Cameroun : Le dernier vœu brisé d’Anicet Ekane – l’Église oppose une interdiction vieille de 9 ans pour une sépulture auprès d’Ernest Ouandie
Le tombeau restera vide d’un symbole. Le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM) et la famille éplorée d’Anicet Ekane viennent de se voir opposer une fin de non-recevoir théologique et administrative qui résonne comme un couperet. L’Église évangélique du Cameroun (EEC) a officiellement refusé, par un courrier daté du 12 mars 2026, l’inhumation du militant au cimetière de Bafoussam-Plateau, là où repose son « idole », le glorieux pionnier du nationalisme camerounais, Ernest Ouandie.
Dans une lettre dont notre rédaction a obtenu copie, adressée au vice-président du MANIDEM, le Président de la Région synodale de la Mifi fait savoir que depuis… 2016, le Bureau de la Région Synodale a édicté une interdiction générale d’inhumation dans ce lieu de mémoire. Une décision qui, neuf ans plus tard, s’abat comme un ultime affront sur la dépouille d’un homme qui avait fait de la cohérence politique un art de vivre.
« À côté de mon idole » : le vœu suprême d’un militant
Anicet Ekane, figure historique du combat pour l’alternance démocratique et la refondation de l’État camerounais, avait formulé une volonté testamentaire aussi claire que chargée de sens : reposer à jamais en terre bamiléké, aux côtés de celui qu’il n’a cessé de célébrer comme un modèle d’intégrité et de résistance, Ernest Ouandie, le héros de l’indépendance vraie, assassiné en janvier 1971.
Pour la famille et ses compagnons de lutte, ce rapprochement symbolique entre les deux tombes devait sceller une filiation spirituelle et politique. Mais l’institution ecclésiale, gardienne du cimetière, a brisé net cet espoir.
La lettre qui claque : « il nous est impossible de répondre favorablement »
Le ton du courrier, courtois mais inflexible, ne laisse aucune place à la négociation. Répondant à une demande d’emplacement pour inhumation et construction d’un monument mausolée, le président de région écrit :
« Nous venons par la présente, et faisant suite à votre courrier du 09 mars 2026 et reçu le 12 mars 2026, […] vous signifier que depuis 2016 le Bureau de la Région Synodale de la MIFI a donné interdiction d’inhumation au cimetière de Bafoussam – Plateau. »
Et d’ajouter, dans une formule où la compassion ecclésiale se heurte à la rigidité administrative : « Aussi, fondé sur cette décision, et quoi que très compatissant à la douleur de la famille et du MANIDEM, il nous est impossible de répondre favorablement à votre demande. »
Une interdiction qui interroge
Si la décision est présentée comme un simple rappel d’une règle en vigueur depuis près d’une décennie, son application au cas d’Anicet Ekane soulève des interrogations. Plusieurs sources proches du dossier confient à notre rédaction que le cimetière de Bafoussam-Plateau, haut lieu symbolique pour les nationalistes et les héritiers de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), est régulièrement au cœur de tensions mémorielles.
En refusant d’accueillir une nouvelle sépulture aux côtés de celle d’Ernest Ouandie, l’Église évangélique du Cameroun s’érige, de fait, en gardienne d’une orthodoxie funéraire qui ne dit peut-être pas tout son nom.
MANIDEM : entre douleur et colère contenue
Joint par téléphone, un responsable du MANIDEM, sous couvert d’anonymat, n’a pas caché l’amertume qui prévaut au sein du mouvement : « Anicet a consacré sa vie à la lutte pour la dignité. Vouloir l’enterrer aux côtés d’Ernest Ouandie était un acte politique, un geste de fidélité. On lui oppose aujourd’hui un arrêté datant de 2016 qui n’a jamais été opposé à d’autres avec la même sévérité. Nous prenons acte, mais nous ne désarmons pas. »
La famille, de son côté, explore désormais des pistes alternatives pour honorer la mémoire du disparu, tandis que des voix s’élèvent déjà pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une instrumentalisation de l’autorité religieuse à des fins de neutralisation politique.
