Cacao, Djihadisme et Mer Rouge : L’Afrique de l’Ouest et la Corne tanguent sous les crises

Cacao, Djihadisme et Mer Rouge : L’Afrique de l’Ouest et la Corne tanguent sous les crises

Triple secousse sur le continent. Alors que l’économie ivoirienne vacille sous le poids d’une chute historique des cours du cacao, la Cédéao tente de resserrer les rangs face à la menace terroriste. Dans le même temps, dans la Corne de l’Afrique, les déclarations du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ravivent les tensions géopolitiques autour de l’accès à la mer. Tour d’horizon d’une actualité africaine brûlante.

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Côte d’Ivoire : La "douleur" du cacao


C’est un coup de massue pour des millions de producteurs ivoiriens. Le gouvernement a annoncé une réduction drastique de 60 % du prix d'achat du kilogramme de fèves de cacao, le faisant passer de 2.800 FCFA à seulement 1.200 FCFA. Une décision que le ministre de l'Agriculture, Bruno Nabagné Koné, n’a pas caché avoir prise "de gaieté de cœur".


La raison de cette saignée ? L’effondrement des cours mondiaux. Après avoir atteint un sommet vertigineux de 12.900 dollars la tonne en décembre 2025, le prix de l’or brun est tombé à 2.900 dollars. "Le prix du cacao sur le marché international nous oblige à faire un réajustement", a sobrement expliqué le ministre, cité par l’AFP. Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, cette chute est une catastrophe économique annoncée, mettant sous pression des milliers de familles dont les revenus s’effondrent du jour au lendemain.


Cédéao : Les 2.000 hommes de la dernière chance ?


Pendant que l’économie du golfe de Guinée s’essouffle, le fléau du terrorisme pousse les chefs d’état-major ouest-africains à l’action. Réunis à Freetown (Sierra Leone) fin février, ils ont posé les jalons d’une nouvelle force régionale forte de 2.000 hommes.


Objectif affiché : lutter contre "le terrorisme et l'insécurité". Si le financement reste à définir, le concept est clair : les troupes resteront cantonnées dans leurs pays d'origine, mais une base logistique centrale sera installée en Sierra Leone.


Mais le dossier le plus sensible reste politique. Selon des sources militaires ouest-africaines, les États membres souhaitent ardemment associer à cette force les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — le Mali, le Burkina Faso et le Niger. "Les pays de l'AES sont dans un espace dans le Sahel (qui est) l'épicentre de la lutte contre les jihadistes. Il faut les associer", a confié un haut-gradé à l’AFP. Une déclaration forte, alors que les relations entre la Cédéao et ces trois pays sont notoirement glaciales depuis les coups d’État et la rupture de leurs alliances militaires avec la France.


Éthiopie : La mer ou la guerre ?


Sur un autre front, dans la Corne de l’Afrique, les tensions n’ont jamais été aussi vives. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a tenté d’éteindre un incendie diplomatique en affirmant que son pays n’avait "pas l'intention d'envahir ou d'attaquer d'autres nations" pour obtenir son accès à la mer.


Mais la mise en garde à peine voilée, couplée à une rhétorique nationaliste, inquiète les capitales voisines. Privée d’accès à la mer depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie paie aujourd’hui au prix fort (1,5 milliard de dollars par an) son transit via Djibouti.


Le spectre d’un conflit plane. "Nous ignorons ce qu'il adviendra si notre demande n'est pas satisfaite par le dialogue", a glissé Abiy Ahmed, cité par Africanews, alimentant les craintes des observateurs. Ces craintes sont renforcées par la tentative avortée d’Addis-Abeba de signer un accord avec le Somaliland, une décision qui avait mis le feu aux poudres avec Mogadiscio. Alors que des mouvements de troupes sont signalés à la frontière érythréenne, la région retient son souffle, redoutant qu’une simple étincelle ne ravive une guerre dévastatrice.




Cocoa, Jihadism and the Red Sea: West Africa and the Horn Rocked by Crises


Three shocks rock the continent. As the Ivorian economy buckles under a historic collapse in cocoa prices, ECOWAS is trying to close ranks against the terrorist threat. At the same time, in the Horn of Africa, statements by Ethiopian Prime Minister Abiy Ahmed are reviving geopolitical tensions over access to the sea. An overview of burning African news.


Ivory Coast: The "Pain" of Cocoa


It’s a heavy blow for millions of Ivorian producers. The government has announced a drastic 60% reduction in the purchase price of cocoa beans, dropping from 2,800 CFA francs to just 1,200 CFA francs per kilogram. Agriculture Minister Bruno Nabagné Koné did not hide the fact that this decision was not taken "lightly."


The reason for this downturn? The collapse of global prices. After reaching a dizzying peak of $12,900 per ton in December 2025, the price of brown gold has fallen to $2,900. "The price of cocoa on the international market forces us to make a readjustment," the minister explained soberly. For the world's leading producer, this fall is an economic disaster in the making, putting pressure on thousands of families whose incomes are collapsing overnight.


ECOWAS: The Last Chance 2,000 Men?


As the economy of the Gulf of Guinea slows down, the scourge of terrorism is pushing West African military leaders into action. Meeting in Freetown (Sierra Leone) at the end of February, they laid the groundwork for a new 2,000-strong regional force.


The stated objective: to fight "terrorism and insecurity." While funding has yet to be defined, the concept is clear: troops will remain stationed in their home countries, but a central logistics base will be set up in Sierra Leone.


But the most sensitive issue remains political. According to West African military sources, member states are keen to involve the countries of the Alliance of Sahel States (AES) — Mali, Burkina Faso, and Niger — in this force. "The AES countries are in an area in the Sahel (which is) the epicenter of the fight against jihadists. They must be involved," a senior officer told AFP. This is a strong statement, given that relations between ECOWAS and these three countries have been notoriously icy since the coups and their break with France.


Ethiopia: The Sea or War?


On another front, in the Horn of Africa, tensions have rarely been higher. Prime Minister Abiy Ahmed attempted to extinguish a diplomatic fire by stating that his country had "no intention of invading or attacking other nations" to gain access to the sea.


But the barely veiled warning, coupled with nationalist rhetoric, is worrying neighboring capitals. Landlocked since Eritrea's independence in 1993, Ethiopia is paying a high price ($1.5 billion a year) for its transit via Djibouti.


The specter of conflict looms. "We do not know what will happen if our request is not met through dialogue," Abiy Ahmed hinted, fueling the fears of observers. These fears are reinforced by Addis Ababa's abortive attempt to sign an agreement with Somaliland, a decision that had inflamed tensions with Mogadishu. With troop movements reported on the Eritrean border, the region is holding its breath, fearing that a single spark could reignite a devastating war.


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Moussa Nassourou

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