Minim-Martap : comment une bataille d'actionnaires en Australie fragilise le projet bauxite du Cameroun
Le développement du gisement de bauxite de Minim-Martap, présenté depuis des années comme l'un des projets miniers les plus prometteurs du Cameroun, traverse une phase de turbulences inédite. Entre la suspension des décaissements bancaires et une procédure ouverte devant le régulateur australien des OPA, l'avenir immédiat du projet dépend désormais autant de Yaoundé que de Sydney et de Dubaï.
Un actionnaire minoritaire saisit le gendarme australien des OPA
Le 26 août 2026, le Takeovers Panel — l'autorité australienne chargée d'arbitrer les litiges liés aux offres publiques d'achat sur les sociétés cotées — a confirmé avoir été saisi par Jeremy Raper, actionnaire minoritaire de Canyon Resources, la société australienne qui pilote le projet Minim-Martap via sa filiale locale Camalco Cameroon.
L'origine du différend : l'offre de rachat lancée le 29 juillet par A2MP Investments, groupe d'investissement minier basé à Dubaï. Aux côtés de ses associés, A2MP contrôle déjà 55,56 % des droits de vote de Canyon et propose désormais d'acquérir les actions restantes à 0,05 dollar australien pièce, une opération conditionnée à l'atteinte d'un seuil de 75 % du capital et prolongée jusqu'au 21 septembre 2026.
Ne détenant que 0,10 % de Canyon, Jeremy Raper conteste plusieurs éléments du document soumis aux actionnaires. Il estime que certaines affirmations sur la valeur et la viabilité économique de Minim-Martap seraient trompeuses ou invérifiables, et accuse A2MP d'avoir créé des conditions susceptibles de pousser les actionnaires à céder précipitamment leurs titres. Il réclame en outre davantage de transparence sur les liens entre certains actionnaires de Canyon.
Point important pour la rigueur de l'information : ces accusations ne sont, à ce stade, ni examinées ni tranchées. Le Takeovers Panel précise n'avoir encore ni décidé d'instruire l'affaire sur le fond, ni constitué la formation qui en serait chargée. Aucune conclusion n'a donc été rendue sur le bien-fondé des griefs formulés contre A2MP.
Ce que le plaignant réclame — et pourquoi cela concerne directement le Cameroun
Jeremy Raper demande au régulateur plusieurs mesures conservatoires : empêcher provisoirement A2MP de finaliser certaines acceptations de son offre, obtenir la correction ou le complément d'informations jugées insuffisantes, et permettre aux actionnaires ayant déjà accepté l'offre de revenir sur leur décision.
Une de ses demandes touche directement les intérêts camerounais : il exige qu'A2MP confirme formellement sa garantie sur le prêt de 82 milliards de FCFA accordé par AFG Bank Cameroon pour financer Minim-Martap. Cette exigence n'est pas anodine. Dans son propre document de rachat, A2MP a en effet argué que la situation économique du projet s'était dégradée depuis l'étude de faisabilité de septembre 2025, allant jusqu'à estimer que les flux de trésorerie futurs de Minim-Martap pourraient ne pas suffire à rembourser le financement d'AFG Bank. Il s'agit là d'une analyse propre à A2MP — contestée par le plaignant — et non d'une conclusion émanant d'AFG Bank ou du régulateur australien.
AFG Bank Cameroon suspend ses décaissements
Ce bras de fer boursier intervient alors que le financement du projet traverse déjà une zone de turbulences bien réelle sur le terrain. Le 24 août 2026, Canyon Resources a annoncé qu'AFG Bank Cameroon avait suspendu tout nouveau décaissement sur sa facilité de crédit de 82 milliards de FCFA.
Il ne s'agit pas, à ce stade, d'une annulation du financement, mais d'une mise en pause conditionnelle. La banque exige une revue complète du nouveau calendrier du projet, du modèle financier et de plusieurs hypothèses économiques sous-jacentes, assortie d'une visite de site à réaliser à la satisfaction des prêteurs. Camalco dispose de 15 jours pour transmettre les informations demandées, et la visite doit intervenir dans un délai de 30 jours.
Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu. Au 31 juillet 2026, Canyon déclarait avoir déjà utilisé environ 75 millions de dollars sur les 140 millions de dollars que représente la facilité de 82 milliards de FCFA — un peu plus de la moitié de l'enveloppe. La société disposait par ailleurs d'environ 31 millions de dollars australiens de trésorerie propre.
Conséquence directe pour le Cameroun : sans nouveaux décaissements, Canyon ne peut plus achever la première phase du projet dans les délais prévus. La société a donc retiré son objectif d'une première exportation de bauxite au quatrième trimestre 2026, sans annoncer de nouvelle échéance.
