USA : Washington ouvre la voie à l’uranium enrichi en Arabie saoudite et met le Canada sous pression
Les États-Unis avancent sur deux fronts sensibles à la fois. À Riyad, Washington a conclu un accord de coopération nucléaire qui pourrait, à terme, permettre à l’Arabie saoudite d’enrichir de l’uranium jusqu’à 20 %. À Ottawa, le secrétaire d’État américain Marco Rubio prévient que le Canada devra « subir les conséquences » si les deux pays ne parviennent pas à rétablir leur accord commercial. Deux dossiers qui illustrent la fermeté retrouvée de la diplomatie américaine.
La politique étrangère américaine se retrouve une nouvelle fois au cœur de plusieurs négociations à forts enjeux. D’un côté, Washington cherche à approfondir son partenariat stratégique avec l’Arabie saoudite dans le domaine de l’énergie nucléaire. De l’autre, l’administration américaine hausse le ton dans ses discussions commerciales avec le Canada.
Le dossier le plus sensible reste toutefois celui du nucléaire saoudien.
Un accord qui pourrait mener à l’enrichissement d’uranium
Selon le Wall Street Journal, qui dit avoir consulté le texte de l’accord transmis au Congrès américain, l’entente conclue entre Washington et Riyad prévoit une trajectoire pouvant conduire à l’enrichissement d’uranium sur le sol saoudien.
Point important : l’accord n’autorise pas automatiquement l’Arabie saoudite à commencer l’enrichissement. Il établit plutôt plusieurs étapes devant permettre aux deux pays d’évaluer la faisabilité d’un tel programme.
Pendant environ deux ans, responsables américains et saoudiens doivent notamment étudier la « viabilité économique » de l’enrichissement de l’uranium et définir des mécanismes destinés à limiter les risques de prolifération nucléaire.
Si les conclusions des deux parties rendent nécessaire la construction d’une capacité d’enrichissement, des entreprises américaines, associées à des fournisseurs étrangers, pourraient alors participer à la construction d’une installation en Arabie saoudite.
Dans un premier temps, cette installation pourrait produire de l’uranium enrichi jusqu’à 5 %. Le niveau pourrait ensuite progressivement se rapprocher de 20 %, selon le document cité par le quotidien américain.
Pourquoi le seuil de 20 % est sensible
L’enrichissement de l’uranium constitue l’un des aspects les plus sensibles du cycle du combustible nucléaire. Un niveau de 20 % reste très inférieur aux niveaux généralement associés à l’uranium hautement enrichi utilisé pour des armes nucléaires, mais il constitue néanmoins un seuil particulièrement surveillé dans les régimes de non-prolifération.
C’est précisément cette perspective qui risque d’alimenter les interrogations sur les ambitions nucléaires à long terme de Riyad.
Pour Washington, l'enjeu est donc double : permettre à l'Arabie saoudite de développer une filière nucléaire civile tout en mettant en place des garde-fous suffisamment solides pour empêcher toute dérive vers une utilisation militaire.
Riyad n’est pas officiellement lié à Israël par l’accord
Autre élément particulièrement révélateur : le texte de l’accord ne conditionnerait pas la coopération nucléaire à une normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël.
Le document ne prévoirait notamment aucune obligation pour Riyad d’adhérer aux accords d’Abraham, contrairement à ce que Donald Trump avait publiquement laissé entendre.
L’accord nucléaire avait été annoncé le 22 juillet, après sa signature par le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, et le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdelaziz ben Salmane.
Conçu pour s’inscrire sur plusieurs décennies, le partenariat doit notamment ouvrir de vastes possibilités aux entreprises américaines désireuses de participer au développement du secteur nucléaire saoudien.
Trump veut toujours un rapprochement entre Riyad et Israël
Le lendemain, Donald Trump avait pourtant affirmé que les États-Unis pourraient approuver l’accord nucléaire avec l’Arabie saoudite si le royaume rejoignait les accords d’Abraham et normalisait ses relations avec Israël.
Cette déclaration aurait surpris les négociateurs américains eux-mêmes, tandis que Riyad ne s’attendait pas davantage à voir cette question revenir au premier plan de cette manière, selon CNN.
Les accords d’Abraham, négociés sous médiation américaine en 2020 et 2021, avaient permis à Israël d’établir ou de normaliser ses relations avec plusieurs pays arabes.
Les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc ont notamment franchi le pas en 2020, tandis que le Soudan avait annoncé l’établissement de relations diplomatiques avec Israël en 2021.
Pour Washington, l’élargissement de cette architecture diplomatique reste un levier stratégique majeur au Moyen-Orient.
Rubio met à son tour la pression sur le Canada
Pendant que le dossier saoudien avance, les relations économiques entre Washington et Ottawa restent sous tension.
Dans une interview accordée à Fox Radio, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a averti que le Canada pourrait subir des conséquences si les deux pays ne parvenaient pas à revenir à l’accord commercial qui était, selon lui, sur le point d’être conclu.
« Nous estimions avoir un très bon accord, très équitable. Nous étions sur le point de le conclure, mais la position du Canada a changé au dernier moment », a déclaré Marco Rubio.
Le responsable américain a résumé la situation de manière particulièrement directe : soit un accord est trouvé, soit le Canada devra en subir les conséquences.
Rubio a toutefois maintenu une porte ouverte aux négociations, affirmant espérer que Washington et Ottawa pourront revenir aux termes des accords initiaux.
Une diplomatie américaine fondée sur le rapport de force
Ces deux dossiers illustrent une même logique : Washington veut obtenir des résultats concrets de ses partenaires, qu’il s’agisse d’un rapprochement géopolitique au Moyen-Orient ou d’un compromis commercial en Amérique du Nord.
