Deuil au Cap-Vert, exode au Nigeria, Ebola en RDC : l’Afrique face à une nouvelle série de crises

Deuil au Cap-Vert, exode au Nigeria, Ebola en RDC : l’Afrique face à une nouvelle série de crises

Deuil national au Cap-Vert après la mort de 25 personnes, exode dans le nord du Nigeria et flambée d’Ebola en RDC : l’Afrique traverse une semaine sous haute tension.

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Deuil au Cap-Vert, exode au Nigeria, Ebola en RDC : l’Afrique face à une nouvelle série de crises


L’Afrique est confrontée à une succession de drames et de défis qui rappellent la fragilité de plusieurs régions du continent. Au Cap-Vert, un accident de bus a coûté la vie à 25 personnes, principalement des enfants. Dans le nord du Nigeria, la terreur pousse des habitants à abandonner leurs villages. En République démocratique du Congo, la riposte contre Ebola se heurte à une profonde défiance des populations. Pendant ce temps, les dirigeants africains réclament des financements climatiques à la hauteur des urgences du continent.


Cap-Vert : 25 morts dans un accident de bus, le pays en deuil


Le Cap-Vert est plongé dans le deuil après le terrible accident d’un bus transportant des écoliers et des étudiants qui revenaient d’une excursion sur l’île de Fogo.


Selon les informations rapportées par la radio sud-africaine SABC, le véhicule a quitté la route avant de faire une chute d’environ 30 mètres dans un ravin, près de Campanas de Cima.


Le bilan, initialement établi à 22 morts, est désormais de 25 victimes. Douze enfants âgés de 6 à 11 ans restent hospitalisés.


Face à l’ampleur du drame, les autorités cap-verdiennes ont décrété deux jours de deuil national. Les drapeaux ont été mis en berne à travers le pays et plusieurs événements festifs ont été annulés.


Le président José Maria Neves a qualifié l'accident de « véritable catastrophe ». Le drame est présenté comme l’accident de la route le plus meurtrier enregistré dans l’archipel depuis le début du XXIe siècle.


Derrière les chiffres, c’est tout un pays qui pleure une génération fauchée sur une route de montagne. La présence de nombreux enfants parmi les victimes donne à cette tragédie une dimension particulièrement douloureuse.


Nigeria : la peur vide des villages dans l’État de Katsina


À plusieurs milliers de kilomètres du Cap-Vert, une autre crise frappe les populations civiles.


Dans le nord du Nigeria, des habitants d’au moins 15 villages du district de Dandume, dans l’État de Katsina, auraient quitté leurs maisons face à la multiplication des attaques terroristes, rapporte le quotidien Daily Trust, citant des témoins.


La menace bouleverse le quotidien. Des habitants expliquent vivre dans une peur permanente et limiter leurs déplacements. Les activités agricoles et commerciales, essentielles à la survie des communautés rurales, sont également perturbées.


La situation est aggravée par les enlèvements. Selon les témoignages rapportés par le journal, plus d’une centaine de civils ont été pris en otage au cours des deux dernières semaines, en plus des personnes déjà détenues.


Cette nouvelle vague de déplacements illustre une réalité désormais bien connue dans certaines régions du Nigeria : lorsque les populations ne peuvent plus cultiver leurs terres, commercer ou se déplacer librement, le terrorisme devient également une crise humanitaire et économique.


Le nord-est du Nigeria reste historiquement marqué par l’insurrection de Boko Haram, fondé en 2009 à Maiduguri, dans l’État de Borno. Après les offensives militaires qui ont fortement réduit son emprise territoriale, les groupes armés liés à cette mouvance ont notamment étendu leurs activités vers les zones proches du bassin du lac Tchad.


La scission intervenue au sein de Boko Haram en 2015 a également favorisé l’émergence de factions concurrentes, dont celle devenue connue sous le nom d’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).


RDC : Ebola, la bataille sanitaire se heurte à la méfiance


En République démocratique du Congo, la crise prend une autre forme, mais la conséquence est tout aussi préoccupante : la réponse sanitaire contre Ebola est confrontée à la violence et à la défiance des communautés.


Selon le Financial Times, au moins 45 employés d’organisations humanitaires ont été victimes de 76 incidents dans l’est du pays dans le cadre des opérations de lutte contre la récente flambée de fièvre Ebola.


