Guinée et Soudan : deux crises qui secouent l’Afrique de l’Ouest et de l’Est
L’Afrique ne dort jamais. Pendant que le monde regarde ailleurs, deux pays du continent font la une pour des raisons bien différentes, mais tout aussi explosives.
En Guinée, le président de la Transition, le général Mamadi Doumbouya, vient de sortir le grand jeu. Dans un décret lu à la télévision nationale, il a radié purement et simplement 173 militaires des forces armées pour désertion. Pas de date précise des faits, pas de circonstances détaillées. Juste la sanction. Et elle frappe fort.
Selon le site Guinée 360, ces radiations touchent à la fois l’armée et la gendarmerie nationale, y compris des unités d’élite. Des simples soldats jusqu’aux officiers supérieurs. Et parmi les noms qui font tiquer : le commandant Michel Lama, l’un de ceux qui avaient participé au coup d’État de septembre 2021 qui a propulsé Doumbouya au pouvoir. Le même qui a aidé à chasser Alpha Condé se retrouve aujourd’hui dehors. Comme on dit chez nous : « On commence ensemble, on ne finit pas forcément ensemble. »
Ces mesures s’inscrivent dans une vaste réorganisation des forces de défense et de sécurité, rapportée par The Gambia Journal. Le message est clair : professionnalisme, discipline, et zéro tolérance. Doumbouya veut une armée qui obéit, point barre.
Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de là, au Soudan, c’est une autre musique qui joue. Plusieurs partis politiques et organisations de la société civile opposés à la guerre ont catégoriquement refusé de soutenir le dialogue national proposé par les autorités. La radio Dabanga a révélé que la décision a été prise lors d’une réunion tenue les 22 et 23 août à Addis-Abeba.
Autour de la table : les forces de la Déclaration de principes soudanaise, des représentants du Congrès populaire, d’Al-Oumma, des organisations de la société civile, des associations de femmes et de jeunes. À l’issue des travaux, ils ont adopté un document commun intitulé « Le processus de paix que nous voulons ».
Leur position est sans ambiguïté : un dialogue organisé sur un territoire contrôlé par l’une des parties belligérantes ne peut être ni indépendant ni global. Pour eux, cette initiative vise surtout à renforcer le pouvoir de l’armée, à lui coller une légitimité politique, et risque de consacrer la division de facto du pays.
À la place, ils proposent un processus de paix en trois volets simultanés : aide humanitaire, cessez-le-feu permanent, et négociations politiques. L’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) ne seraient conviées que pour les questions humanitaires et le cessez-le-feu. Pas pour discuter de l’avenir politique du Soudan. Ils soutiennent aussi les efforts des médiateurs internationaux et ont décidé de créer un comité conjoint pour coordonner leurs positions.
Rappelons que le chef du Conseil souverain et commandant en chef de l’armée, Abdel Fattah al-Bourhan, avait auparavant plaidé pour un dialogue national « à l’intérieur du pays », avec des garanties politiques, juridiques et sécuritaires. Mais sans ordre du jour ni influence sur les résultats… selon ses dires.
Depuis avril 2023, le Soudan s’enfonce dans un conflit meurtrier né des divergences entre al-Bourhan et le chef des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti). Les combats ont déjà fait au moins 59 000 morts et forcé plus de 13 millions de personnes à fuir leurs foyers, selon les organisations internationales.
Deux pays, deux styles, une même réalité : en Afrique, le pouvoir se gagne et se défend souvent les armes à la main. Et la discipline, comme la paix, se négocie rarement dans le calme.
Guinea and Sudan: Two Crises Shaking West and East Africa
Africa never sleeps. While the world looks elsewhere, two countries on the continent are making headlines for very different but equally explosive reasons.
In Guinea, transitional President General Mamadi Doumbouya has just played hardball. In a decree read on national television, he has dismissed 173 military personnel from the armed forces for desertion. No precise dates of the alleged desertions, no details on the circumstances. Just the sanction. And it hits hard.
According to Guinée 360, the dismissals affect both the army and the national gendarmerie, including elite units. From ordinary soldiers to senior officers. Among those dismissed is Commander Michel Lama, one of the officers who took part in the September 2021 coup that brought Doumbouya to power. The same man who helped oust Alpha Condé has now been shown the door. As the saying goes: “We start together, we don’t necessarily finish together.”
These measures are part of a broader reorganization of the defense and security forces, reported by The Gambia Journal. The message is clear: professionalism, discipline, and zero tolerance. Doumbouya wants an army that obeys, period.
Meanwhile, thousands of kilometers away in Sudan, a different tune is playing. Several political parties and civil society organizations opposed to the war have categorically refused to support the national dialogue proposed by the authorities. Radio Dabanga reported that the decision was taken during a meeting held on 22 and 23 August in Addis Ababa.
Around the table were representatives of the Sudanese Declaration of Principles forces, the Popular Congress Party, Al-Umma, civil society organizations, as well as women’s and youth associations. At the end of the meeting, they adopted a joint document entitled “The Peace Process We Want.”
Their position is unambiguous: a dialogue organized on territory controlled by one of the warring parties cannot be independent or comprehensive. In their view, the initiative mainly aims to strengthen the army’s power, grant it political legitimacy, and risks enshrining the de facto division of the country.
Instead, they propose a peace process running simultaneously on three tracks: humanitarian aid, a permanent ceasefire, and political negotiations. The army and the Rapid Support Forces (RSF) would only be invited to discuss humanitarian issues and the ceasefire — not the country’s political future. They also support the efforts of international mediators and have agreed to form a joint committee to coordinate their positions.
It should be recalled that the head of the Sovereign Council and commander-in-chief of the army, Abdel Fattah al-Burhan, had previously called for a national dialogue “inside the country,” offering political, legal and security guarantees — but without setting the agenda or influencing the outcomes… according to him.
Since April 2023, Sudan has been sinking into a deadly conflict born of differences between al-Burhan and RSF leader Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti). The fighting has already killed at least 59,000 people and forced more than 13 million to flee their homes, according to international organizations.
Two countries, two styles, one same reality: in Africa, power is often won and defended with weapons in hand. And discipline, like peace, is rarely negotiated in calm.
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Mouahna Divine