Avec Riyad, l’administration américaine semble vouloir combiner coopération énergétique, intérêts industriels et enjeux stratégiques. Avec Ottawa, elle utilise davantage la pression économique pour tenter de ramener son voisin à la table des négociations.
Pour l’Arabie saoudite, l'accès à une capacité nucléaire civile constitue un enjeu de souveraineté énergétique et technologique majeur. Pour les États-Unis, il s’agit également d’un marché considérable pour leurs entreprises et d’un moyen de consolider leur influence dans le Golfe.
Mais la perspective d’un enrichissement pouvant atteindre 20 % impose une vigilance particulière sur les garanties de non-prolifération.
À Washington, les négociations avec Riyad comme celles avec Ottawa montrent ainsi une diplomatie américaine qui avance avec des intérêts économiques et stratégiques clairement assumés, tout en utilisant la pression comme principal levier de négociation.
USA: Washington Opens the Door to Uranium Enrichment in Saudi Arabia and Pressures Canada
Washington is moving on two sensitive fronts at the same time. In Riyadh, the United States has reached a nuclear cooperation agreement that could eventually allow Saudi Arabia to enrich uranium to as much as 20%. In Ottawa, U.S. Secretary of State Marco Rubio warns that Canada will have to “face the consequences” if the two countries fail to restore their trade agreement.
U.S. foreign policy is once again at the center of several high-stakes negotiations. On one side, Washington is seeking to deepen its strategic partnership with Saudi Arabia in the nuclear energy sector. On the other, the Trump administration is increasing pressure on Canada in trade talks.
The most sensitive issue, however, remains Saudi Arabia’s nuclear ambitions.
Agreement Could Eventually Allow Uranium Enrichment
According to the Wall Street Journal, which says it reviewed the agreement submitted to Congress, the deal between Washington and Riyadh establishes a framework that could eventually lead to uranium enrichment on Saudi territory.
Importantly, the agreement does not automatically authorize Saudi Arabia to begin enriching uranium. Instead, it establishes several steps through which both countries would assess the feasibility of such a program.
For two years, American and Saudi officials are expected to study the “economic viability” of uranium enrichment and develop safeguards designed to reduce nuclear proliferation risks.
If both sides determine that enrichment is necessary, U.S. companies working with foreign suppliers could participate in building an enrichment facility in Saudi Arabia.
Initially, the facility could enrich uranium to 5%. The level could later approach 20%, according to the document cited by the newspaper.
Why the 20% Threshold Matters
Uranium enrichment is one of the most sensitive parts of the nuclear fuel cycle. A 20% enrichment level remains well below the levels generally associated with highly enriched uranium used for nuclear weapons, but it is nevertheless closely monitored under international non-proliferation frameworks.
That prospect is likely to fuel questions about Riyadh’s long-term nuclear ambitions.
For Washington, the challenge is therefore twofold: supporting Saudi Arabia’s civilian nuclear program while ensuring strong safeguards against any military diversion.
Saudi Arabia Not Formally Required to Normalize Relations With Israel
Another significant point is that the agreement reportedly does not make Saudi-Israeli normalization a condition of nuclear cooperation.
The text does not reportedly require Riyadh to join the Abraham Accords, despite Donald Trump’s public statements linking the two issues.
The nuclear agreement was announced on July 22, following its signature by U.S. Energy Secretary Chris Wright and Saudi Energy Minister Prince Abdulaziz bin Salman.
Designed to last for decades, the agreement aims to create major opportunities for U.S. companies to participate in Saudi Arabia’s nuclear energy development.
Trump Still Wants Saudi-Israeli Normalization
The following day, Donald Trump said the United States could approve the nuclear energy agreement with Saudi Arabia if the kingdom joined the Abraham Accords and normalized relations with Israel.
According to CNN, the statement reportedly caught U.S. negotiators off guard, while Riyadh was also surprised by the move.
The Abraham Accords, brokered by the United States in 2020 and 2021, enabled Israel to normalize relations with several Arab countries.
The United Arab Emirates, Bahrain and Morocco established relations with Israel in 2020, while Sudan announced the establishment of diplomatic relations in 2021.
For Washington, expanding this diplomatic framework remains a major strategic objective in the Middle East.
Rubio Also Puts Pressure on Canada
While the Saudi nuclear issue advances, trade relations between Washington and Ottawa remain tense.
Speaking to Fox Radio, Secretary of State Marco Rubio warned that Canada could face consequences if the two countries failed to return to a trade agreement that, according to him, was close to being finalized.
“We thought we had a very good deal, very fair. We were about to conclude it, but Canada’s position changed at the last minute,” Marco Rubio said.
The U.S. secretary of state put the situation bluntly: either an agreement is reached, or Canada will face the consequences.
Rubio nevertheless left the door open to negotiations, saying he hoped Washington and Ottawa could return to the initial terms.
A U.S. Foreign Policy Built Around Leverage
The two disputes reflect a similar approach: Washington wants concrete results from its partners, whether through geopolitical rapprochement in the Middle East or a trade compromise in North America.
With Riyadh, the United States appears to be combining energy cooperation, industrial interests and strategic considerations. With Ottawa, Washington is relying more heavily on economic pressure to bring its neighbor back to the negotiating table.
For Saudi Arabia, access to civilian nuclear technology represents a major issue of energy and technological sovereignty. For the United States, it is also a potentially massive market for American companies and a way to strengthen its influence in the Gulf.
But the possibility of enrichment reaching 20% will inevitably place nuclear safeguards and non-proliferation commitments under close scrutiny.
In both the Saudi and Canadian cases, Washington is demonstrating a foreign policy in which economic and strategic interests are openly pursued, with pressure remaining one of its main negotiating tools.
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Ange NGO
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