Ce recul tranche nettement avec le discours tenu cinq mois plus tôt. Le 11 mars 2026, après l'obtention d'un permis minier majeur, Canyon assurait que les 95 millions de dollars encore disponibles sur le crédit AFG, combinés à 43 millions de dollars de trésorerie, suffisaient à financer le projet jusqu'à une première expédition alors programmée au troisième trimestre 2026.
Camrail, l'autre pièce du puzzle : une recapitalisation de 16 milliards de FCFA
Pendant que le financement minier se grippe, un mouvement capitalistique de grande ampleur se joue chez Camrail, l'opérateur du chemin de fer camerounais, dont dépend l'évacuation de la bauxite vers le port.
Selon l'annonce légale issue de l'assemblée générale extraordinaire du 2 avril 2026, Camrail a procédé à une augmentation de capital de 7,927 milliards de FCFA, portant son capital social de 15,314 à 23,242 milliards de FCFA, soit une progression de 51,8 %. Avec une prime d'émission globale de 8,143 milliards de FCFA, la valeur totale des souscriptions atteint 16,071 milliards de FCFA — dont 9,852 milliards de FCFA, soit 61,3 %, correspondent à une entrée effective de liquidités.
L'opération a donné naissance à 792 751 actions de catégorie B nouvelles, d'une valeur nominale de 10 000 FCFA chacune, réparties entre une souscription en numéraire, un apport en nature et la compensation d'une créance détenue par Africa Global Logistics Railways.
En croisant cette annonce légale avec les communications de Canyon Resources, l'origine de l'essentiel des liquidités apparaît clairement : le groupe australien indique que sa filiale Camalco a versé une contrepartie en cash de 9,852 milliards de FCFA afin de porter sa participation dans Camrail de 9,1 % à 26,9 %.
Camalco, désormais deuxième actionnaire du chemin de fer camerounais
Le détail des titres souscrits en numéraire — 485 961 actions nouvelles, soit 4,859 milliards de FCFA au nominal — permet de reconstituer précisément la montée de Camalco au capital. En 2025, la filiale de Canyon avait déjà acquis pour 575,7 millions de FCFA le bloc d'actions de la Société d'exploitation des bois du Cameroun (57 570 titres) et pour 812,85 millions de FCFA celui de TotalEnergies Marketing Cameroun (81 285 titres), soit 138 855 actions détenues avant la recapitalisation.
En y ajoutant ses 485 961 actions nouvelles, Camalco porte son portefeuille à 624 816 titres. Rapporté aux 2 324 234 actions composant désormais le capital de Camrail, ce bloc représente 26,8827 % — conforme aux 26,88 % officiellement publiés par le concessionnaire ferroviaire.
Les deux autres tranches de l'augmentation de capital restent partiellement opaques. 163 707 actions (1,637 milliard de FCFA au nominal, 7,04 % du capital) ont servi à compenser une partie du compte courant d'actionnaire d'AGL Railways, réduisant une dette sans apporter de trésorerie nouvelle. 143 083 actions (1,430 milliard de FCFA au nominal) ont été émises en contrepartie d'un apport en nature dont l'annonce légale ne précise ni l'apporteur, ni les actifs transférés.
Un indice permet toutefois une hypothèse solide : en ajoutant ces 143 083 titres aux actions déjà détenues par l'État camerounais, sa participation passe arithmétiquement d'environ 13,5 % à 15,07 % — une concordance qui rend plausible, sans l'établir juridiquement, l'attribution de cet apport en nature à l'État. Seul le rapport du commissaire aux apports ou le procès-verbal détaillé de l'assemblée pourrait le confirmer formellement.
Reste une zone grise chiffrée : les valeurs nominales des deux tranches non monétaires totalisent seulement 3,068 milliards de FCFA, alors que 6,219 milliards de FCFA restent à expliquer une fois déduits les 9,852 milliards versés par Camalco. Un peu plus de 3,15 milliards de FCFA de prime d'émission doit donc encore être réparti entre l'apport en nature et la créance convertie — une ventilation que seule Camrail peut, à ce stade, éclaircir.
Au terme de l'opération, le prix moyen de souscription ressort à environ 20 272 FCFA par action, pour une valeur nominale de 10 000 FCFA. Appliqué mécaniquement aux 2 324 234 actions du capital, ce ratio donne un repère indicatif d'environ 47,1 milliards de FCFA de fonds propres — un simple ordre de grandeur, non une valorisation de marché, puisqu'il agrège cash, apport en nature et conversion de créance.