Les incidents auraient notamment été enregistrés en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Des agents de santé ont été pris à partie par des proches de malades ou de personnes décédées.


Dans certains cas, des personnels médicaux auraient été agressés physiquement. Plusieurs établissements de santé auraient également été incendiés après des tensions liées à la prise en charge des dépouilles de patients décédés.


Le problème dépasse désormais le simple cadre médical. Il touche directement à la relation de confiance entre les populations et les acteurs de la santé.


Dans plusieurs communautés de l’est de la RDC, une partie de la population se méfie des médecins et infirmiers, notamment lorsqu’ils viennent de Kinshasa ou de l’étranger. Certains habitants soupçonnent même les intervenants extérieurs de tirer financièrement profit de l’épidémie.


Les rites funéraires au cœur d’un conflit sanitaire


L’un des points les plus sensibles concerne les enterrements.


Lorsqu’une personne décède d’Ebola, les équipes sanitaires cherchent à organiser un enterrement sécurisé, afin d’éviter les contacts susceptibles de transmettre le virus.


Mais ces mesures peuvent entrer en collision avec les traditions locales. Dans certaines communautés, les rites funéraires impliquent notamment un contact direct avec le corps du défunt.


Le résultat peut être dramatique : la volonté de respecter les traditions et la méfiance envers les équipes sanitaires compliquent la surveillance des contacts et peuvent favoriser la transmission du virus.


Selon le Financial Times, cette défiance pourrait également contribuer à une sous-estimation de l’ampleur réelle de l’épidémie.


Rasmus Bech Hansen, directeur de la société londonienne d’analyse Airfinity, estime ainsi que des modèles mathématiques suggèrent que le nombre réel de personnes infectées et décédées pourrait être 4,7 fois supérieur aux données officielles.


Il s’agit toutefois d’une estimation modélisée et non d’un bilan officiel.


Plus de 6 400 cas confirmés et plus de 3 000 décès annoncés


Selon les estimations communiquées par les autorités congolaises dans les informations rapportées, le nombre de cas d’Ebola confirmés en laboratoire aurait atteint 6 436, pour 3 095 décès.


L’épidémie touche actuellement six provinces congolaises, avec un épicentre signalé en Ituri.


La flambée a également concerné l’Ouganda, où les autorités ont annoncé la fin de l’épidémie le 28 juillet. Le 25 août, l’Organisation mondiale de la santé a confirmé la fin de cette flambée en Ouganda.


Pour la RDC, le défi demeure immense : combattre le virus tout en rétablissant la confiance entre les communautés et les équipes chargées de la riposte.


Car en matière d’épidémie, les équipements médicaux ne suffisent pas. Sans confiance, il devient difficile d’identifier les contacts, de faire accepter l’isolement des malades et d’organiser des funérailles sécurisées.


Climat : l’Afrique réclame des moyens, pas seulement des promesses


Sur un autre front, celui du changement climatique, les pays africains dénoncent une nouvelle fois l’écart entre les engagements internationaux et les financements réellement disponibles.


À Addis-Abeba, à l’occasion de l’ouverture de la 14e Conférence sur le changement climatique et le développement en Afrique (CCDA-14), le secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Claver Gatete, a affirmé que les pays africains ne recevaient actuellement qu’environ 11 % des financements nécessaires à la mise en œuvre de leurs plans climatiques nationaux.


Les besoins sont considérables. Selon lui, l’Afrique aurait besoin d’environ 277 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour financer ses plans climatiques.


Le déficit est donc colossal.


Mais pour Claver Gatete, le problème ne se limite pas au volume des financements. La nature de ces financements est également déterminante.


Un recours accru à l’emprunt pourrait alourdir davantage la dette des États africains. D’où son appel à renforcer l’accès aux subventions et aux financements concessionnels, c’est-à-dire accordés à des conditions plus favorables.


« Nous nous sommes engagés, nous avons fixé des objectifs, mais leur mise en œuvre continue de prendre du retard », a-t-il déclaré, appelant l’Afrique à passer des promesses à l’action.


L’Afrique veut changer de récit


Le responsable de la CEA refuse également que le continent soit réduit au rôle de victime du dérèglement climatique.


L’Afrique est particulièrement exposée aux conséquences du changement climatique alors qu’elle reste historiquement responsable d’une faible part des émissions mondiales. Mais elle dispose aussi d’atouts considérables.