Un dernier voyage incertain
Anicet Ekane n’aura donc pas eu droit à sa dernière marche aux côtés de l’idole de sa jeunesse militante. Reste à savoir où reposera désormais celui qui aura porté, jusqu’à son dernier souffle, les espoirs contrariés d’une génération. Le cimetière de Bafoussam-Plateau, sanctuaire de la mémoire nationaliste, reste fermé. Et avec lui, une page douloureuse du combat politique camerounais se referme dans la pierre et le silence.
Cameroon: Anicet Ekane’s Final Wish Denied – Church Opposes 9-Year-Old Burial Ban
The grave will remain empty of a symbol. The Movement for Democracy and Independence (MANIDEM) and the grieving family of Anicet Ekane have been dealt a harsh administrative and theological blow. In an official letter dated March 12, 2026, the Evangelical Church of Cameroon (EEC) refused to allow the activist to be buried in the Bafoussam-Plateau cemetery, where his “idol,” the revered pioneer of Cameroonian nationalism Ernest Ouandie, rests.
In the correspondence addressed to MANIDEM’s vice-president, the President of the Mifi Synodal Region stated that since 2016, the Synodal Bureau has imposed a general ban on burials at the site. Nine years later, the decision falls like a final blow on the remains of a man who made political consistency a way of life.
“Beside My Idol”: A Militant’s Final Wish
Anicet Ekane, a historic figure in the struggle for democratic change and the rebuilding of the Cameroonian state, had expressed a clear testamentary wish: to be laid to rest in the lands of the Bamiléké, alongside Ernest Ouandie—the hero of true independence, executed in January 1971.
For his family and comrades-in-arms, this symbolic union of graves was meant to seal a spiritual and political legacy. But the church institution, which oversees the cemetery, has now dashed that hope.
The Letter That Stings: “It Is Impossible for Us to Grant Your Request”
The tone of the letter is courteous but unyielding. Responding to a request for a burial plot and the construction of a memorial mausoleum, the regional president wrote:
“Following your letter of March 9, 2026, received on March 12, 2026 […] we inform you that since 2016, the Bureau of the Mifi Synodal Region has forbidden burials at the Bafoussam-Plateau cemetery.”
He added, in a formula where ecclesiastical compassion clashes with administrative rigidity: “Therefore, based on this decision, and although we deeply sympathize with the pain of the family and MANIDEM, it is impossible for us to grant your request favorably.”
A Ban That Raises Questions
Although presented as a mere reminder of a rule in place for nearly a decade, applying it to Anicet Ekane’s case raises questions. Sources close to the matter told our editorial staff that the Bafoussam-Plateau cemetery—a major symbolic site for nationalists and heirs of the Union of the Peoples of Cameroon (UPC)—has often been at the center of memorial tensions.
By refusing to allow a new burial next to Ernest Ouandie’s grave, the Evangelical Church of Cameroon positions itself, in effect, as the guardian of a funerary orthodoxy whose motivations may not be purely administrative.
MANIDEM: Between Grief and Restrained Anger
Contacted by phone, a MANIDEM official, speaking anonymously, did not hide the bitterness within the movement: “Anicet devoted his life to the fight for dignity. Wanting him buried beside Ernest Ouandie was a political act, a gesture of loyalty. Now they oppose him with a 2016 bylaw that was never enforced so strictly against others. We take note, but we will not give up.”
The family is now exploring alternative options to honor the deceased’s memory, while voices are already rising to denounce what they see as the instrumentalization of religious authority for political neutralization.
An Uncertain Final Journey
Anicet Ekane will not have his final walk beside the idol of his militant youth. The question now is where the man who carried the thwarted hopes of a generation will finally rest. The Bafoussam-Plateau cemetery, a sanctuary of nationalist memory, remains closed. And with it, a painful chapter in Cameroon’s political struggle closes in stone and silence.
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Ange NGO