère.
Mais la transaction ne portait pas uniquement sur les actions. Deux créances détenues par VOG, d'une valeur comptable cumulée de 120,4 millions de dollars (environ 68,5 milliards de FCFA), ont également été transférées à CHL. La première, de 114,1 millions de dollars, concernait Bramlin. La seconde, de 6,3 millions de dollars (environ 3,6 milliards de FCFA), portait directement sur Gaz du Cameroun.
Autrement dit, CHL, déjà créancier de VOG, a racheté l'entreprise pour une bouchée de pain tout en récupérant des créances dont la valeur comptable dépasse largement le prix payé. Le cabinet Anderson Anderson & Brown, chargé de l'évaluation, avait d'ailleurs attribué une valeur nulle aux actions de Bramlin, tenant compte des niveaux de production, des dépenses futures et des coûts anticipés de démantèlement. Un signal fort.
Une restructuration aux allures de jeu de dupes
Treize mois après ce rachat, la réduction de capital décidée en août 2026 constitue une nouvelle étape dans la réorganisation financière de l'opérateur de Logbaba. Mais aucun document consulté ne permet d'établir si elle était prévue dans les conditions du rachat, ni si elle s'accompagne d'un réaménagement des créances acquises par CHL. Le traitement de ces créances et l'effet de la réduction sur les capitaux propres de GDC restent à documenter.
Dans le landernau énergétique camerounais, cette opération intervient dans un contexte déjà électrique. La Société camerounaise d'électricité (Socadel) vient de dévoiler un plan d'urgence de 107 milliards de FCFA pour 2026-2027, avec en ligne de mire la réhabilitation des groupes thermiques, la maintenance des centrales hydroélectriques et le développement du parc solaire. Mais là encore, les zones d'ombre persistent : aucun montant décaissé n'est communiqué, et l'affectation des financements au plan n'est pas chiffrée.
Socadel : 260 milliards recherchés, dont 150 pour refinancer la dette
Pour financer son redressement, Socadel a confié aux banques deux mandats représentant un objectif cumulé de 260 milliards de FCFA. Le premier, signé le 1er juillet avec General Bank of Cameroon, vise à mobiliser 60 milliards pour des investissements dans la production, la distribution et la commercialisation de l'électricité. Le second, signé le 31 août avec General Bank of Cameroon, Afriland First Bank et BGFIBank Cameroun, porte sur 200 milliards de FCFA. Le montage prévoit un crédit renouvelable de 50 milliards pour les besoins courants de trésorerie et un prêt de 150 milliards destiné au refinancement des dettes bancaires et fournisseurs sur des échéances plus longues.
Attention aux raccourcis : cette dernière ligne doit réaménager des engagements existants. Elle ne correspond pas à 150 milliards disponibles pour de nouveaux travaux. La note du 8 octobre rappelle d'ailleurs expressément que la signature d'un mandat « ne vaut pas mise à disposition immédiate des fonds ». Les prêts restent soumis aux autorisations de crédit, à la finalisation des contrats et aux conditions requises par les banques.
44,54 milliards d'achats soumis à appel d'offres
Sur le terrain, les besoins sont criants. Six appels d'offres datés du 4 octobre et publiés le 8 octobre sur la plateforme de l'Agence de régulation des marchés publics (ARMP) totalisent 44,54 milliards de FCFA TTC. Ils concernent les câbles, les transformateurs, les équipements de protection, les accessoires de lignes, les pièces de rechange et l'installation de 10 MW de capacités thermiques dans le réseau interconnecté Nord. Les soumissions sont attendues le 23 octobre. Pour les transformateurs, les délais de livraison prévus sont de cinq mois pour les équipements de distribution et de huit mois pour les autotransformateurs.
Pendant ce temps, la direction de Socadel déclare 6,5 milliards de FCFA d'économies : 3 milliards sur les coûts de fonctionnement et 3,5 milliards sur l'assistance technique et les consultants. Six audits restent en cours, sur les créances, la dette, le personnel, les stocks, les frais financiers et les contrats. Le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a annoncé une progression des recettes mensuelles de 30 à 32 milliards de FCFA. Mais le ministère précise que les factures de producteurs et du transporteur, notamment NHPC, Globeleq et Sonatrel, ne sont pas encore intégralement réglées.
Un secteur énergétique sous haute tension
Entre la réduction de capital opaque de Gaz du Cameroun et les zones d'ombre du plan d'urgence de Socadel, le secteur énergétique camerounais navigue en eaux troubles. Les opérations financières se succèdent, mais les citoyens, eux, attendent toujours des coupures moins longues et un approvisionnement plus fiable. À Logbaba comme à Lom Pangar, les promesses se heurtent à une réalité tenace : celle d'un système énergétique qui cherche encore son second souffle.
