EAC : l’Afrique de l’Est prépare une révolution des paiements transfrontaliers
L’Afrique de l’Est veut franchir un nouveau cap dans son intégration économique. La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) a lancé la phase concrète de mise en œuvre d’un système unifié de paiements transfrontaliers, avec l’ambition de rendre les transferts d’argent plus rapides, moins coûteux et plus simples entre les huit pays membres.
Le projet est entré dans une nouvelle étape à l’issue d’une réunion de cinq jours organisée à Mombasa, au Kenya. Des représentants des banques centrales des États membres, du secrétariat de l’EAC ainsi que des partenaires internationaux ont participé aux travaux, selon le Daily Monitor.
Trois groupes de travail techniques ont été constitués afin de transformer les grandes orientations du projet en mécanismes opérationnels.
Des transferts qui pourraient passer de plusieurs jours à quelques minutes
L’un des principaux objectifs de cette réforme est de s’attaquer aux lenteurs et aux coûts qui pénalisent encore les transactions financières au sein de l’EAC.
Aujourd’hui, les paiements transfrontaliers peuvent être ralentis par l’incompatibilité des infrastructures nationales, les commissions bancaires, les coûts de conversion des devises et les différences de réglementation.
Le futur dispositif doit permettre de connecter davantage les systèmes nationaux de règlement interbancaire, les services de transfert d’argent mobile et les plateformes de paiement de détail.
À terme, l’objectif est particulièrement ambitieux : permettre que des transferts qui prennent actuellement plusieurs jours soient réalisés en quelques minutes.
Pour les entreprises, les travailleurs migrants, les commerçants et les particuliers effectuant régulièrement des transferts dans la région, cette évolution pourrait représenter un changement majeur.
Une licence de paiement reconnue dans plusieurs pays
L’autre innovation importante concerne les opérateurs de paiement.
Le projet prévoit une reconnaissance mutuelle des licences délivrées par les autorités compétentes des pays de l’EAC. Concrètement, une entreprise autorisée à fournir des services de paiement dans un État membre pourrait accéder à d’autres marchés de la communauté sans devoir recommencer intégralement la procédure d’obtention d’une licence.
Cette possibilité resterait toutefois conditionnée au respect des exigences réglementaires régionales convenues.
Une telle harmonisation pourrait faciliter l'expansion des fintechs et des opérateurs de paiement numérique, tout en renforçant l’interconnexion des marchés financiers de la région.
Un marché régional de 19,3 milliards de dollars
L’enjeu dépasse largement la question technique des paiements. Il touche directement à l’intégration commerciale de l’Afrique de l’Est.
L’EAC regroupe actuellement le Burundi, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Rwanda, la Somalie, le Soudan du Sud, la Tanzanie et l’Ouganda.
En 2025, les échanges commerciaux entre ces huit pays ont atteint 19,3 milliards de dollars, soit environ 12,3 % du commerce total de la communauté.
Mais la dynamique a montré des signes de ralentissement au début de 2026. Le commerce intrarégional a reculé de 10,4 %, à environ 4,7 milliards de dollars.
Cette contraction souligne l’importance de lever les obstacles qui continuent de freiner les échanges entre les économies de la région.
Les frais et les devises au cœur du problème
Les coûts élevés des transactions constituent précisément l’un des principaux défis identifiés par l’EAC.
Pour effectuer un paiement d’un pays à l’autre, les utilisateurs peuvent être confrontés à plusieurs niveaux de frais, auxquels s’ajoutent les coûts liés aux conversions monétaires. Les fluctuations des taux de change compliquent également les transactions commerciales.
À cela s’ajoute la coexistence de systèmes de paiement nationaux qui ne communiquent pas toujours efficacement entre eux.
La mise en place d’une infrastructure régionale plus intégrée pourrait donc réduire ces frictions et favoriser davantage de transactions directes entre les acteurs économiques de l’EAC.
Un accélérateur potentiel pour le commerce régional
Au-delà de la réduction des commissions, le futur système pourrait renforcer la compétitivité des entreprises opérant sur plusieurs marchés d’Afrique de l’Est.
Un commerçant kényan travaillant avec un fournisseur ougandais, une entreprise rwandaise payant un partenaire congolais ou encore un travailleur envoyant de l’argent à sa famille dans un autre pays membre pourraient bénéficier de paiements plus rapides et plus prévisibles.
Pour l’EAC, l’enjeu est donc de faire du paiement transfrontalier un outil d’intégration économique, et non plus un obstacle au commerce.
Le lancement des trois groupes de travail techniques marque ainsi une étape importante. Reste désormais à transformer cette architecture régionale en une infrastructure réellement opérationnelle, sécurisée et accessible au plus grand nombre.
Si le calendrier est respecté et que les huit pays parviennent à harmoniser efficacement leurs systèmes, l’Afrique de l’Est pourrait disposer d’un véritable espace régional de paiements numériques, susceptible de donner un nouvel élan au commerce intrarégional.
East Africa moves to revolutionize cross-border payments with faster, cheaper transfers
The East African Community (EAC) has moved into the practical implementation phase of a unified cross-border payment system aimed at making money transfers between its eight member states faster, cheaper and more efficient.
The initiative entered a new phase following a five-day meeting in Mombasa, Kenya, involving representatives from the central banks of all EAC member states, the community’s secretariat and international partners, according to the Daily Monitor.
Three technical working groups have been established to oversee the implementation of the project.
Transfers could take minutes instead of days
One of the main objectives of the initiative is to address the delays and high costs currently affecting cross-border transactions across East Africa.
The planned system would bring together national interbank settlement systems, mobile money services and other retail payment platforms.
The expected result is a major reduction in transfer times. Transactions that currently take several days could eventually be completed within minutes.
The reform could benefit businesses, migrant workers, traders and individuals who regularly send or receive money across the region.
Mutual recognition of payment licences
The proposed system also includes mutual recognition of payment service licences.
Under the framework, a company licensed to provide payment services in one EAC country could potentially operate in other member states without having to go through the full licensing process again, provided it complies with agreed regional requirements.
The measure could make it easier for fintech companies and other payment operators to expand across East Africa while encouraging greater regulatory harmonisation.
A $19.3 billion regional trade market
The initiative comes as the EAC seeks to deepen regional economic integration.
The bloc consists of Burundi, the Democratic Republic of Congo, Kenya, Rwanda, Somalia, South Sudan, Tanzania and Uganda.
In 2025, trade among the eight countries reached $19.3 billion, representing 12.3% of the community’s total trade.
However, intra-regional trade declined by 10.4% at the beginning of 2026 to $4.7 billion.
High transaction fees, exchange-rate fluctuations and incompatible national payment systems remain among the obstacles limiting regional trade.
A potential boost for regional commerce
The new payment infrastructure could significantly reduce these barriers.
A Kenyan trader paying a supplier in Uganda, a Rwandan company transferring funds to a partner in the Democratic Republic of Congo, or a worker sending money to relatives in another EAC country could benefit from faster and potentially cheaper transactions.
For the East African Community, the ambition is therefore much broader than simply modernising payment systems. The project is designed to make cross-border payments a driver of regional economic integration.
The creation of the three technical working groups represents an important step toward that objective. The next challenge will be turning the regional framework into a secure, interoperable and widely accessible payment infrastructure.
If successfully implemented, the initiative could give East Africa one of the continent’s most integrated regional payment ecosystems and provide fresh momentum to intra-African trade.
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Didier Cebas K.