L’Union européenne envisage d’envoyer jusqu’à 10 000 migrants expulsés en Ouganda
L’Ouganda pourrait accueillir un centre destiné à recevoir entre 5 000 et 10 000 personnes auxquelles le droit de séjour a été refusé dans l’Union européenne. Le projet, rapporté par le quotidien Daily Monitor, soulève des questions sur la politique migratoire européenne, le financement de Kampala et les responsabilités des États concernés.
L’Union européenne pourrait franchir une nouvelle étape dans sa politique de contrôle migratoire en envisageant l’installation, en Ouganda, d’un centre destiné à accueillir jusqu’à 10 000 migrants susceptibles d’être expulsés de son territoire. Selon le quotidien ougandais Daily Monitor, qui cite des sources et des documents en sa possession, cette proposition est actuellement à l’étude, sans qu’aucune décision officielle n’ait été annoncée.
Le projet prévoit la création d’une structure pouvant accueillir entre 5 000 et 10 000 personnes dont le droit de séjour dans les pays de l’Union européenne a été refusé. En contrepartie de sa coopération, Kampala pourrait bénéficier d’une compensation financière ainsi que de préférences commerciales supplémentaires.
Si elle se concrétise, cette initiative placerait l’Ouganda au cœur des discussions européennes sur l’externalisation de la gestion migratoire, une approche qui consiste à confier à des pays situés hors de l’Union une partie des dispositifs liés au retour des personnes en situation irrégulière ou déboutées de leur demande de séjour.
Cinq pays européens impliqués dans les discussions
D’après les informations rapportées par Daily Monitor, cinq pays européens participeraient aux discussions sur la création de centres destinés à accueillir des migrants expulsés en dehors de l’Union européenne : l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Grèce.
L’objectif avancé serait notamment de renforcer les mécanismes de retour des personnes qui ne disposent plus d’un droit de séjour dans l’espace européen. La perspective d’un transfert vers l’Ouganda pourrait également être utilisée pour encourager certains migrants à retourner volontairement dans leur pays d’origine.
Toutefois, plusieurs questions restent en suspens : les catégories exactes de personnes concernées, les conditions de leur transfert, la durée éventuelle de leur séjour en Ouganda et les garanties qui leur seraient accordées. Les modalités de financement et les engagements précis des pays participants ne sont pas davantage établis publiquement à ce stade.
Bruxelles prend ses distances avec l’initiative
Alors que le projet suscite des interrogations sur le niveau d’implication des institutions européennes, la représentation de l’Union européenne en Ouganda a apporté une précision importante.
Selon son porte-parole, Emmanuel Gyezaho, la visite à Kampala, en septembre, des eurodéputées Tineke Strik et Anna Strolenberg était de nature privée. Elle n’avait été organisée ni par le Parlement européen ni par la Commission européenne.
Le porte-parole a également indiqué que la Commission européenne n’avait reçu aucun mandat pour mener des négociations avec les autorités ougandaises sur un tel dispositif.
Cette précision est déterminante : la présence d’élues européennes dans des discussions ne signifie pas nécessairement qu’un accord officiel a été négocié ou approuvé par les institutions de l’Union. À ce stade, les informations publiées décrivent donc une proposition en discussion, et non un mécanisme européen formellement adopté.
Kampala privilégie des accords bilatéraux
Du côté ougandais, le ministre des Affaires étrangères, Adonia Ayebare, a indiqué que de tels arrangements ne pourraient être conclus que sur une base bilatérale avec des États membres de l’Union européenne pris individuellement.
Cette position laisse entrevoir un éventuel dispositif négocié pays par pays, plutôt qu’un accord global conclu directement entre Kampala et l’ensemble des institutions européennes.
Aucune décision officielle n’a cependant été prise concernant la création du centre. Les discussions devront notamment préciser les responsabilités des États concernés, les conditions d’accueil des personnes transférées et les éventuelles contreparties accordées à l’Ouganda.
L’Ouganda accueille déjà près de deux millions de réfugiés
Le choix de l’Ouganda n’est pas anodin. Le pays figure parmi les principaux territoires d’accueil de réfugiés dans le monde. Selon les informations communiquées dans le cadre de cette proposition, environ deux millions de réfugiés et de demandeurs d’asile vivent déjà sur son territoire, principalement en provenance de pays africains voisins.
L’éventuelle arrivée de plusieurs milliers de personnes transférées depuis l’Europe poserait ainsi la question des capacités d’accueil du pays, des ressources nécessaires et de la répartition des responsabilités entre Kampala et ses partenaires étrangers.
Au-delà des considérations financières et commerciales, un tel projet soulèverait également des enjeux de protection des droits fondamentaux. Les conditions d’hébergement, l’accès aux procédures de recours, la protection contre les transferts vers des pays où les personnes risqueraient des persécutions et le respect du principe de non-refoulement devraient notamment être examinés.
Le principe de non-refoulement interdit, dans les conditions prévues par le droit international, de renvoyer une personne vers un territoire où elle risque notamment des persécutions ou des atteintes graves à ses droits.