La nouvelle table de capital de Camrail se lit ainsi : SCCF 51 %, Camalco 26,88 %, État du Cameroun 15,07 %, AGL Railways 7,04 %. Le porteur du projet bauxite de Minim-Martap devient de facto le deuxième actionnaire du chemin de fer national, avec un intérêt financier direct dans la disponibilité du réseau et l'attribution des capacités de transport.
Un calendrier minier suspendu, une convergence capitalistique acquise
En juin 2026 encore, Canyon annonçait une première expédition de bauxite au quatrième trimestre, appuyée par la livraison de sept locomotives et l'attente de 160 wagons, pour une capacité initiale annoncée d'environ 35 000 tonnes humides par mois. Ce calendrier n'a plus cours depuis le 24 août : la suspension des décaissements d'AFG Bank a contraint Canyon à retirer son objectif, le temps de réviser calendrier, modèle financier et hypothèses économiques. La société explore désormais des financements alternatifs, sans date ferme à ce jour.
Rien, à ce stade, ne permet formellement de relier les 9,852 milliards de FCFA versés à Camrail à un investissement ferroviaire précis. Ce que les chiffres établissent avec certitude : Camrail a engrangé près de 9,9 milliards de FCFA de liquidités fraîches et renforcé ses fonds propres, tandis que Camalco a presque triplé sa participation au capital du chemin de fer. L'alignement capitalistique entre la mine et le rail est donc acquis. Ce qui demeure incertain, c'est la date à laquelle les flux de bauxite qui devaient justifier cet alignement commenceront réellement à circuler.
Minim-Martap: How an Australian Shareholder Battle Is Shaking Cameroon's Bauxite Project
The development of the Minim-Martap bauxite deposit, long presented as one of Cameroon's most promising mining projects, is going through an unprecedented rough patch. Between suspended bank disbursements and a dispute now before Australia's takeovers regulator, the project's near-term future depends as much on Yaoundé as on Sydney and Dubai.
A minority shareholder takes the fight to Australia's takeovers watchdog
On August 26, 2026, the Takeovers Panel — Australia's body responsible for resolving disputes linked to takeover bids for listed companies — confirmed it had received an application from Jeremy Raper, a minority shareholder of Canyon Resources, the Australian company behind the Minim-Martap project through its local subsidiary Camalco Cameroon.
At the heart of the dispute is the takeover bid launched on July 29 by A2MP Investments, a Dubai-based mining investment group. Together with its associates, A2MP already controls 55.56% of Canyon's voting rights and is now offering to buy the remaining shares at 0.05 Australian dollars each, an offer conditional on reaching a 75% ownership threshold and extended until September 21, 2026.
Holding only 0.10% of Canyon, Jeremy Raper is challenging several elements of the document sent to shareholders. He argues that certain statements about the value and economic viability of Minim-Martap may be misleading or unverifiable, and accuses A2MP of creating conditions likely to pressure shareholders into accepting the offer prematurely. He is also seeking more transparency about links between certain Canyon shareholders.
Importantly, these allegations have not, at this stage, been examined or ruled upon. The Takeovers Panel states it has not yet decided whether to investigate the matter substantively, nor has it formed the panel that would do so. No conclusion has been reached on the merits of the claims against A2MP.
What the complainant is seeking — and why it matters for Cameroon
Raper is asking the regulator for several interim measures: temporarily preventing A2MP from finalizing certain acceptances of its offer, obtaining corrections or additional disclosures deemed insufficient, and allowing shareholders who already accepted the offer to reverse their decision.
One demand directly touches Cameroonian interests: he wants A2MP to formally confirm its guarantee on the 82 billion FCFA loan granted by AFG Bank Cameroon to finance Minim-Martap. This is no small matter — in its own bidder's statement, A2MP argued that the project's economic conditions had deteriorated since the September 2025 feasibility study, going so far as to suggest that Minim-Martap's future cash flows might not be sufficient to repay AFG Bank's financing. This is A2MP's own analysis — disputed by the complainant — not a conclusion reached by AFG Bank or the Australian regulator.
AFG Bank Cameroon suspends disbursements
This boardroom battle comes as the project's financing already faces real turbulence on the ground. On August 24, 2026, Canyon Resources announced that AFG Bank Cameroon had suspended all further disbursements under its 82 billion FCFA credit facility.
This is not, at this stage, a cancellation of the financing, but a conditional pause. The bank is requiring a full review of the project's revised schedule, its financial model, and several underlying economic assumptions, along with a site visit to be conducted to the lenders' satisfaction. Camalco has 15 days to provide the requested information, and the visit must take place within 30 days.
The numbers illustrate the stakes. As of July 31, 2026, Canyon reported having already drawn about $75 million of the $140 million equivalent to the 82 billion FCFA facility — just over half the envelope. The company also held roughly A$31 million in cash.