Gaz du Cameroun: 57 Billion FCFA Vanish from Capital, a Restructuring That Smells Fishy
The legal notice dropped like a bombshell on October 9, 2026. Gaz du Cameroun (GDC), operator of the Logbaba gas field in Douala, has reduced its share capital by 57.03 billion FCFA—a whopping 86.4% slash. Just over a year after coming under the control of Cameroon Holdings Limited (CHL), the gas operator is buckling under a financial restructuring whose contours remain strangely blurred.
A Capital Melting Like Snow in the Sun
The figures are dizzying. GDC's share capital plummeted from 66.007 billion to 8.978 billion FCFA. The decision was made on August 25 by the company's sole shareholder but only recently made public. Problem: the legal notice specifies neither the mechanism of this reduction nor whether the 57.03 billion FCFA eliminated corresponds to loss absorption, a repayment to the shareholder, or another accounting operation.
In short, we're navigating blind. A reduction intended to absorb prior losses does not necessarily involve a cash outflow: it simply modifies the capital amount recorded in the articles of association to reflect already-recognized losses. But without the full decision of the sole shareholder or GDC's financial statements, it's impossible to decide. The mystery remains intact.
A Buyout at 356 Million for 68.5 Billion in Receivables
To understand this operation, we need to go back to July 29, 2025. That day, the administrators of Victoria Oil & Gas (VOG), GDC's British parent company under administration since February 2023, sold all shares of Bramlin Limited to Cameroon Holdings Limited. Bramlin holds 100% of the Cameroonian operator. Sale price: 470,000 pounds sterling, or about 356.4 million FCFA. A pittance.
But the transaction wasn't just about shares. Two receivables held by VOG, with a combined book value of 120.4 million dollars (about 68.5 billion FCFA), were also transferred to CHL. The first, worth 114.1 million dollars, concerned Bramlin. The second, worth 6.3 million dollars (about 3.6 billion FCFA), related directly to Gaz du Cameroun.
In other words, CHL, already a creditor of VOG, bought the company for a song while recovering receivables whose book value far exceeds the price paid. The firm Anderson Anderson & Brown, tasked with asset valuation, had assigned zero value to Bramlin's shares, considering production levels, future expenditures, and anticipated decommissioning costs. A strong signal.
A Restructuring That Looks Like a Shell Game
Thirteen months after this buyout, the capital reduction decided in August 2026 marks a new stage in the financial reorganization of the Logbaba operator. But no document consulted allows establishing whether it was planned in the buyout terms, nor whether it comes with a restructuring of the receivables acquired by CHL. The treatment of these receivables and the effect of the reduction on GDC's equity remain to be documented.
In the Cameroonian energy landscape, this operation occurs in an already electric context. The Cameroon Electricity Company (Socadel) has just unveiled an emergency plan of 107 billion FCFA for 2026-2027, targeting the rehabilitation of thermal units, maintenance of hydroelectric plants, and development of solar farms. But here too, gray areas persist: no disbursed amounts are communicated, and the allocation of financing to the plan is not quantified.
Socadel: 260 Billion Sought, Including 150 to Refinance Debt
To finance its recovery, Socadel has entrusted two mandates to banks representing a combined target of 260 billion FCFA. The first, signed on July 1 with General Bank of Cameroon, aims to mobilize 60 billion for investments in electricity production, distribution, and marketing. The second, signed on August 31 with General Bank of Cameroon, Afriland First Bank, and BGFIBank Cameroun, covers 200 billion FCFA. The arrangement includes a 50 billion revolving credit for current cash needs and a 150 billion loan to refinance bank and supplier debts over longer maturities.
Beware of shortcuts: this last line must restructure existing commitments. It does not correspond to 150 billion available for new works. The October 8 note explicitly recalls that signing a mandate "does not constitute immediate availability of funds." Loans remain subject to credit authorizations, contract finalization, and bank requirements.
44.54 Billion in Purchases Subject to Tenders
On the ground, needs are glaring. Six tenders dated October 4 and published October 8 on the Public Procurement Regulatory Agency (ARMP) platform total 44.54 billion FCFA including tax. They cover cables, transformers, protection equipment, line accessories, spare parts, and the installation of 10 MW of thermal capacity in the Northern interconnected grid. Bids are due October 23. For transformers, delivery times are five months for distribution equipment and eight months for autotransformers.
Meanwhile, Socadel's management claims 6.5 billion FCFA in savings: 3 billion on operating costs and 3.5 billion on technical assistance and consultants. Six audits remain ongoing, covering receivables, debt, personnel, inventory, financial expenses, and contracts. Water and Energy Minister Gaston Eloundou Essomba announced monthly revenue growth from 30 to 32 billion FCFA. But the ministry specifies that invoices from producers and the transmission company—notably NHPC, Globeleq, and Sonatrel—are not yet fully settled.
An Energy Sector Under High Tension
Between Gaz du Cameroun's opaque capital reduction and the gray areas of Socadel's emergency plan, Cameroon's energy sector is navigating troubled waters. Financial operations multiply, but citizens are still waiting for shorter outages and more reliable supply. From Logbaba to Lom Pangar, promises collide with a tenacious reality: that of an energy system still searching for its second wind.
Silognhia Edwige
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