Ses ressources en énergies renouvelables et ses minerais stratégiques pourraient, selon Claver Gatete, contribuer à accélérer l’industrialisation du continent et la création d’emplois.


L’enjeu est donc double : obtenir davantage de ressources pour s’adapter au changement climatique tout en transformant les richesses africaines localement.


De Cap-Vert à la RDC, une même urgence : protéger les populations


Accident meurtrier au Cap-Vert, déplacements forcés au Nigeria, attaques contre les humanitaires en RDC et déficit massif de financement climatique : ces situations n’ont pas la même origine, mais elles mettent toutes en lumière une même question.


Comment protéger les populations africaines face à des crises de plus en plus complexes ?


Au Cap-Vert, l’urgence est de rendre justice aux victimes et d’accompagner les familles endeuillées. Au Nigeria, elle consiste à restaurer la sécurité dans les zones abandonnées par les habitants. En RDC, elle passe par la lutte contre Ebola mais aussi par la reconstruction d’une confiance profondément fragilisée.


Sur le front climatique enfin, l’Afrique réclame des moyens pour ne pas subir demain des conséquences encore plus lourdes.


La CCDA-14, organisée au siège de la CEA à Addis-Abeba du 7 au 9 septembre, doit déboucher sur l’adoption du Message d’Addis-Abeba sur l’action climatique. Celui-ci doit notamment définir les priorités africaines en vue de la COP31 et préparer la feuille de route vers la COP32, prévue en Éthiopie en 2027.


Le message est clair : pour l’Afrique, l’heure n’est plus seulement aux déclarations. Elle est à l’action, au financement et à la protection concrète des populations.




Cape Verde in mourning, Nigeria exodus, Ebola in DR Congo: Africa faces a new wave of crises


Africa is facing a succession of tragedies and major challenges highlighting the vulnerability of several regions across the continent. In Cape Verde, a bus crash has killed 25 people, most of them children. In northern Nigeria, terrorism is forcing residents to abandon their villages. In the Democratic Republic of Congo, the response to Ebola is being undermined by deep mistrust within local communities. Meanwhile, African leaders are demanding climate financing that matches the scale of the continent’s needs.


Cape Verde: 25 killed in bus crash as nation declares mourning


Cape Verde is mourning after a devastating bus crash involving schoolchildren and students returning from an excursion on the island of Fogo.


According to information reported by South African broadcaster SABC, the bus left the road and plunged approximately 30 metres into a ravine near Campanas de Cima.


The death toll, initially reported at 22, has risen to 25. Twelve children aged between 6 and 11 remain hospitalized.


Authorities have declared two days of national mourning. Flags have been flown at half-mast across the country and festive events have been cancelled.


Cape Verdean President José Maria Neves described the tragedy as a “real catastrophe”.


The crash is reportedly the deadliest road accident in the archipelago since the beginning of the 21st century.


Beyond the statistics, an entire nation is mourning children and young people whose lives were suddenly cut short.


Nigeria: fear drives residents from villages in Katsina


Thousands of kilometres away, another crisis is unfolding.


In northern Nigeria, residents of at least 15 villages in Dandume district, Katsina State, have reportedly fled their homes amid a surge in terrorist attacks, according to the Daily Trust, citing witnesses.


Residents describe a life dominated by fear. Movement has been restricted, while farming and commercial activities have been severely disrupted.


The situation has also been worsened by kidnappings. According to testimonies cited by the newspaper, more than 100 civilians have been abducted over the past two weeks, in addition to people already being held hostage.


The displacement highlights a broader reality in parts of Nigeria: terrorism is no longer solely a security issue. It is also a humanitarian and economic crisis.


Northeastern Nigeria has long been affected by the insurgency of Boko Haram, founded in 2009 in Maiduguri, Borno State. Military operations significantly reduced the territory once controlled by the group, while insurgents subsequently expanded their operations into neighbouring areas, particularly around the Lake Chad basin.


A split within Boko Haram in 2015 also led to the emergence of rival factions, including the group that became known as the Islamic State West Africa Province (ISWAP).


DR Congo: Ebola response faces violence and mistrust


In the Democratic Republic of Congo, the crisis is unfolding on another front.


According to the Financial Times, at least 45 humanitarian workers have been affected by 76 incidents linked to the response to the recent Ebola outbreak in eastern DR Congo.


The incidents reportedly occurred in Ituri, North Kivu and South Kivu provinces. Health workers have been attacked by relatives of Ebola patients and deceased victims.


