Le chiffre est massif. Et il en dit long sur la tension budgétaire.
Entre avril et juin 2026, le gouvernement camerounais prévoit de mobiliser 580 milliards de FCFA sur le marché des titres publics de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). L’information figure dans le calendrier prévisionnel des émissions publié le 30 mars 2026 par la banque centrale des six pays de la Cemac.
Une levée de fonds accélérée
Dans le détail, le Trésor public ambitionne de lever :
- 160 milliards FCFA en avril
- 155 milliards FCFA en mai
- 265 milliards FCFA en juin
Cette montée en puissance progressive culminera donc en juin, mois le plus chargé du trimestre.
Pour atteindre cet objectif, l’État recourra à deux instruments financiers :
- Les Bons du Trésor assimilables (BTA), à maturité courte (13 à 52 semaines)
- Les Obligations du Trésor assimilables (OTA), à maturité longue (2 à 15 ans)
Une dépendance marquée au court terme
Le calendrier révèle surtout un recours prononcé aux instruments de court terme.
En juin, par exemple, les BTA devraient représenter 195 milliards FCFA sur les 265 milliards attendus, soit près des trois quarts des émissions prévues. En avril, ils pèseraient 95 milliards sur 160 milliards.
Ce choix n’est pas anodin.
Les BTA sont généralement utilisés pour couvrir des besoins urgents de trésorerie : paiement des salaires, règlement de factures publiques, remboursement d’échéances arrivées à maturité. À l’inverse, les OTA financent en principe des investissements structurants et des projets de développement.
La structure retenue pour ce deuxième trimestre 2026 traduit donc une pression persistante sur la liquidité de l’État.
Une stratégie de refinancement en boucle
Depuis plusieurs années, le ministère des Finances applique une stratégie récurrente : émettre de nouveaux BTA pour rembourser d’anciens BTA arrivés à échéance sur le même marché.
Ce mécanisme permet de préserver les recettes budgétaires internes pour d’autres priorités. Mais il présente un revers : il accroît la dépendance au refinancement de court terme et expose davantage le Trésor aux fluctuations de taux et à la confiance des investisseurs régionaux.
Dans un contexte régional marqué par un resserrement des liquidités et une surveillance accrue des finances publiques, cette stratégie pourrait devenir plus coûteuse si les conditions de marché se durcissent.
Un test pour la signature camerounaise
Le marché des titres publics de la BEAC reste dynamique, mais la multiplication des émissions dans la zone Cemac accentue la concurrence entre États pour capter l’épargne disponible.
Avec 580 milliards FCFA à mobiliser en seulement trois mois, le Cameroun s’engage dans un trimestre décisif. Au-delà des montants, c’est la soutenabilité du rythme d’endettement et la capacité à rééquilibrer le financement vers le long terme qui seront scrutées par les investisseurs.
Car derrière les chiffres, une question demeure : jusqu’où Yaoundé peut-il prolonger cette dépendance au court terme sans alourdir le risque budgétaire ?
Cameroon to Raise CFA 580 Billion in 3 Months – Treasury Faces Liquidity Pressure
The figure is significant — and revealing.
Between April and June 2026, the Cameroonian government plans to raise CFA 580 billion on the regional government securities market of the Bank of Central African States (BEAC). The information appears in the provisional issuance calendar published on March 30, 2026.
A Heavy Issuance Schedule
The Treasury plans to mobilize:
- CFA 160 billion in April
- CFA 155 billion in May
- CFA 265 billion in June
The peak is expected in June, making it the most demanding month of the quarter.
To reach this target, Cameroon will issue:
- Treasury Bills (BTA) with maturities between 13 and 52 weeks
- Treasury Bonds (OTA) with maturities ranging from 2 to 15 years
Strong Reliance on Short-Term Debt
The issuance structure reveals a clear preference for short-term instruments.
In June alone, Treasury Bills are expected to account for CFA 195 billion out of CFA 265 billion — nearly three quarters of the planned amount. In April, they would represent CFA 95 billion out of CFA 160 billion.
Treasury Bills are typically used to cover short-term liquidity needs, including salary payments, supplier invoices, and maturing debt repayments. In contrast, Treasury Bonds are generally designed to finance long-term development projects.
This structure suggests persistent liquidity pressure on public finances.
A Rolling Refinancing Strategy
In recent years, Cameroon’s Ministry of Finance has frequently issued new Treasury Bills to repay maturing ones — a rolling refinancing strategy.
While this approach preserves budgetary revenues for other priorities, it increases short-term refinancing dependence and exposes the Treasury to interest rate volatility and investor sentiment.
With CFA 580 billion to raise in just one quarter, Cameroon faces a key test of market confidence and debt sustainability within the CEMAC region.
The core question remains: how long can short-term refinancing sustain public finances without increasing fiscal risk?
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Didier Cebas K.