Le gouvernement camerounais relance la traque contre la contrebande des terminaux mobiles. Depuis le 16 mars 2026, la Direction générale des douanes (DGD) a activé un nouveau dispositif de collecte des droits de douane sur les téléphones portables, tablettes et autres équipements numériques importés. Objectif affiché : faire passer les recettes annuelles de 1,3 milliard à au moins 25 milliards de FCFA.
Un saut quantitatif spectaculaire, dans un secteur marqué depuis des années par l’évasion fiscale et l’importation informelle.
Un système basé sur l’IMEI et la responsabilité directe de l’importateur
Le nouveau mécanisme rompt avec l’approche controversée de 2020. Désormais, la responsabilité du dédouanement incombe exclusivement à l’importateur, qu’il soit professionnel ou occasionnel.
Pour les importateurs professionnels, le système douanier Camcis a été reconfiguré. Ils doivent désormais enregistrer l’ensemble des numéros IMEI des appareils importés dans la base de données de la DGD.
Pour les voyageurs ou importateurs occasionnels, une déclaration simplifiée est mise en place aux aéroports et aux frontières terrestres. Mieux encore : une application mobile permettra un dédouanement à distance, avec paiement des droits via Mobile Money ou Orange Money.
L’administration assure qu’aucune nouvelle taxe n’a été créée. Seul le mécanisme de collecte évolue. Les valeurs de référence des téléphones ont été divisées par deux, puis réduites de 50 % supplémentaires conformément à la loi de finances 2023.
Téléphones non reconnus = blocage réseau
La réforme introduit une mesure radicale : seuls les appareils régulièrement dédouanés auront accès aux réseaux des opérateurs agréés au Cameroun.
Tout téléphone dont l’IMEI ne figure pas dans la base de données douanière sera automatiquement bloqué.
Pour prévenir les mauvaises surprises, la DGD annonce la mise en place de plateformes SMS et Web gratuites permettant aux consommateurs de vérifier le statut douanier d’un appareil avant achat, via son numéro IMEI.
Cette disposition vise directement le marché informel, qui prospère depuis près de deux décennies.
Amnistie fiscale pour les appareils déjà en circulation
Consciente de la sensibilité du dossier, l’administration douanière a introduit une clause d’amnistie.
Tous les téléphones déjà utilisés au Cameroun, ayant été connectés au moins une fois à un réseau local avant le déploiement du nouveau système, sont exonérés. Ils ne seront ni bloqués ni soumis à régularisation.
La mesure s’étend également :
- aux touristes en court séjour ;
- aux utilisateurs en roaming.
Leurs appareils bénéficieront d’un régime de suspension des droits à l’entrée sur le territoire.
Un secteur miné par la contrebande
Selon la DGD, près de 4 millions de téléphones sont importés chaque année au Cameroun. Pourtant, les recettes douanières se sont effondrées.
Aujourd’hui, moins de 100 millions de FCFA sont collectés mensuellement, contre environ 2 milliards par mois dans les années 2000.
La montée en puissance des circuits parallèles a littéralement asséché les recettes publiques.
Le souvenir encore frais de l’échec de 2020
Cette réforme intervient après le fiasco de 2020. À l’époque, le gouvernement avait tenté d’imposer un système de collecte numérique via une plateforme développée par Arintech. Les opérateurs de téléphonie devaient prélever les droits directement sur le crédit de communication des utilisateurs.
Le projet avait déclenché une levée de boucliers :
- risques liés aux données personnelles ;
- incertitudes juridiques ;
- limites techniques de la plateforme ;
- menace sur le chiffre d’affaires des opérateurs ;
- forte contestation populaire.
Face à la pression, l’exécutif avait suspendu la réforme.
Cette fois-ci, l’État change de stratégie : cibler l’importateur en amont plutôt que l’utilisateur final.
Un test majeur pour la crédibilité budgétaire
Au-delà de la lutte contre la contrebande, l’enjeu est budgétaire. Dans un contexte de pression sur les finances publiques et de recherche accrue de recettes domestiques, la réussite de cette réforme sera scrutée de près.
Si l’objectif de 25 milliards de FCFA par an est atteint, il s’agira d’un tournant majeur dans la fiscalité numérique au Cameroun.
Reste à voir si le dispositif résistera à la réalité du terrain.
Cameroon to Block Undeclared Phones from Mobile Networks – Government Targets CFA 25 Billion in Annual Revenue
Since March 16, 2026, Cameroon’s Directorate General of Customs (DGD) has implemented a new customs collection mechanism targeting mobile phones, tablets, and digital devices. The government aims to increase annual revenue from CFA 1.3 billion to at least CFA 25 billion.
Under the new framework, only properly cleared devices will be allowed access to mobile networks in Cameroon. Devices whose IMEI numbers are not registered in the customs database will be automatically blocked.
Professional importers must now declare all IMEI numbers through the reconfigured Camcis customs system. Occasional importers can complete a simplified declaration at airports or land borders. A mobile application will also allow remote clearance and payment via Mobile Money or Orange Money.
Authorities insist that no new tax has been introduced. Instead, the collection mechanism has changed, while reference values for devices have been reduced under the 2023 Finance Law.
All phones already connected to a local network before the system’s deployment benefit from a tax amnesty and will not be affected. Tourists and roaming users are also exempt.
The reform follows the failed 2020 attempt, which sought to deduct customs duties directly from users’ mobile credit through telecom operators — a move that faced strong opposition.
With nearly 4 million phones imported annually and customs revenues collapsing from CFA 2 billion per month in the 2000s to less than CFA 100 million today, authorities hope the new IMEI-based enforcement system will curb smuggling and restore public revenue.
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