In some cases, medical personnel were reportedly beaten by angry family members. Several hospitals were also allegedly set on fire following disputes over the handling of the bodies of deceased patients.


The crisis is therefore not only medical. It is also a crisis of trust between communities and health responders.


Some communities in eastern DR Congo distrust doctors and nurses, particularly those coming from Kinshasa or abroad. Some residents reportedly believe that outside organisations are financially benefiting from the Ebola outbreak.


Funeral traditions collide with Ebola prevention


One of the most sensitive issues concerns burials.


When an Ebola patient dies, health authorities seek to organise a safe burial to prevent further transmission.


However, such measures can conflict with traditional funeral practices. In some communities, mourning rituals involve direct physical contact with the body of the deceased.


The result can be dangerous. Resistance to health protocols and mistrust of medical teams can make contact tracing more difficult and increase the risk of further transmission.


According to the Financial Times, these factors may also mean that the actual scale of the outbreak is significantly higher than official figures suggest.


Rasmus Bech Hansen, head of London-based analytics firm Airfinity, said mathematical modelling indicates that the actual number of infections and deaths could be 4.7 times higher than official figures.


That figure remains a model-based estimate rather than an official count.


More than 6,400 laboratory-confirmed cases reported


According to figures attributed to the Congolese authorities, the number of laboratory-confirmed Ebola infections has reached 6,436, with 3,095 deaths.


The outbreak is reportedly affecting six provinces, with Ituri identified as the epicentre.


Uganda was also affected. Authorities announced the end of the outbreak there on July 28, and the World Health Organization confirmed the end of the outbreak in Uganda on August 25.


For DR Congo, however, the challenge remains substantial: containing the virus while rebuilding trust between local communities and health teams.


In an epidemic, medical equipment alone is not enough. Without trust, contact tracing, isolation measures and safe burials become much harder to implement.


Climate finance: Africa demands action, not promises


On another front, climate change, African countries are once again highlighting the gap between international commitments and actual funding.


Speaking at the opening of the 14th Conference on Climate Change and Development in Africa (CCDA-14) in Addis Ababa, Claver Gatete, Executive Secretary of the United Nations Economic Commission for Africa (UNECA), said African countries currently receive only around 11% of the funding required to implement their national climate plans.


The financial needs are enormous.


According to Gatete, African countries require approximately $277 billion annually through 2030 to implement their climate plans.


The gap is therefore massive.


But the UNECA chief stressed that the issue is not only about the amount of money available. The conditions under which financing is provided also matter.


Greater reliance on borrowing could worsen already high debt levels across African economies. Gatete therefore called for greater access to grants and concessional financing, which comes with more favourable terms.


“We have made commitments, we have set targets, but implementation continues to lag behind,” he said, urging Africa to move from climate promises to concrete action.


Africa wants to rewrite its climate narrative


Gatete also rejected the idea of portraying Africa solely as a victim of climate change.


The continent is disproportionately exposed to the effects of climate change despite its historically limited contribution to global emissions. At the same time, Africa possesses enormous potential.


Its renewable energy resources and strategic minerals could help accelerate industrialisation and create jobs, particularly if more value is added locally.


The challenge is therefore twofold: secure greater resources for climate adaptation while transforming Africa’s natural wealth into industrial and economic opportunities at home.


From Cape Verde to DR Congo, protecting people is the common emergency


The deadly accident in Cape Verde, forced displacement in Nigeria, attacks against humanitarian workers in DR Congo and the huge climate-financing gap are different crises, but they point to one common question:


How can African populations be better protected against increasingly complex emergencies?


In Cape Verde, the immediate priority is to support grieving families and establish the circumstances surrounding the crash. In Nigeria, communities need security that allows them to return to their homes and livelihoods. In DR Congo, defeating Ebola also requires rebuilding trust between communities and health responders.


On the climate front, Africa is demanding the resources needed to avoid even more severe consequences in the years ahead.


The CCDA-14, taking place at UNECA headquarters in Addis Ababa from September 7 to 9, is expected to adopt the Addis Ababa Message on Climate Action. The document is expected to outline Africa’s priorities ahead of COP31 and establish a roadmap towards COP32, scheduled to take place in Ethiopia in 2027.


The message from Africa is increasingly direct: the continent needs more than promises. It needs action, financing and concrete protection for its people.


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Mouahna Divine

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