Ce qui n'était qu'un conflit social localisé est en réalité le symptôme d'un malaise bien plus profond. À Gbadolite, dans le nord-ouest du pays, le personnel soignant manifeste son exaspération face aux retards de paiement de ses primes et salaires, imputés à l'agence locale d'Afriland First Bank. Mais les derniers chiffres de la Banque centrale du Congo (BCC), arrêtés à fin décembre 2025, dressent le portrait d'une institution au bord de l'asphyxie.
Le diagnostic est sans appel. Le produit net bancaire (PNB) d'Afriland, véritable indicateur du chiffre d'affaires d'une banque, est tombé dans le négatif à hauteur de 4,68 millions de dollars. Un contraste saisissant avec le reste du secteur bancaire congolais qui, lui, affiche un PNB collectif positif de 2,241 milliards de dollars. « Un PNB négatif signifie que la banque ne gagne plus d'argent avec son métier de base », analyse un expert du secteur. En clair, les intérêts versés aux déposants et les charges de fonctionnement dépassent désormais les revenus générés par les crédits et les services.
Des créances pourries et des marchés publics perdus
Le cœur du problème réside dans la qualité du portefeuille de crédits. Sur les 175 millions de dollars de prêts accordés par Afriland, seuls 37,8 millions sont considérés comme sains, soit à peine 21,6 % du total. Les trois quarts restants sont des créances douteuses, en grande partie détenues par des entreprises privées, qui ne génèrent plus aucun intérêt. Face à cette hémorragie, la banque a dû constituer une provision colossale de 131,9 millions de dollars pour couvrir ces pertes.
À cela s'ajoute une perte de vitesse commerciale. En 2025, Afriland s'est vu retirer plusieurs contrats lucratifs de paiement des agents de l'État, dont celui des enseignants dans cinq entités du pays, pour cause de retards et d'irrégularités. Un portefeuille représentant près de 30 000 agents et un volume mensuel de 12 milliards de francs congolais qui a filé vers des concurrents plus réactifs.
Un actionnaire historique sur la sellette
Le résultat est un gouffre financier : l'exercice 2025 se solde par une perte nette de 50,4 millions de dollars, creusant des fonds propres négatifs à hauteur de -116,9 millions de dollars. Un chiffre dramatique au regard de l'exigence réglementaire d'un capital minimum de 50 millions de dollars imposée à toutes les banques opérant en RDC depuis janvier 2025.
C'est dans ce contexte que le bras de fer entre la BCC et l'actionnaire majoritaire, Afriland First Group (AFG) du banquier camerounais Paul Kammogne Fokam, trouve son épilogue. Dès 2022, AFG avait conditionné toute recapitalisation à un audit contradictoire que la BCC n'aurait pas accepté, menant à la mise sous administration provisoire de la filiale congolaise le 20 juin 2022.
Aujourd'hui, la situation a basculé dans une nouvelle dimension. Depuis janvier 2023, Afriland RDC est placée sous le régime de résolution, l'ultime étape de supervision bancaire prévue par la loi. Ce régime donne au commissaire à la résolution des pouvoirs étendus pour restructurer la banque, allant jusqu'à se substituer aux actionnaires pour ouvrir le capital ou céder des actifs.
« Évincé », le groupe camerounais se tourne vers le CIRDI
Face à cette débâcle financière, l'effaceement de l'actionnaire historique paraît inéluctable. AFG ne s'y trompe pas. Dans un communiqué cinglant publié le 12 février 2026 en réaction à la crise de Gbadolite, la holding camerounaise affirme avoir été purement et simplement « évincée » du capital de sa filiale par l'État congolais. Une procédure d'arbitrage a d'ores et déjà été engagée devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) pour contester cette « expropriation » et demander réparation. Pendant ce temps, à Gbadolite comme à Kinshasa, ce sont les clients et les agents de l'État qui continuent de payer le prix fort de cette descente aux enfers.
DRC: Financial Meltdown of Afriland Bank – $50 Million Losses and a Looming Shareholder Exit
Behind the protests by health workers in Gbadolite, demanding unpaid salaries, lies a much darker reality: the slow and deep financial collapse of Afriland First Bank DRC. Placed under provisional administration since June 2022, the bank now displays deeply negative financial indicators, hinting at a radical outcome for its historic shareholder, the Cameroonian group owned by Paul Kammogne Fokam.
What appeared to be a localized social conflict is actually a symptom of a much deeper malaise. In Gbadolite, in the northwest of the country, healthcare workers are expressing their frustration over delayed salary and bonus payments, attributed to the local branch of Afriland First Bank. However, the latest figures from the Central Bank of Congo (BCC), as of the end of December 2025, paint a picture of an institution on the brink of asphyxiation.
The diagnosis is damning. Afriland's Net Banking Income (NBI), the key indicator of a bank's revenue, has plunged into negative territory, reaching -$4.68 million. This stands in stark contrast to the rest of the Congolese banking sector, which posted a collective positive NBI of $2.241 billion. "A negative NBI means the bank is no longer making money from its core business," explains a sector expert. Simply put, the interest paid to depositors and operating expenses now exceed the income generated from loans and services.
Toxic Loans and Lost Public Contracts
The core of the problem lies in the quality of the loan portfolio. Out of the $175 million in loans granted by Afriland, only $37.8 million are considered healthy, barely 21.6% of the total. The remaining three-quarters are doubtful debts, largely held by private companies, which no longer generate any interest. Facing this hemorrhage, the bank was forced to constitute a colossal provision of $131.9 million to cover these losses.
Adding to this is a loss of commercial momentum. In 2025, Afriland lost several lucrative government payment contracts, including the one for teachers in five provincial entities, due to delays and irregularities. This portfolio, representing nearly 30,000 agents and a monthly volume of 12 billion Congolese francs, shifted to more responsive competitors.
A Historic Shareholder on the Hot Seat
The result is a financial chasm: the 2025 fiscal year closed with a net loss of $50.4 million, deepening negative equity to -$116.9 million. This is a dramatic figure considering the regulatory requirement for a minimum capital of $50 million imposed on all banks operating in the DRC since January 2025.
It is in this context that the standoff between the BCC and the majority shareholder, Afriland First Group (AFG) of Cameroonian banker Paul Kammogne Fokam, is reaching its conclusion. As early as 2022, AFG conditioned any recapitalization on a joint audit that the BCC allegedly did not accept, leading to the placement of its Congolese subsidiary under provisional administration on June 20, 2022.
Today, the situation has shifted to a new dimension. Since January 2023, Afriland DRC has been placed under a resolution regime, the final stage of banking supervision provided for by law. This regime grants the Resolution Commissioner extensive powers to restructure the bank, including the authority to override shareholders to open up capital or sell off assets.
"Ousted," the Cameroonian Group Turns to ICSID
Faced with this financial debacle, the erasure of the historic shareholder seems inevitable. AFG is under no illusions. In a scathing statement published on February 12, 2026, reacting to the Gbadolite crisis, the Cameroonian holding company claims to have been simply "ousted" from the capital of its subsidiary by the Congolese State. Arbitration proceedings have already been initiated before the International Centre for Settlement of Investment Disputes (ICSID) to contest this "expropriation" and seek compensation. Meanwhile, in Gbadolite and Kinshasa alike, it is the customers and state employees who continue to pay the heavy price for this downward spiral.
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Didier Cebas K.