Un projet encore loin d’être concrétisé
Pour l’heure, le projet de centre migratoire en Ouganda reste au stade des discussions rapportées par la presse. L’absence de décision officielle, les réserves exprimées sur le mandat de la Commission européenne et la volonté de Kampala de privilégier des accords bilatéraux empêchent de considérer sa mise en œuvre comme acquise.
L’évolution de ce dossier dépendra des négociations éventuelles entre l’Ouganda et les États européens concernés, mais aussi des garanties juridiques et humanitaires qui pourraient accompagner un tel mécanisme.
Une chose est certaine : si le projet aboutit, il pourrait illustrer une nouvelle étape dans les efforts de certains pays européens pour organiser hors de leurs frontières une partie de la gestion des retours migratoires. Reste à savoir à quelles conditions l’Ouganda accepterait d’assumer cette responsabilité et quelles garanties seraient apportées aux personnes concernées.
EU Weighs Uganda Centre for Up to 10,000 Migrants Facing Expulsion from Europe
Uganda is considering a proposal to host a centre for between 5,000 and 10,000 people denied the right to remain in European Union countries. Reported by Uganda’s Daily Monitor, the plan could involve financial compensation and additional trade benefits for Kampala, although no official decision has been announced.
The European Union could be considering a new approach to migration management, with Uganda potentially hosting a centre for up to 10,000 migrants facing expulsion from Europe. According to Uganda’s Daily Monitor, citing sources and documents in its possession, the proposal is under discussion, but no formal decision has yet been made.
The initiative envisages a facility accommodating between 5,000 and 10,000 people who have been refused permission to remain in EU countries. In exchange for its cooperation, Uganda could receive financial compensation and additional trade preferences.
If implemented, the proposal would place Uganda at the centre of European discussions on the externalisation of migration management, an approach under which countries outside the EU take on part of the arrangements relating to the return of people without the right to remain in Europe.
Five European Countries Reportedly Involved
According to the Daily Monitor, five European countries are participating in discussions about establishing centres outside the EU for migrants facing removal: Germany, Austria, the Netherlands, Denmark and Greece.
The stated objective would be to strengthen return mechanisms for people who no longer have the right to stay in European countries. The prospect of being transferred to Uganda could also be used to encourage some migrants to return voluntarily to their countries of origin.
However, key details remain unclear, including which categories of people would be covered, the conditions governing their transfer, how long they might remain in Uganda and what safeguards would be available to them. The proposed funding arrangements and the precise commitments of participating countries have also not been publicly established.
EU Delegation Distances Itself from the Proposal
As questions emerge over the level of institutional involvement, the European Union delegation in Uganda has clarified the circumstances surrounding the discussions.
According to its spokesperson, Emmanuel Gyezaho, the September visit to Kampala by Members of the European Parliament Tineke Strik and Anna Strolenberg was private. It was not organised by either the European Parliament or the European Commission.
Gyezaho also said that the European Commission had not received a mandate to negotiate such an arrangement with the Ugandan authorities.
The distinction is significant. The involvement of individual European lawmakers in discussions does not necessarily mean that an agreement has been negotiated or approved by EU institutions. For now, the reported initiative should therefore be treated as a proposal under discussion rather than an officially adopted European mechanism.
Uganda Says Any Agreement Would Be Bilateral
Uganda’s Foreign Minister, Adonia Ayebare, said that arrangements of this nature could only be concluded on a bilateral basis with individual EU member states.
His statement points towards a possible system of country-by-country agreements rather than a comprehensive deal negotiated directly between Kampala and the EU institutions as a whole.
No official decision has been taken on establishing the centre. Any future negotiations would need to clarify the responsibilities of the countries involved, the conditions under which transferred individuals would be accommodated and the potential benefits offered to Uganda.
Uganda Already Hosts Around Two Million Refugees
Uganda's potential role is particularly significant because the country is already one of the world's major refugee-hosting nations. According to the figures cited in connection with the proposal, approximately two million refugees and asylum seekers are currently living in Uganda, most of them from neighbouring African countries.
The possible arrival of thousands of people transferred from Europe would raise questions about Uganda's reception capacity, the resources required and the division of responsibilities between Kampala and its foreign partners.
Beyond financial and trade considerations, the proposal would also raise important human rights concerns. Accommodation conditions, access to appeal procedures, protection against transfers to countries where individuals could face persecution, and compliance with the principle of non-refoulement would all require scrutiny.
Under international law, the principle of non-refoulement prohibits, in applicable circumstances, returning people to territories where they face persecution or other serious threats to their rights.
Proposal Remains at the Discussion Stage
For now, the proposed migration centre in Uganda remains at the discussion stage, according to the media reports. The absence of an official decision, questions about the European Commission's negotiating mandate and Kampala's preference for bilateral agreements mean that implementation cannot be taken for granted.
The next steps will depend on any negotiations between Uganda and the European countries concerned, as well as the legal and humanitarian safeguards that might accompany such an arrangement.
If the proposal moves forward, it could mark another step in efforts by some European countries to manage part of their migration-return procedures beyond their own borders. The key question remains under what conditions Uganda would accept this responsibility and what protections would be guaranteed to the people concerned.
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