The direct consequence for Cameroon: without new disbursements, Canyon can no longer complete the project's first phase on schedule. The company has therefore withdrawn its target of a first bauxite export in the fourth quarter of 2026, without announcing a new date.
This marks a sharp reversal from the picture painted five months earlier. On March 11, 2026, following the award of a major mining permit, Canyon stated that the $95 million still available under the AFG credit facility, combined with $43 million in cash, was sufficient to fund the project through to a first shipment then scheduled for the third quarter of 2026.
Camrail's capital increase: 16 billion FCFA raised
While mine financing stalls, a major capital move is unfolding at Camrail, Cameroon's railway operator, on which bauxite evacuation to port depends.
According to the legal notice from the extraordinary general meeting of April 2, 2026, Camrail carried out a capital increase of 7.927 billion FCFA, raising its share capital from 15.314 to 23.242 billion FCFA — a 51.8% increase. With a total share premium of 8.143 billion FCFA, total subscriptions reached 16.071 billion FCFA, of which 9.852 billion FCFA — 61.3% — represented actual cash inflow.
The operation created 792,751 new Class B shares with a par value of 10,000 FCFA each, split between a cash subscription, a contribution in kind, and the offsetting of a debt owed to Africa Global Logistics Railways.
Cross-referencing this legal notice with Canyon Resources' own disclosures identifies the source of most of the cash: the Australian group states that its subsidiary Camalco paid a cash consideration of 9.852 billion FCFA to raise its Camrail stake from 9.1% to 26.9%.
Camalco becomes Camrail's second-largest shareholder
The cash-subscribed tranche — 485,961 new shares, worth 4.859 billion FCFA at par — allows Camalco's stake build-up to be reconstructed precisely. In 2025, Canyon's subsidiary had already acquired the block held by Société d'exploitation des bois du Cameroun for 575.7 million FCFA (57,570 shares) and the block held by TotalEnergies Marketing Cameroun for 812.85 million FCFA (81,285 shares), giving it 138,855 shares before the recapitalization.
Adding its 485,961 new shares brings Camalco's holding to 624,816 shares. Against Camrail's new total of 2,324,234 shares, this represents 26.8827% — matching the 26.88% officially published by the rail operator.
The two remaining tranches are only partially transparent. 163,707 shares (1.637 billion FCFA at par, 7.04% of the capital) offset part of a shareholder current account owed to AGL Railways, reducing debt without bringing in fresh cash. 143,083 shares (1.430 billion FCFA at par) were issued against a contribution in kind whose contributor and underlying assets are not disclosed in the legal notice.
One clue points to a plausible answer: adding these 143,083 shares to the Cameroonian state's prior holding raises its stake from roughly 13.5% to 15.07% — a match that makes state ownership of the in-kind contribution plausible, though not legally established. Only the contributions auditor's report or the detailed minutes of the meeting could confirm this.
A grey area remains in the numbers: the par values of the two non-cash tranches total just 3.068 billion FCFA, while 6.219 billion FCFA remains unaccounted for once Camalco's 9.852 billion FCFA cash payment is deducted. Just over 3.15 billion FCFA in share premium therefore still needs to be allocated between the in-kind contribution and the converted debt — a breakdown only Camrail can clarify at this stage.
Overall, the average subscription price works out to roughly 20,272 FCFA per share, against a 10,000 FCFA par value. Applied mechanically to Camrail's 2,324,234 shares, this ratio suggests an indicative equity value of around 47.1 billion FCFA — a rough benchmark, not a market valuation, since it blends cash, in-kind contribution and converted debt.
Camrail's new shareholder table now reads: SCCF 51%, Camalco 26.88%, the Cameroonian state 15.07%, AGL Railways 7.04%. The company behind the Minim-Martap bauxite project has effectively become the national railway's second-largest shareholder, with a direct financial stake in network availability and transport capacity allocation.
Mining timeline suspended, capital alignment confirmed
As recently as June 2026, Canyon was still targeting a first bauxite shipment in the fourth quarter, backed by the delivery of seven locomotives and the expected arrival of 160 wagons, for an initial capacity of around 35,000 wet tonnes per month. That timeline no longer stands: the suspension of AFG Bank's disbursements forced Canyon to withdraw its target while it revises the schedule, financial model and economic assumptions. The company is now exploring alternative financing, with no firm date set.
Nothing at this stage formally links the 9.852 billion FCFA paid into Camrail to a specific rail investment. What the numbers do establish with certainty: Camrail has raised nearly 9.9 billion FCFA in fresh cash and strengthened its equity base, while Camalco has nearly tripled its stake in the railway. The capital alignment between the mine and the railway is confirmed. What remains uncertain is when the bauxite flows meant to justify that alignment will actually begin.
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Didier Cebas K.
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